‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 171 sur 282 · CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME

d'Ebn Omar, et consentit à s'allier avec Ebn Abèd, au prix de la fille de celui-ci, Zayda, et d'un certain nombre de villes composant la dot qu'elle lui apporta. Le mariage, d'ailleurs incontestable, d' Alfonse avec la fille d'Ebn Abèd ne saurait être mieux placé qu'en cette circonstance. Il eut de Zayda un fils à qui il.donna le nom de Sancho et qui dut lui naître peu de temps après ce mariage. Les vrais fidèles, comme nous l'a dit tout à l'heure la chronique musulmane, murmuraient de pareilles négociations, et accusaient l'émir de Séville et son favori de sacrifier les intérêts de l'islamisme et jusqu'à sa propre famille, pour acheter au poids de l'or une honteuse alliance1. L'auteur musulman semble craindre de s'expliquer plus clairement sur le fait du mariage de la fille d'Ebn Abèd avec le roi chrétien ; il se contente de l'indiquer, mais non sans montrer jusqu'à quel point il le blâme et le maudit intér ieurement,comme source des maux qui désolèrent les Musulmans peu de temps après, et qui en furent comme la suite. Ebn Abèd donc, fortement intéressé à l'abaissement de Tolède, pour s'assufer la conquête des terres de Murcie, promit au roi chrétien d'attaquer de son côté le territoire de Tolède, et de lui livrer toutes les conquêtes qu'il ferait au nord-est de la Sierra Moréna. Alfonse, à ce qu'il fut convenu, les recevrait avec la main de Zayda, personne accomplie et d'une beauté remarquable, qu'il avait vue sans doute à Séville durant le séjour qu'il y avait fait en 1077, et comme dot de celle-ci. Zayda fut le gage et comme le sceau du traité machiné par le plénipotentiaire de l'émir de Séville, Ebn Omar. Les troupes d'Ebn Abèd passèrent en conséquence la Sierra Moréna, et prirent possession, au nom de la fille de leur émir, fiancée au roi Alfonse, de Calatrava et de plusieurs autres villes de la Manche. On ne saurait dire si ce fut précisément cette année ou la suivante ( 1 083) que Zayda passa presque

I Coode, 1. c, , A

en qualité d'épouse, suivant Lucas de Tuy, quasi pro i&ore, ainsi qu'il était permis, ut prœmismm est, ajoute-t-il, dans la couche d'Alfonse, déjà marié en deuxièmes noces à Constance, de la maison de Bourgogne, et lui apporta les villes conquises par son père Ebn Abèd sur les terres de Tolède, et mentionnées par les historiens espagnols comme ayant formé l'apanage dotal de Zayda, savoir : Guenca, Huete, Ocaila , Yelez, Mora, Yalera , Consuegra , Alarcos , Garacuel et quelques autres1. Gela, du moins, paraît probable, et il serait difficile de trouver une époque où le mariage d'ailleurs entaché de bigamie d'Alfonse et de Zayda pût être plus convenablement placé.

La campagne suivante (1083) Maqueda, Sainte-Olalla, et tout le pays qui s'étend le long des montagnes depuis Talavera jusqu'à Madrid, à l'exception des environs de Tolède, passèrent sous la domination d'Alfonse. Tatananca, Uzeda, Hita, Guadalajara se rendirent à discrétion, et, pour faciliter le passage d'une Castille à l'autre, il fit fortifier Buitrago. Alfonse en effet dut prendre en premier lieu les villes les plus voisines des limites des champs Gothiques (rierra de Gampos), Olmedo, Gauca, Segobia, Avilaet Sepulveda; de là il dut marcher vers l'orient sur Gerezo, Atienza et Medina-Cœli ; puis, en descendant, s'emparer de Buitrago,Uzeda,Talamanca, Hita, Guadalajara, Madrid, Olmos et Ganales; et successivement d'Escalona, Maqueda, Santa-Olalla, Mora et Consuegra. C'est à tort en effet que, frappés de l'importance de la prise de Tolède, la plupart des historiens rapportent la conquête des villes dont il s'agit comme une conséquence et une suite de

* Voici le curieux passage de Lucas do Tuy sur Zayda bent Ebn Abèd : — Cum igilur rex Adefonsus regnarel securus cum tanlis prosperilatibus accepit filiam Régis Benabelh, ut pra>missum est quasi pro uxore, et geouit ex ea Sanciam. — Ailleurs Lucas dit encore : Quoque Rex Adefonsus haboil Zaydam Dliam Benabelh Régis Sibiliaa : ex bac gênait Sancium, qui fuit mortuos in liie de Ucles. Nous retiendrons ailleurs sur Zayda.

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