‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 168 sur 282 · CHAPITRE VUSGT-CIÎÎQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VUSGT-CIÎÎQUIÈME

les scheikhs et le peuple, qu'il accabla de corvées, de telle sorte qu'ils préféraient la mort à la vie r. Il était avec cela d'habitudes ignobles , fainéant et impropre à la guerre. El Màmoun, son père, avait donné au roi Alfonse certains municipes, Ganalcs et Ulmos, dans lesquels, lorsqu'il venait en aide à son ami musulman , le roi chrétien déposait les iufirmes et les impotens de son armée. Comme , ainsi que nous l'avons dit , les Tolédans étaient opprimés par leur prince et vexés par leurs voisins , voyant que leur roi n'avait nul souci de leurs misères, ils s'assemblèrent et dirent au roi : Sois le protecteur des peuples et de la patrie, ou nous chercherons un autre défenseur. Mais Yahya , esclave de sa luxure, ne faisait nul cas de leurs plaintes. Alors eux-mêmes, opprimés despotiquement à l'intérieur et par les attaques de leurs voisins , ils envoyèrent des députés au roi Alfonse (qui se trouvait dans un des municipes dont il vient d'être parlé), dans le but de lui rappeler l'ancienne alliance, d'invoquer de nouveau sa puissante protection ; et, de plus, de le supplier de former le siège de leur ville , quoique réputée inexpugnable, le faisant assurer que, contraints de faire des sorties, ils auraient prétexte et ne manqueraient pas de la lui livrer. Comme il n'était lié par aucun traité avec le roi actuel de Tolède , la demande des citoyens reçue, il rassembla des soldats de toutes les parties de son royaume , et il ordonna à ses officiers de courir et de dévaster avec des camps volans les fruits et les vendanges par tout le territoire de Tolède, et pendant quatre années il fit même chose sans interruption ; si bien que, quoique la ville surpassât toutes les autres par son opulence, cependant, après tant d'années de dévastations continuelles, forcément les vivres vinrent à y manquer, et le roi Alfonse , instruit de l'état des choses , ayant assemblé une

«... Qui à viis fratria et patris minus aberrans capit in seniores el populum, qaos toi engariis et perangarii» conTe*abot, ul roortem Tii» prœ(crrent.

armée infinie, l'assiégea 1 Mais ayant d aller pins loin,

sur les circonstances préliminaires qui préparèrent et amenérent la chute de la métropole mosarabe, et principalement sur le revirement politique qui fit d' Alfonse , l'ancien ennemi d'Ebn Abôd de Séville, son allié, et plus tard son gendre, il convient d'écouter maintenant les Arabes eux-mêmes.

L'insatiable ambition d'Ebn Abéd, nous disent-ils par la bouche de Gonde * , ne trouvait de repos que dans de nouvelles conquêtes et de nouveaux triomphes. Il envoya une seconde fois son wazir Ebn Omar auprès d' Alfonse ben Ferdeland, roi de Galice. Le saheb de Valence Abou Bekr et le général Ebn Raschik murmuraient de ces négociations, et disaient qu'il n'en pouvait résulter que des arrangement sans Dieu ni conscience, où Ebn Abèd sacrifierait à son ambition les peuples et les tribus, et sa propré famille; car Ebn Omar partit avec des pouvoirs illimités, et Dieu sait l'usage qu'il en fit. Mais aux yeux de Dieu, dit en s'interrompant l'historien musulman, le monde entier n'a pas la valeur de l'aile d'un moucheron 3. Ebn Omar conclut une honteuse alliance, sans compter la grosse somme d'or que cela coûta, et il reçut en cette occasion, du roi Alfonse, deux riches bagues d'émeraude, magnifiquement montées, présens qui coûtèrent des villes et des châteaux ; mais « la façon sans la matière valait » à elle seule la cité , les larmes et le sang. Allah l'appré- » ciera î > Alfonse ben Ferdeland, roi de Galice, se concerta donc par des traités secrets avec Ebn Abéd de Séville, et (il ne

• Plusieurs passages des pages qu'on tient de lire sont traduits purement et simplement, comme je l'ai dit déjà, de la chronique de l'archeréque Roderich. Voir à lu fin du Yolume.

3 Conde, m* part., c. 8.

3 On dirait Omar, parlant i Zopire, dans Mahomet :

Ne sais-tu pas rncor, bomne faible et superbe, Que l'Insecte Insensible enseveli sous I berbe, Et l'aigle impérieux qui plane au baut du ciel, Rentrent dans le néant aux yeux de l'Étemel ?..,

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