‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 173 sur 282 · CHAPITRE VnîGT-CDîQUlÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VnîGT-CDîQUlÈME

bourgs sont tombées en raine, et. les ouvriers en soie sont rentrés an centre de la ville; c'est pourquoi ces métiers et beaucoup d'autres ne se trouven^plus, de nos jours, dans les faubourgs qui leur étaient anciennement attribués.

Arrêtons-nous un moment maintenant sur l'histoire particulière de Tolède.

L'escarpement rocheux sur lequel elle est bâtie, et que le Tage enveloppe de trois côtés, à l'est, au sud et à l'ouest, était éminemment propre à la construction d'une ville. Aussi, à une époque à laquelle l'histoire ne remonte point , des hommes d'une race inconnue élevèrent-ils là des habitations pour y vivre réunis. C'est une des gloires de Tolède, dit-on en Espagne, d'être d'une antiquité si haute, et qui se perd tellement dans la nuit des temps, que personne ne peut dire quand elle n'existait pas, ni affirmer quand elle a commencé. Les opinions les plus ridicules sur son origine ont eu cours en Espagne; mais c'est aller trop loin que de dire avec un écrivain français (Vallemont), qui par là veut peindre les exagérations naturelles au génie castillan, que « les Espagnols font passer >. leur méridien par la ville de Tolède, parce qu'ils disent » qu'Adam a été le premier roi d'Espagne, et que Dieu mit » le soleil au moment de sa création sur leur ancienne ville » de Tolède1. »

La première mention que l'histoire fasse de Tolède se trouve dans la ive décade de Tite-Live1, à propos du combat livré dans ses campagnes, par MarcusFulvius, aux Vaccéens, aux Vettons et aux Geltibères confédérés, combat dans lequel il prit vivant leur chef ou roi Hilermus. C'était sous le consulat de Cornélius Metula et de Minucius Thermus, en l'an 561 de la fondation de Borne, — 193 avant la naissance du Christ. L'année suivante (192 avant J.-C), Fulvius assiégea

i Élémens de l'Hfst., iom. i, lib. 2, chap. S. 1 TIU-Ut. Bill., D«c. it, 1. », c. 7.

les Toletani dans leur capitale , que Tite-Live qualifie de petite ville, fortifiée par la nature des lieux ; maïs bien qu'une armée considérable de Vetftns vînt au secours de la ville, la force et la supériorité des légions romaines l'emportèrent ; Fui vins vainquit les Vettons et les Tolédans réunis, et s'empara de la ville capitale des derniers ».

Pendant toute la durée de la domination romaine sous l'empire, Tolède appartint au conventus juridiciv» de Carthagène. L'Espagne étant une colonie de Rome, il était naturel que la capitale de la province fût sur la mer, pour communiquer plus facilement avec la grande métropole italienne. Cela dura ainsi jusqu'au moment où saint Jérôme put s'écrier à Bethléem : « i Jle est prise la ville qui a pris l'univers a. » Depuis le fleuve Darius jusqu'au Sinus Urcitanus, il n'y eut qu'un seul conventus juridicus, lequel était Car thagène. De là le nom de province carthaginoise que le moine de Silos donne encore au commencement du douzième siècle au territoire et aux dépendances de îolède. Tolède se maintint de la sorte jusqu'au cinquième siècle , sans figurer d'une manière particulière dans l'histoire de l'Espagne romaine, alors étroitement confondue avec celle du grand empire. « Semblable à la mer qui reçoit tous les fleuves , d»t Niehbur, l'histoire de Rome absorbe celle de tous les peuples que le monde ancien nous montre autour de la Méditerranée3. » Au temps de Dioctétien et à l'entrée du quatrième siècle, le préteur Daciauus fit de Tolède un des centres de la persécution dirigée contre les chrétiens de sa juridiction. D'où l'on peut inférer l'importance qu'avait acquise alors

i Ad Tagam amnem ire peregit. Toletum ibl par? a urbs erat, sed loco mooila. Eara cum oppupnaret VeUonnm maguui exercilus Tolelanis subsidio venil. Cum his signis collatis prospéré pagoatil : el faite Vettonibus operibos Tolelum cepit (TU. Liv., Dec. iy, 1. S, c. 21).

' Capitar urbs qurc tolam cepit orbem.

3 Niehbar, Hlf t. rom., I. i, Introd.

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