‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 18 sur 282 · CHAPITRE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIÈME

n apporta qu'on bien faible soulagement aux maux de l'Andalousie, et surtout de sa capitale, que la famine et la peste décimaient. Tel était l'excès de la disette à Cordoue, que la mesure ou la charge de pain s'y Tendait trente pièces d'or1. SouJcïman, malgré son éloignement de l'Andalousie, ou plutôt à cause même de cet éloignement, résolut de tirer parti de cette situation déplorable. Il connaissait l'état des choses à Cordoue, le mécontentement des nobles arabes, à raison de l'omnipotence des Slaves et des Alahmérys, la défiance du khalife envers ses pareils et ses plus loyaux serviteurs, et surtout l'excès des calamités publiques. L'occasion était favorable pour tenter une mesure décisive; il visita les walis de Calatrava,de Wadalhajara et de Medina Selim; il écrivit à celui de Saragosse, qui, pour lors, était le puissant El Mondhir, et il leur promit à tous, s'ils voulaient l'aider contre les Slaves qui tyrannisaient Cordoue, de leur accorder par diplômes, à titre héréditaire, le gouvernement des villes où ils commandaient, à la charge par eux seulement de reconnaître sa suprématie spirituelle et de lui payer un léger tribut. Ces conditions; tjui élevaient ces walis au rang et aux droits des barons de la féodalité européenne leurs voisins, les séduisirent et ils envoyèrent ou amenèrent en personne leurs bannières à Soûle iman, avec de nombreuses troupes d'infanterie et de cavalerie. Cordoue s'alarma à la nouvelle de ce mouvement, et ne se sentant pas en état de s'opposer, avec ses seules forces, à une telle armée,Wadhah conseilla au khalife d'appeler à son secours les Édrisites Bény Hammoud, savoir Aly ben Hammoud, wali de Ceuta et de Tanger, et son frère Rasem ben Hammoud, wali d'Aldjézira Alhadrà et de Malaga, qu'il savait être brouillés avec Souleiman. Il leur fit écrire par le khalife que s'ils venaient à son aide avec toutes leurs forces, et que la

« Eral aulem Cordobsc magna carestia , adeo ul summa papif Irigiota aurei» *eodereUir (Ibld., ». c).

fortune le favorisât, il ferait l'aîné d'entre eux son successeur futur à l'empire; mais, les lettres écrites, la réflexion changea les idées de Wadhah, et il ne les envoya point, soit qu'il jugeât trop dangereux les secours auxquels il avait songé à recourir, soit qu'il ne jugeât pas le moment opportun pour les solliciter; il garda, en conséquence, les lettres à tout événement, pour en faire usage au besoin, et seulement s'il s'y voyait contraint par la force des choses. Nous verrons tout à l'heure le triste fruit que Wadhah recueillit de cet acte de prudence.

La famine qui régnait à Cordoue cependant en chassait les habitans, qui cherchaient un refuge dans lesaldcas de la Sierra et jusque dans le camp des Africains. Souleïman, à la tète maintenant d'une force imposante, avait repris position à Médina Zahra avec ses alliés de l'Espagne orientale, et assiégeait de nouveau Cordoue1. Par l'entremise des transfuges de la place qui étaient venus le trouver dans son camp, Souleïman entretenait des intelligences avec l'intérieur de la ville, et le bruit courut que Wadhah lui-môme correspondait avec le chef des assiégeans, bien que le fait soit tenu pour peu croule par les meilleurs historiens musulmans. « On prévint Heschâm, dit l'écrivain employé par Gonde, que son hadjeb avait des rapports avec les ennemis et qu'il avait l'intention de leur livrer la ville. L'émir croyait tout et craignait tout; il fit arrêter le fidèle hadjeb, et, ayant trouvé en son pouvoir les lettres qu'il avait écrites pour les Bény Hammoud, il lui fit aussitôt couper la téte, oubliant ainsi, dans un funeste moment de colère, les bons services de tant d'années2. » Quelques historiens modernes 3 ont cru devoir charger beaucoup la mémoire du hadjeb Wadhah, auquel ils prodiguent lesépithètes de traître et d'infâme. Le supplice par lequel il périt fut, selon eux,

I Et limai tenientes contra Cordubam properarool, et caslrametati sunt intra Axafra, et Cordubam obséderont (Rod. Toi., c. 59). i Conde, c. 108.

3 Entre antres M. Aschbach (Geschichteder Ommajiden, etc.).

Page 1