‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 164 sur 282 · CHAPITRE VIIïGT-CINQtJIKME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIïGT-CINQtJIKME

ner Roderich.il arriva , dit-il , qu'un certain soir, il rencontra un coureur qui le prit pour un Arabe, et lui dit venir pour apprendre à El MAmoun la mort de Sancho. Pierre le conduisit comme pour causer hors du chemin, et lui coupa la tête. Il retourna le lendemain sur cette même route, et il en vit venir un autre porteur de la même nouvelle, qu'il décolla de la même façon ; mais d'autres étant venus par une voie différente, le 6ecret ne put être caché à El MAmoun1. A sa troisième sortie Pierre vit venir l'envoyé de la reine Urraca, qui lui apprit tout ce qui s'était fait à Zamora, et, joyeux, il rentra avec lui à Tolède, et il y fit faire immédiatement, à l'insu d' Alfonse, le» préparatifs du départ. L'envoyé des Castillans étant survenu à son tour, et lui ayant fait connaître l'objet de sa mission, Alfonse et Pierre Ansurez délibérèrent sur la conduite à tenir à l'égard du Toi arabe. Il y avait presque un danger égal à lui celer ou à lui révéler la chose, car s'ils la lui révélaient, il pouvait prendre et faire enfermer le roi, et s'ils la lui celaient, et qu'il vînt à la savoir d'autre part, il agirait probablement d'une façon hostile * . Comme ils étaient 1 Adessus perplexes, Alfonse, confiant en son ami, s'écria : Il m'a honorablement reçu, libéralement défrayé de toutes choses et traité comme un fils ; comment pourrais-je lui cacher l'événement qui me rend mon royaume? Et se portant vers El MAmoun avec une spontanéité tout honorable, il lui dit ce que les envoyés de Zamora et de Burgos venaient de lui apprendre. El

1 Sed Pctrus Ansarii flr discretus, et in lingaa arabica cruditus , et pro rumoribus patrie» curiosus omni die extra Toletum , quasi spaciandi gratin , ad tria milliaria, tel amplius equitabat. Et casu accidit quodam vcipere, ut iim>niret quempiam venientera, qui dixit sibi se ideo adrenire, ut régi Almemoni régi» Sancii interilum nunciaret. Pelrus aulera duxil cum quasi causa colloquii extra ?iam , quem amputato capite interfecit , et ad tiam rediens , et paulisj cr procedens invenit alium ruraore et causa simili ▼enienlem , quem excidio simili decollavit ; sed via alla aliia venienlibus secretum non latuit Almemonem.

2 ipse (Aldefonsus) et Petrus Ansurll dubilabant , no si Almemoni nun -

cium reyelarent, regem caperet , et pacta grayia poslularet , Tel fi cclareut , et ipse alias posset scire , hoitilius deaatiret.

Màmounsavait déjà tout, et avait fait garder toutes les issues de la Tille, résolu à faire arrêter Alfonse s'il eût tenté d'en sortir sans l'instruire de rien. En entendant le franc et loyal rapport d' Alfonse, il devint tout joyeux, et lui dit : Je rends grâces au Dieu très-haut qui t'a inspiré de te confier à moi ; il m'a sauvé d'une infamie, et t'a garanti toi-même d'un péril certain; car si tu te fusses enfui d'ici sans m'en instruire, rien n'aurait pu te soustraire à la prison ou à la mort. Maintenant, pars, va reprendre possession de ton royaume, et accepte de moi tout ce qui te sera nécessaire, de l'or, de l'argent, des chevaux et des armes dont tu pourras te servir pour aplanir toutes choses, et ranger tous les cœurs autour de toi x. Ce procédé mit le comble aux bons rapports et à l'amitié des deux rois ; et comme ils en vinrent, on ne peut plus amicalement, à traiter de leurs futures relations, El Màmoun lui demanda, entre autres choses, de lui renouveler le serment qu'il lui avait fait déjà de respecter son royaume, et de faire pareil serment à son fils ainé ; et, de plus, le cas échéant qu'il eût besoin de ses secours contre les Arabes ses voisins, de lui venir en aide comme auxiliaire, ainsi qu'il le lui avait promis. Et El Màmoun et son fils aîné s'obligèrent envers Alfonse par un semblable serment. El Màmoun avait un fils en bas âge dont il ne fut rien dit dans le traité, et envers qui Alfonse ne s'obligea à rien3. Ces choses conclues, El Màmoun, avec les principaux personnages de sa nation , accompagna royalement Alfonse jusqu'au mont de Velatome, où il lui fit des présens de toute nature, lui remit de l'argent; après quoi Alfonse, en roi courtois, dit adieu à El Màmoun et aux siens, et se sépara d'eux

• Cumque audissel quœ dixerat Aldefonsus, Cactus hiiaris lie respondil : Gratias ago Deo allissimo, qui me ab infamla liberarc, el le a periculo voluii custodire. Si enim me inscio affugisses, capltonem aut morlem nallatenus evasi&ses; nanc aotem vade , el accipe regnum luum , et de meo accipe a arum , argentam, eqooi | et arma , qaibus possi» tnoram animos complanare.

3 t rat autem minor filius de cujus fœdere nil dixerant , nec Aldefoosas fuit ei in aliquo obligatui.

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