‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 165 sur 282 · CHAPITRE VINGT- CrNQtTÎBME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT- CrNQtTÎBME

au sommet du mont, d'où il gagna en toute bâte les campagnes de Zamora *.

Là, la reine Urraca avait préparé toutes choses pour le faire reconnaître roi, et il le fut sans difficulté par les Léonais et par les Zamorécns. Les Castillans et les Navarrais le reconnurent aussi pour leur seigneur, mais à la condition dont nous avons parlé plus haut, qu'il prêterait serment, avant toute chose , de n'avoir de près ni de loin trempé dans le meurtre de son frère5. Personne, toutefois, ne voulant ou n'osant lui demander ce serment, Bodericus Didaci Gampiator seul l'appela à le prêter; et ce fut pourquoi depuis, ditBoderich, quelle que fût sa vaillance, il ne fut en aucun temps agréable à ses yeux 3. De la sorte le roi Alfonse, outre son royaume perdu, obtint encore les royaumes de ses deux frères, tous l'acclamant et lui criant vivat ! vivat ! et lui prêtant serment d'un commun accord et il prit ainsi la triple couronne de l'empire chrétien en 1073. Il avait trente ans et sept mois lorsqu'il avait commencé à régner à la mort de son père, et il régna en tout 43 ans5. Garsia, lex-roi

1 ...Dicto vale, in sommilalemontium ab eis discessit, el suis fœliciter redonalur.

2 C'est à tort que quelques-uns lui font prêter ce serment à Burgos. Les paroles de Roderich sont explicites et décisives : — Castellani eliam et Navarri, ad ipsum illico convencrunt , et ante oronia juramentum, ut diximus, exegerunl, <|iiod non fuerat couscius mortis régis Sancii sut fratris.

3 Sed cora nemo vellet ab eo recipere juramentum, ad recipiendum se oblulil solus Rodericus Campialor.llndèetpostea, licel slrenuos,non fait in ejus oculis gratiosos. — Et comme il n'y avait personne dans rassemblée qui osai recevoir le serment du roi , dit à son tour Lucas de Tuy, Rodericus Didaci , le vaillant guerrier dont il a été parlé , le reçut ; el pour ce motif le roi Alfonse l'eut toujours en aversion : Cumque nullus esset, qui juramentum a rege auderet accipere, suprafatus Rodericus Didaci, strenuus miles, juramentum a rego accepit. Quapropter Rex Adefonsus semper babuit eum exosuro (Luc. Tod. Cbr., p. 99). — Aucune des sources ne parle de l'inconvenante et invraisemblable exigenco du Cid, qui, dit-on , fit répéter trois fois le serment dont il s'agit. C'était assez d'une, comme on voit, pour être à jamais dans la disgrâce du roi.

* Et rex Aldefonsus ob lento regno , quod perdiderat, et eliam regnis fralrum omnibus acclamantibus vivat , vivat , omnes ei communiler juraveronl. & Rod. Tolct., de Rcb. in Disp. G est., I. vi, c. 22,

de Galice, qui vivait dans l'exil sur les terres de Sé ville, à la nouvelle de l'avènement d'Alfonse , était revenu en toute hate, bien malheureusement; car, par le conseil de sa sœur Urraca, Alfonse le fit prendre dans la quatrième ide de février 1073, et enfermer dans une prison, où il le tint jusqu'à sa mort, arrivée le 22 mars 1090. Garsia, à ce que je puis comprendre, était quelque peu aliéné d'esprit, et entièrement incapable de régner. Son frère le fit touj ter avec les plus grands égards, bien qu'il mettre qu'il le considérât comme son successeur, dépourvu qu'il était de postérité maie. Garsia mourut dans sa Ses obsèques furent célébrées avec une pompe extra* et il fut enterré avec tous les honneurs royaux. La cérémonie des funérailles du malheureux roi réunit à Léon un grand nombre de prélats, les deux sœurs du roi, Alfonse et Renérius, légat du pape en Espagne, et qui fut depuis pape luimôme sous le nom de Pascal II*.

Sur les femmes d'Alfonse , sauf à l'éclaircir plus loin , j'ai cru bon de placer ici ce que nous en apprend Roderich.

Alfonse eut cinq femmes , au rapport de Roderich , unies à lui successivement en légitime mariage ; la première, Agnès

I Chr. Compost., p. 327, et Polag. Oret. Chr., nom. 10. — Mariant place faussement la mort de Garsia en 1081; il n'est pas dans une moindre erreur en ce qu'il dit dei causes de sa mort : Se hizô desangrar rompidas las venus en la prision en que estaba. Ce que dit Pelage d'Oriédo , auteur contemporain , c'est qu'il se fil saigner, et que la saignée causa la maladie dont il mourut : Et ibi in il la captaliono voluit minuere se sanguine, et postquam sanguinem minuit, decidit in lecto, et mortuus est, et sepullns est in Legione (Pclag. Ovet., i. c). — On lui fit l'épitapbe suivante :

II. B. DOMINYS GARCIA BBX PORTVGALLI* BT GALLECLS FILIVS BEGIS MAGM FERNAXDI.

HIC IXGBIUO CAPTTS

A FBATBB SYO IH VIKCVLIS OMIT.

EBA MCXXYIII XI BAL. APBILIS.

Son tombeau existe encore. Il y est représenté avec des fers aux pieds.

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