CHAPITRE VINÔT-OINQUIKME
celle de Tolède. Ainsi la chroniqae Lusitane et Lucas de Tay, comme nous le verrons tout à l'heure x. Après trois années de dégâts continuels, suivant les Arabes 2, Alfonse mit enfin le siège devant la forte cité, boulevart de l'Islamisme en Occident. Mais, avant d'en venir à cette prise glorieuse et aux circonstances particulières du siège et de la capitulation , il convient de nous arrêter un moment sur la royale cité mosarabe, dont l'importance n'était guère balancée alors que par Séville et Cordoue.
Tolède est située sur une roche élevée qu'entourent les eaux du Tage, excepté du côté du nord ; de telle sorte qu'elle est assez semblable à une chersonèse ou presqu'île; elle est défendue non-seulement par le fleuve, mais encore par un rempart de rochers qui, sur les sinuosités des rives du fleuve, forment des escarpemens du plus difficile accès. Tite-Live a dît d'elle qu'elle était fortifiée d'elle-même, par sa situation, munita loco. Gomme la ville de Rome, Tolède a la prétention de renfermer dans son enceinte sept monts avec leurs vallées. Le premier de ces monts comprend tout le terrain qui s'étend de la porte Yisagra où aboutissait autrefois la grande voie romaine (via sacra) à la place de Zocodover dans le faubourg appelé la ïète-de-1' Aigle (Gabeza del Aguila) ; le second occupe l'espace entre Zocodover et l' Alcazar ; ses versans partent de saint Michel, au lieu nommé El Espinar del Can ; le troisième descend de ce même Espinar vers le fleuve, par le Clos des Vaches (Corral de Vacas)3.Le quatrième mont s'élève de Âlhandaque(El Handik,le fossé), appelé anciennement Valle Hendido ou de Cenizar (la vallée enceinte, séparée, ou
1 Cbr. Luait., p. 40», et Lnc.£Tud., p. 100 cl 101.
2 Conde, 1. c.
3 Corral de Vaeat 6 Ovejas se dit communément d'an bourg on village rainé ei détroit par le tempi ou la guerre, d'an lieu désert, abandonné (locm dirulu$)> •t ee qu'on nomme ainsi à Tolède en eit autii la portion la moinj habitée de V ancienne enceinte.
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de la ceinture), jusqu'à la cathédrale ( iglesia Mayor), et fournit à Saint-André les eaux qui servent aux tanneries; le cinquième mont a nom San Roman, et c'est le point le plus élevé de la ville ; le sixième est appelé Monticher ou Monte-Gelio, dans le Alamillo de Saint-Christophe (San Cristoval) ;et enfin le dernier, la Solana de San Juan de los Reyes f.
Tolède est située au centre de l'Espagne ; son climat est sec ; son territoire montueux, et sur quelques points dépourvu de végétation; la chaleur y est excessive en été; les jardins qu'on appelle du roi (huertas del rey) , et la campagne (la vega), reçoivent leur arrosement par les eaux du Tage.
Tolède a trois portes principales appelées aujourd'hui Puerta del Gambron, de Visagra , et Puerta-Nueva ; cette dernière ouvre sur les bords du Tage. A la vue de la ville sont deux ponts très forts, en pierre, comme au temps des Arabes ; l'un, très célèbre et d'une seule arche , que les Arabes appelaient par excellence le Pont (al Kantara), dit par pléonasme aujourd'hui Puente de Alcantara, réédifié, diton, en 1259; l'autre, portant le nom de Saint-Martin, réparé en 1576.
L'ancien marché arabe a conservé son nom à peine altéré de Zocodover.
La situation montueuse de Tolède a contraint de bâtir ses maisons les unes sur les autres. Les rues en sont étroites et tortueuses, sans places ni fontaines, au moins dignes de son importance, et les habitans sont obliges de se servir d'eau de citerne. Gomme, pour la fabrication des tissus de soie, il fallait beaucoup de jour, les manufactures de ce genre de tissus furent établies dans les faubourgs les plus découverts, du côté des murailles et de cette partie du fleuve qui entoure la cité. Depuis, la plupart des maisons bâties à cet effet dans les fau-
* Solana , lien on endroit où le toleil donne en plein (apricum solarium) ; se dit entai d'une galerie tout à jour, pour donner passage aux rayons du soleil, et où on le pent prendre (tomar) en hlTer (iolorinm).