CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME
faut pas perdre de vue que c'est un ennemi qui parle), oubliant la généreuse hospitalité qu'il avait reçue à Tolède de l'émir £1 Màmoun, père de Yahya el Kader, ingrat et perfide, et parjure à l'alliance promise à la famille des Bény Dzy el Noun, Alfonse ben Ferdeland déclara la guerre à £1 Kader, et franchit ses frontières à la tète d une armée, ravageant le pays, désolant les peuples, pillant les troupeaux et captivant les personnes; tout cela pour plaire à son nouvel ami Ebn Abéd, qui, pendant ce temps, faisait en toute sûreté la guerre à ses ennemis d'Andalousie, et élevait sa fortune sur la ruine des autres princes musulmans. L'émir de Zaragoce , Ahmed ben Souléïman el Moktadir Billah , se préparait cependant à venir au secours de l'émir Yahya; mais la mort arrêta sa marche glorieuse. Il mourut dans l'année 474, et alla recevoir dans un éternel repos le prix de ses triomphes. Son fils Yousouf Abou Amer el Mouthémyn fut aussitôt proclamé, et on lui jura obéissance à Zaragoce dans la première lune de djoumada de la même année. Yousouf ben Ahmed se vit embarrassé de guerres continuelles sur ses frontières, et il fit preuve de valeur et de zèle pour l'islam dans les terribles batailles de Lé rida et de Huesca, où il donna à quarante mille hommes le plus horrible spectacle que puissent eu peu d'heures donner les féroces enfans de la guerre, grossissant par des ruisseaux de sang les eaux du Wad-Hesera et du Wad-Zinga. L'émir Yahya de Tolède envoya des ambassadeurs à l'émir de Badajoz Yahya ben Mohammed, avec prière de lui venir en aide. Le noble El Mansour rassembla sans délai tous ses alcaydes et traversa à marches forcées, avec de la cavalerie d élite, les plaines qu'arrosent le Guadiana et le Tage. Le seul bruit de son approche força le roi Alfonse à lever le camp et à retourner sur ses terres; ce qu'il ne fit pas sans ravager et dévaster toutes choses sur son passage, et surtout sans emmener captifs les malheureux laboureurs musulmans qu'il chassait devant lui comme de vils
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troupeaux. Yahya el Afthas prouva en cette occasion qu'il méritait le titre d'El Mansour, que lui avaient donné ses peuples. Il s'en retourna satisfait sur ses terres et rentra à Mérida avec ses troupes victorieuses; mais pendant qu'il s'y reposait de ses fatigues passées, la mort, qui détruit les délices de la vie, arrête et déçoit les espérances humaines, vint le surprendre et le transporter dans les palais et les demeures éternelles de l'autre vie. Ses peuples le pleurèrent parce que c'était un bon émir et qu'il ne laissait pas de successeur semblable à lui pour les consoler. On plaça sur le trône après lui son frère cadet Mohammed Omar el Motawakkel , qui était à Jabora, et sous lequel se trouva réuni tout l'Algarbe. 11 se rendit à Badajoz, laissant au gouvernement de Jabora et de ses dépendances son fiis El Abbas ben Omar. L'émir Omar était un homme prudent et instruit, qui, dans sa jeunesse, avait montré autant de valeur dans la guerre que d'humanité et de justice dans la paix; il plaça dans le gouvernement de Mérida son fils ElTadl ben Omar, qui imitait les vertus de son père et de son frère; c'étaient de nobles émirs dignes d'un meilleur sort que celui qui leur fut attribué par l'indélébile table des destins.
Pendant qu'Alfouse ben Ferdeland, roi des chrétiens, continue ie même auteur, faisait une rude guerre à l'émir Yahya de Tolède, Ebn Abèd de Séville agrandissait ses états devers Jaen, où il prit les forteresses d'Ubeda, deBaeza et de Martos. Séville cependant était gouvernée par son fils ainé Obeïdallah elRaschid, appelé le Kadi, parce qu'il avait eu l'emploi de kadi el kodah (cadi des cadis) dans le meschouar de la ville : il était érudit, bon poète, grand musicien, jouant parfaitement du luth et du mihassour,et chantant d'une belle voix ses propres chansons. Il invitait chez lui les fakihs et les savans, ainsi que tous les beaux-esprits de la ville, auxquels il donnait tous les jeudis ^Le splendides repas. Il donna à son père, de diverses femmes, quarante-sept petits-fils; son préfet