‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 16 sur 282 · CHAPITRE DIX- HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX- HUITIÈME

tions d'allégresse, et qu'ils accompagnèrent jusqu'à son palais en poussant de grands cris. Mohammed , effrayé de ces démonstrations, et se fiant encore aux Slaves, se cacha dans une des pièces les plus reculées de l'Alcaçar; mais le jour de la Pàquedes victimes, 10 de djoulhedjah (2 juillet 1012), il fut amené par le Slave Hambar au pied du trône qu'il occupait naguère pour y rendre compte de sa conduite. Hescham lui reprocha durement sa déloyauté et lui dit, selon la chronique de Conde : « Tu goûteras maintenant le fruit amer de ton ambition démesurée1. » Après quoi, il lui fit incontinent couper la tète, qu'un wazir à cheval alla promener dans les rues au bout de sa lance. Le corps fut jeté sur la place, mis en pièces, et trois jours après enterré dans la cour d'une mosquée. Le khalife ressuscité ordonna qu'on envoyât la tète de Mohammed à son rival Souleiman qui se trouvait à Citawa. Hescham pensait que cet exemple l'intimiderait et le ferait rentrer dans l'obéissance; nous verrons tout à l'heure ce qu'il en arriva3. Le règne de Mohammed, depuis son soulèvement jusqu'à sa décapitation, fut de trois ans et un peu plus de quatre mois, sur la somme desquels Souleiman fut pendant huit mois à Cordoue ou dans les environs, et Mohammed à Tolède ou aux frontières : il était surnommé £1 Maliady; après la bataille d'Akbat-al- Bakar, on l'appela El Dhafer3 (le Vainqueur), et communé-

* Suivant Kodericb de Tolède il lai dît : — Tu es proditor Dei et mei,quia Sarraeenos inietfici procurasti, et bona eorom amilti fecisti, et proditiones sspius iteraaU (Bist. Arab., c. 3»).

» Roderich rapporte tes faits de la même manière, à quelques traits près : — Fecit eura per algoazilum slalim decapitari, dit-il, et resenrato capile, manda vit corpus a mitro in plaleam prscîpitari; et eunuebi et olii frustration dilaceraoles, eliam in corpus exanime lanceas dcfîgcbant : capui autem fecit per tolam ci vi Utero in lancea déporta ri, quod erat jucundum fere omnibus intueri, eo quod ejus injurias recolebanl : et post triduum quidam supplicarunt, ut infelix corpus sepetiretur, qno oblento in Mesquiu? angulo est sepultus. Caput autem misit Uen Zuleman, qui Gitan» morabalur, sperans quod «o tiso ei fierel in Tassa llum (ibid.,1. c.J.

? Prononcez comme s'il y avait nn d et on x, El Dzafer*

ment Àbou el Walid; la mère qui l'enfanta se nommait Mozna, et il avait un fils appelé Obeïdallah, qui lui survécut; il était né l'an 366 (du 29 août 976 au 17 août 977), et avait par conséquent, à sa mort, de trente-six à trente-sept

ans1.

Souleïman reçut la tète de Mohammed comme un riche présent, et, instruit des préparatifs dObeïdallah à Tolède pour marcher contre lui, il prit occasion de cet événement pour susciter ce nouvel ennemi à Hescham ; il fit embaumer cette tète et la fit porter avec dix mille mitkals d'or à Obeïdallah, auquel il écrivit ce qui se passait à Cordoue : « C'est ainsi, lui mandait-il dans sa lettre, que l'émir Hescham récompense ceux qui le servent et lui restituent l'empire. Voici la tète de Mohammed* ton père ; garde-toi de tomber entre les mains de cet ingrat et cruel tyran ; si tu cherches sûreté et vengeance, Souleïman sera ton compagnon. » Obeïdallah, à la vue de la tète de son père, montra tous les signes de la plus vive affliction, et la lettre de Souleïman produisit sur son esprit l'effet que l'émir des Africains s'en était promis. Il enterra cette tète avec beaucoup de pompe daas la cour de

i Conde, suivi en cela par l'auteur de la Chronologie des Arabos el des Maures d'Espagne insérée dans le nouvel Art de vérifier le* dates, place le commencement du second régne d'Ilescham au 7 de djoulhedjah 400, et la mort de Mohammed au 10 du même mois de la môme année ; c'est-à-dire en 1010 (21 et 24 juillet 1010) : l'ancien Art de vérifier le$ date* ne faisait mourir Mohammed qu'en l'année 1012 de J.-C. ou 405 de l'hégire. La différence est asses grande pour que Ton dût croire que Conde n'avait adopté qu'aprés un examen approfondi la date 400; d'autant plus qu'il dit lui-même que l'on battit monnaie au nom de ce roi, cl que dés lors les dates de ces monnaies offraient un moyen de vérification fort aisé pour lui. Il est très vrai cependant que c'est Conde qui se trompe, el non les religieux de Saint-Maur, car deux monnaies de Mohammed que nous avons eues entre les mains, et qui font partie du cabinet de M. d'Avezac, portent les dates 402 el 405. Si ceci ne tranchait pas péremptoirement la difficulté, nous ajouterions que le 7 et le 10 de djoulhedjah correspondent, comme nous venons de le dire, au 21 et au 21 juillet 1010, époque à laquelle nous savons que Souleïman régnait à Cordoue, tandis que Mohammed étail occupé à Tolède à préparer toutes choses pour l'expédition qui devait l'y ramener au mois de septembre suivant.

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