CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME. 3S
portèrent le ravage et l'incendie ; après quoi, avec le butin fait dans cette campagne, l'un et l'autre s'en retournèrent heureusement dans leurs foyers. Cette expédition, suivant Boderich, eut pour résultat d'effrayer l'émir de Cordoue au point qu'il n'osa plus rien entreprendre contre le royaume de Tolède'.—C'est ici un des points sur lesquels Roderich, comme il arrive souvent, a besoin d'être complété et rectifié par le récit des Arabes. £1 Màmoun ne regagna point en effet heureusement ses foyers comme nous le dit Roderich, et il mourut à Séville même qu'il avait enlevée à Ebn Abêd, laissant son fils Hescham sous la tutelle du roi chrétien, en qui il avait une entière et parfaite confiance a. Au retour de cette expédition, et sans doute pour se dédommager des frais de la guerre, Alfonse se saisit de Coria quelques mois après la mort d'El Màmoun, au mois de septembre , suivant la chronique Lusitane3. Ce qui donne à penser que la retraite d' Alfonse et des troupes de Tolède commandées par le général Haréts ben ei Hakem ben Okeïscha, à travers les terres de Séville et de Badajoz, fut loin d'être précipitée. Je trouve dans le Kartasch el Saghyr la confirmation de la prise de Coria sous la date donnée par la chronique citée plus haut. L'an 4 70, il y eut, dit Ebn Abd el Halim, une éclipse de soleil vers midi (ou vers le milieu du jour), la plus grande qu'on eût encore vue jusque-là, et Alfonse s'empara de la ville de Coria,
* La guerre entre les deux émirs commença, à ce que je présume, vers l'année 1074 ; oo lil en effet dans les Annales de Tolède (p. 381), que le 26 Juin de celle année, un jeudi, il y eut une arrameada sur Bl Màmoun, roi de Tolède : — Arran* eada sobre Almeymon rey de Toledo en Torres, dla de Jotea, xxn diaj del mes de junio, en mcxii (Annal. Toled. i, p. 584). — Torres-Torres étaient certains châteaux du royaume de Valence qui appartenaient i Bl Màmoun, et dont Ebn Abêd dnt s'emparer en ce temps par quelque coup de main hardi.
* Voyei ci-de?ant , p. 208. — Yahya ben Ismayl ben Abd el Rahman ben Abmed ben El Motharef ben Dzon el Noun, particulièrement connu sous le surnom d'Bl Màmoun (le bien famé), mourut à Sérille en djoulksdah 469 (juin 1077). Voy. aussi p. 98.
3 ;Era lus (1077) mense septembrls cepit idem rex Douons Alfonsus Cauriam ctvitatem (Cbr. Util., p. 405).
dont il expulsâtes Musulmans *. — En ce temps (savoir vers
avons fait mention plus haut a.
L'année de la mort d'El Màmoun et de la prise de Coda, qui
par l'hiver le plus rude dont les hommes aient gardé la mémoire. Le froid sévit en Espagne depuis la Saint-Martin jusque» à la fin du Carême 3 . Les chroniques f rankes et germaines mentionnent de même ce formidable hiver Pendant quatre mois la glace tint bon 5. Toute la Germanie demeura couverte de neige de la fin d'octobre de l'année précédente , jusqu au 26 mars de cette année6. En revanche l'été fut sec et chaud, et les vendanges donnèrent un vin excellent
Après la mort d'El Màmoun, et de son fils Hescham, dont nous venons de parler, reprend Roderich, auquel Alfonse fut , ainsi qu'il l'avait été à son père, toujours propice et tutélaire , le second fils d'El Màmoun , appelé Yahya , succéda à son frère dans le gouvernement du royaume de Tolède. Or, celui-ci , s écartant en moins que rien des voies suivies par son frère et par son père , exerça tout d'abord ses tyrannies sur
1 Kartasch el Saghyr, c. 42. — Il y eut en effet , en 1077, une éclipse ecn- 4rale de soleil , le 28 février, à une heure et demie du soir, Yisible en Europe, on Afrique et en Asie, et digne d'être notée par l'écrivain musulman. Voye* ta chron. des Éclip., p. 72.
2 Voy. l'appendice sur les femmes d1 Alfonse. Au lieu de mortua AgmeU, il faut lire dans Roderich : reliela Âgnete. Nous verrons pins lard pourquoi.
3Bra «tOXY (1077) fuit hyems grayisaima a festîvitatc S. Martini us que ad Quadragesimsm (Chr. Burgens., p. 309).
4 Hyems dura ut longissima ( dans D. Bouquet, t. xi, p, 295).
5 Gelu validum quatuor menai bus (ibid., p. 415).
6 Maxima nix tolum regnum Germanicnm ante calend. nov. anni prjecedeoll uaquo ad tu kalend. aprilis pressenti anni oblinet (ibid., p. 24).
7 AsUs nimJs sicca el cellda, ylnum optimum mense augusto Tindjmialflf {ibid,, p. m).