CHAPITRE VINGT Cl^QUlfcMJ
régna non sans gloire en Aragon, Sobraibe, Ribagorza et Bigorre, pendant l'espace de trente-deux ans. L'histoire lui attribue dans cet intervalle plusieurs expéditions de guerre contre les Maures de son voisinage sur lesquelles toutefois en o'a guère de détails d une authenticité incontestable; car le pillage des campagnes de Lérida, les excursions sur les terres de Saragossc , la bataille gagnée contre l'émir d'IIuesca dont il est parlé dans les Annales d'Aragon ne sont mentionnés dans aucun acte qui fasse autorité; et la prise de Beuavarre et de Loarre qu'on lui attribue sont plus qu'incertaines. On ne doit pas accorder beaucoup plus de confiance à ce que disent les mémoires de Saint-Jean de laPeila1 d'une prétendue ligue du roi d'Aragon, Ramire, avec son neveu Sancho, roi de Navarre, en 1057, contre leur frère et oncle le roi Ferdinand de Gastille et Léon. Outre que les deux rois n'étaient pas très bons amis, ils a avaient alors rien à craindre du roi de Léon et de Gastille qui était très occupé, comme nous l'avons vu, à la guerre de Portugal. Quoi qu'il en soit, un fait domine tous les autres de l'histoire de Ramire, savoir, que l' Aragon se développa et acquit sous lui assez d'importance pour peser désormais dans la balance des états chrétiens de la Péninsule. C'est aussi là ce que le moine de Rippol exprime dans la courte notice qu'il a consacrée à Ramire et aux rois d'Aragon ses successeurs, au moment où la Catalogne et le comté de Barcelone passèrent sous la domination aragonaise^.Lc manque d'anciens mémoires ne permet
assez la la manière de M. Aschbach : loules les fois qu'on texte rembarrasse, il ne le discute pas, il ne le convaiuc pas d'erreur, il le dément.
1 Voyes Bris Harlines.
2 Fuit ilaqoe quidam miles nomino Uaymirus fllius Saocii régis Navarroruin, quem suscepit ex quudam nobilissima domina de castre quoi dicitur Ayuuuruiu, qui paire morluo qui tune temporis regnum Navarr» ac Aragoniaj possi Icbat pro indii iao. Ule Uaymirus cum tsset probus, sagax, et slienuus, primu» in Aragonia regeiu slaluil t>e vucari , cl hic fuit in Aragooia regum primu» (Uouucb. BiTipuU.,Ge»ta Comit. Darcin.,c. 20).
môme pas de rien dire de positif sur les circonstances qui accompagnèrent la mort de R a mire. Suivant l'opinion la plus accréditée, il assiégeait le château de Grados, aujourd'hui Graus, lieu très fort dans le comté de Ribagorça, sur le rio Esera , aux confins du territoire de Barbastro, et alors au pouvoir de l'émir de Saragosse, quand Sancho de Castille, fils de Ferdinand, qui, comme allié de l'émir de Saragosse, s'était porté au secours des infidèles, le contraignit à lever le siège et à accepter une bataille dans laquelle il fut tué. Ce que nous savons de Sancho et de son alliance avec l'émir de Saragosse rendrait cette version tout-à-fait admissible, sans nous arrêter à ce qu'en ont dit quelques critiques1, si, d'un autre côté, il ne semblait plus naturel encore de supposer que les historiens espagnols ont pris un Sancho pour l'autre, et que l'allié de l'émir de Saragosse, El Moktadcr, était plutôt Sancho ben Garsia de Navarre que Sancho ben Ferdinand ; au moins un traité de peu d'années postérieur (de 1073), où il est question d'un pacte d'alliance plus ancien, entre El Moktaderet Sancho ben Garsia, contre Sancho ben Radmir, semble-t-il venir à l'appui de notre conjecture. « Et si Sanctius Ranimiriz, dit ce pacte, ne voulait pas lever le pied des terres d'El Moktadcr, que le roi Sanctius fasse aussitôt une chevauchée contre. Sanctius Ranimiriz , et fasse le dégât sur ses terres , et qu'à eux deux ils lui imposent l'Alfechna, ainsi que dans les, premiers traités il est écrit2. » Le corps de Ramire fut inhumé à Saint-Jean de la Peûa, suivant son épitaphe, et celle de sa femme dorana Ermesenda, rapportées par Yepes
> V 'Il
1 ftlasdeu entre autres, t. xu, p. 557.
2 Alfechna est on mot arabe qai signifie tribal, imposition de guerre, to\ arabica in fœdere ioito inter Sanclium Pampiloneniium regem et almugtad y rium an. Cbr. 1075, apnd Blancam in Comment. Rer. Aragon. VA si noluerit se levare Sanctius Ranimiri* de terra Almutadyr : statim catvalguet Sanctius Rex super Sanctio Ranimiriz ad faciendum damnum in sua terra, et inter emboi donent ei alfechna, sieut in ligamentos primos tcriplum est.