‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 153 sur 282 · CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME

dans sa Coronica de la Orden de San Benito *, Suivant les mémoires de ce monastère2, domna Ermesenda Gisberga, ouErmifenda, comme l'appelle son épitaphe, eut de Ramire quatre enfans, savoir : deux garçons, Sancho, son successeur à la couronne, Garcia, second évèque de Jaca, et deux filles, Sanclia qui épousa un comte de Toulouse dont on ne dit pas le nom, et Thérèse, femme du comte de Provence.

Une pièce authentique existe de ce roi, assez curieuse pour que j'en donne ici la traduction. C'est son testament fait à Saint-Jean de la Peiïa durant une maladie qu'il y fit, deux ans avant la convocation du concile de Jaca. La pièce est doublement curieuse et pour l'histoire et pour la philologie. C'est pourquoi j'en joindrai le texte à ma traduction.

« Au nom du Christ et de l'indivisible Trinité, ceci est la charte que je fis , moi don Ramire, fils du roi Sancho, dans l'ère MIXXWVIIÏI, le jeudi d'avant la mi-carème, au mois de mars, étant tombé malade à Saint-Jean de la Pcfia, pour le salut de mon ame. Ayant recommandé à Dieu et à ses saints Sanctius mon fils, fils d'Ermesendis,dont le nom de baptême est Gisberga, je lui lègue toute ma terre, mon royaume3 et mes hommes, tout ce que Died m'a donné, sous la protection {baiulia)de Dieu et de ses saints, afin qu'il emploie cette terre et ce pouvoir au service de Dieu. Que si Dieu me rend la santé, et que je vive, je promets que je la tiendrai et emploierai, comme je l'ai jusqu'aujourd'hui employée et tenue, au service de Dieu, afin qu'après moi mon fils Sanctius, déjà nommé,;cn fasse de même. Et je lègue Aybar et Xavierre Latrè,avec toutes les fermes et villages qui en relèvent, à mon autre fils apé aussi Sancius, pour qu'il en jouisse et les possède en fief

1 Vepcs, opéra cilaUi. — Les dates sont erronées ; mais rien n'autorise à tenir ces épitaphes pour apocryphes.

2 Ibid., I. r. cl al. plur.

3 Meum hunorcm , mon honneur signifiait alors ma seigneurio ou mon royaume.

pour son frère Sancho, comme il ferait pour moi-même. Et s'il venait à mourir, et qu'il laissât un fils, j'entends que ce fils ait et possède lesditcs terres de la même manière, comme tenancier de mon fils Sancho, et sous son obédience. Et s'il arrivait, ce qu'à Dieu ne plaise, qu'il fit cette folie, au préjudice de son frère Sancius, de se départir de son obéissance, s'il tentait de gouverner de son chef ou se prononçait contre les rois de Pampelune, qu'il soit rejeté des terres de la seigneurie que je lui laisse, et que ces terres et cette seigneurie retombent au pouvoir de mon fils Sancho, mon fils et fils d'Ermesendis *. Et item je lègue tout mon attirail de guerre et tout le bagage servant d'ordinaire aux barons et aux chevaliers, tel que selles et freins d'argent, épées, écus, casques, testières, ceinturons et éperons (il y a dans le texte sporas, spourones, calcaria, saxon, sprora, germanis sporen, anglis aspurlc, \io\\sspcrone,cl pour testière lestinias, qu'il faut lire testirias, testière : c'était une armure de tète que devaient spécialement porter les chevaliers prêts à entrer en lice en champ clos, et dont il est fait mention dans les assises de Jérusalem, ubi de duello certantibus : « et le cheval doit être couvert de couverture de fer, et avoir une testière de fer, et emmi la testière, une broche de fer, telle comme celle de l'escu» » ); chevaux et mulet , jumens, vaches et brebis, je lègue tout à Sanctius, mon fils, cjlui à qui je destine cette terre qui m'appartient, afin qu'il ait et possède le tout, à l'exception de celles de mes vaches et de mes brebis qui se trouvent à Santa-Cruz et à Saint-Cypricn, que je lègue pour le salut de mon amc pour être partagées par moitié, de manière qu'une moitié aille au monastère de Saint-Jean et l'autre moitié à celui de

1 Le Sancho illégitime fut depuis dctuérilé par an codicille dil de Ançanego pour avoir fait précisément ce que craignait son père, pour avoir fait la folie de passer sur les terre» des Arabes, pro lozania quant fecit, fuit enim se, in terran Mauris (voy. Zurila, Annal, de Arag.).

2 Assisi Hyerosolymitanœ m«s., c. 93.

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