CHAPITRE niX-iniTIE
la grande mosquée de Tolède 1 ; et il écrivit à Souleïman des lettres d'amitié, dans lesquelles il loi annonçait sa prochaine arrivée en Andalousie avec les meilleures troupes de la province dont il était wali. Hescham confirma dans la charge de hadjeb le slave Wadhah ; celui-ci fit quelques sorties heureuses contre les Africains 1de Souleïman; mais ayant appris qu'Obeïdallah ben Mohammed venait se réunir à Souleïman2 avec les troupes de Tolède, il laissa le commandement de Cordoue aux généraux slaves Zahorr et Hambar, et partit luimême pour Tolède à la tète d'un corps de cavalerie d'élite ; eu même temps il sollicita des secours près du comte Sancho de Castille. Souleïman, qui déjà avait obtenu à son grand avantage l'assistance de Sancho contre Mohammed, négociait en ce moment près du comte pour le môme objet, à des conditions extraordinaires. Sancho répondit que Souleïman lui donnait six forteresses sur sa frontière pour le secourir, mais que si Wadhah voulait lui en donner autant, il aimerait mieux secourir Hescham que Souleïman. Wadhah, sans en référer au khalife, dit Conde, prit sur lui d'accorder les forteresses • demandées à l'infidèle, et ils marchèrent aussitôt contre Tolède3. Le jeune wali en était déjà parti pour porter secours à Souleïman, et Wadhah s'empara d'autant plus aisément de la ville, presque sans défense , au moyen des intelligences qu'il s'y était ménagées, et surtout par l'influence d'un scheik illustre nommé Ismayl ben Dzy el Noun, dont nous reparlerons tout à l'heure. Obeïdallah, à la nouvelle
1 Filins aatem Almahadi, qui Obeydalla dicebator, erat Toleti , et a Toletanis plurimom amabator, coi Zaleman capot receplom miait, cum raille inorabetinis qood et Toletani in Hezqoita aepelieront (Rod. Toi., c. 38). \
2 Conde, c. 107.
3 H ode ri ch de Tolède prétend au contraire qu'on délibéra a Cordoue même sar la demande de Sancho, et qu'on ne l'accorda qu'à bon escient: — Fuît petltio (comitia) gratta Tiaa : sed quia diacriminia inaUntia perurgebaf, risum fait eaatella cedere, eo qood noriter acquisita, et minus ntililatia quam operia sectun ferrent, et rex laen petitioni comitia aquietit, et pracepit caste lia prolinaadari (Ibid., c. 37).
de cet événement, revint chercher ses ennemis, et rencontra aux environs de Maqneda l'armée de Wadhah et ses auxiliaires, les chrétiens ; mais dans le combat qui s'engagea incontinent entre les deux camps, les troupes d'Obeïd- Allah furent vaincues et s'enfuirent vers Cordoue ; Obeïd- Allah lui-même et ses principaux officiers furent faits prisonniers, entre autres Mahommed ben Témyn et Ahmed ben Mohammed ben Wasim de Tolède, cavalier puissant et fort érudit. Ce dernier fut mis en croix, et il y récita la sourate yasch. Les soldats le frappèrent au visage de leurs épées, ce qui le fit tomber, et il demeura pendu par la ceinture. Obeïdallah fut conduit sous bonne escorte à Cordoue, où Hescham, devenu despote terrible depuis qu'il avait été instruit de sa propre histoire et de l'abus qui avait été fait de sa personne et de son nom par les précédens hadjebs, le fit décapiter et jeter, mutilé, dans le fleuve (en schaban 103 — février ou mars 1 0 1 3) 1 . Obeïdallah était à la fleur de son âge, et quand le peuple apprit qu'il avait été fait prisonnier dans un combat contre les chrétiens, on blâma hautement le hadjeb Wadhah et l'on murmura contre le khalife, qu'on traita d'hérétique et de mauvais musulman. Le hadjeb Wahdah donna le gouvernement de Tolède à Abou ïsmayl Dzy el Noun, noble scheik déjà nommé par nous et très puissant dans cette ville, qui, par son autorité et ses richesses, lui en avait facilité rentrée. Ce fut cet ïsmayl ben Dzy el Noun (Abd el Bah m an ben Ahmer ben Mothref ben Dzy el Noun) qui fut la souche des émirs ou rois indépendans de Tolède et plus tard de Valence jusqu'à la conquête de ces deux villes par les chrétiens. ïsmayl Abd el Bahman descendait de Dzou el Noun el Havàry qui, cinq générations auparavant, et le premier d'entre les siens, était venu s'établir à Tolède, où la puissante maison dont il était le chef et le fondateur reçut le nom patronymi-
i Bl Iten capite matilalum fecii in flumen prieciplUri (Roder. Toi., c.
CHAPITHE DIX -HUITIÈME. 35
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que et depuis dynastique de Bény Dnnnoun, prononciation contractée de la forme Bény Dzy el Noun f. Wadhab, après cette installation, reprit le chemin de Cordoue, content de son succès, et il congédia les chrétiens qu'il combla de présens et de promesses, et à qui il fit livrer les forteresses au prix desquelles on avait obtenu leur secours. Les annalistes chrétiens portent le nombre de ces forteresses à sept, dont quatre seulement, à ce qu'il semble, furent livrées en réalité». Sancho reçut cinquante otages pour la sûreté des trois autres, Le khalife accueillit Wadhah avec de grands honneurs et lui accorda pour ses Slaves et Alahmérys des alcaydies et des lieutenances perpétuelles dans l'Espagne méridionale , et c'est d'alors que datent les principautés indépendantes de cette partie de la Péninsule, entre autres celles de Tadmir, de Carthagène,d'Almérie,de Dénia et deSchatibah*. Il confirma dans d'autres ceux qui en étaient en possession ; car déjà sous El Bfansour l'usage s'était introduit d'assigner aux officiers et aux soldats des terres ou bénéfices militaires, et d'accorder à certains grands propriétaires le gouvernement à titre héréditaire des circonscriptions territoriales où étaient situées
» Casiri ra Jusqu'à écrire Béni Zenon.
*■ Era mlxi (corrigez mli) dedcront comîli (Sancio) Sanctum Stephanum, et Cluniam et Osmam et Gormaz, et dederunt ei quinquaginla obsideg pro Castro bo et Heconia et Berlanga (Chronicon Burgense, p. 308). A quelques fanantes prés on trouve la mention du Tait dans trois autres des Chroniconet ptqtu&ot : — Era am.ix (lege ut supra) dederunt comiti Sanclio San Stephanom et Cluniam et Osrnam et Gormaz, et dederunt ei l ©bsides pro Caitrobon, et Meronim et Berlanga, disent les Annales de Compoitetle (p. 319);— > In era sii.tii (ut supra) dederunt Sarraceni Fafila ( pent-étre kalifa ) ad Sancium Comitem suas casas, id est Gormai , Osma, et S. Slephanum, et alias casas ia Extrematura, disent les Annales d'Alcala (Annales Complutenses, p. 312 et 313); ce que la Chronique de Cardena,en langue vulgaire (p. 371), rapporte ou plutôt traduit, d'après les précédentes, dans les termes suivans : — Rr» sriLTiii (ibid.) dieron los Moros è Sancbo Garcia sos casas Gormaz, è Osma, é Sent Esieban, è Coruûa,é otras casas en Estramadura. — Estramadura signifie id frontière, et non la province même de ce nom, alors encore innommée.
* Coode nomme Tadmir, Carlbagéne, Alalfe, Lecant, Almerle, Dénia et Naîtra (t. f «).
36 HISTOIRE D ESPAGHE.
leurs propriétés. Du nombre de ces derniers était un certain Ebn Houdhayl ben Razyn, seigneur de plusieurs châteaux aux environs de Santa-Maria d'Orient1 que l'on appelait Sainte-Marie d'Aben Razyn, dénomination transformée dans la bouche des chrétiens en celle d'Albarracin, qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Ebn Houdzayl avait été grand ami d'El Mansour. Houdzayl, son père, qui se nommait Houdzayl Abou Mohammed ben Khalf ben Razyn avait été hadjeb d'Abd el Rhaman 111 , et, suivant El Abbàr el Koday, s'était enrichi à force d'exactions et de rapines. Outre Sainte-Marie d'Orient, les Rény Razyn possédaient un territoire entre les états de Gordoue et de Tolède, portant le nom d'El Sahlah, où ils ne tardèrent pas aussi à se rendre indépendans*.
Souleïman cependant, repoussé par Wadhah des environs de Cordoue, où il avait jusque-là campé, ravageait, avec ses Africains, les campagnes d'Ecija, de Carmona et des autres villes des bords du Guadalquivir, jusque vers Séville et Libla. Le hadjeb envoya contre lui les généraux slaves Zahorr et Hambar 3. Us le trouvèrent campé sur l'Aljarafe de Séville, l'attaquèrent et le contraignirent de plier bagage devant eux. Il leva le camp, franchit la Sierra-Moréna par le port de Llerena, et gagna les campagnes de la Manche et de Galatrava, où ses guerriers nomades trouvèrent des vivres, et exercèrent leurs déprédations et leurs ravages accoutumés*. Mais cela
1 Schanl Maryya el Scharkya.
2 En Tannée 404, Aslao ben Bazin, dit Conde (le Slave ben Raiin sans doute) , peupla et rebâtit le fortel le bourg de Santamaria d'Orient qui, de son nom, fut appelé Santamaria de Aben Raiin (Conde , c. 108) ; mail la date 404 semble un peu lardire, à en juger par ce que Conde lui-môme nous a dit précédemment d'une magnifique kassidah composée par Ibrahim ben Edris el Olwy el Hassani el Mounyos, surnommé Maoùbal , un des poêles faYoris d'El Mansour, à la louange de Ebn Uoudbayl ben Raiyn, seigneur de certains cb&leaux a Santa-Maria d'Orient ( voy. Conde, c. 99).
3 Zahorel Anbaro dans Conde, c. toa.
4 Et tune Rex eu m Barbaris, relicta Hispali, in partes alias migraverunt, et Calatravam impetu invadentes ibi vicluulia invenerunt el inde rxdibus et incursionibus el rapinis loca adjacentia infestabant (Rod. Toi., c. .ift).