CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME
pagne, l'émir Yahya, qui, disent les Arabes, tout occupé de jeux et de plaisirs, n'osait rien tenter par les armes contre les puissans ennemis qui lui tenaient le pied sur la poitrine comme le vautour fait sur sa proie, lit demander du secours à l'émir de Badajoz, qui était alors Omar ben Mohammed, surnommé El Motawakkel A'alay Ellah.Omar fit marcher à son aide son fils £1 Fadl,"wali de Mérida; mais ce secours vint trop tard, et ne put se combiner avec un*mouvement de ceux de la ville : El Fadl fut repoussé par les troupes d'Alfonse, et contraint de regagner Mérida en toute hate. Cette défaite effraya les Musulmans. Le cadi de l'ancienne Pax-Julia, dont les Arabes avaient contracté le nom en celui de Beja qui lui est resté », Abou Walid el Bedji, prophétisa en cette occasion la ruine de T Islamisme andaloux. On en était à cette époque où un poète arabe pouvait justement s'écrier : — En Espagne les peuples divisés appellent émir el moumenyn leur rdis*.« L'état, leur dit-il, dont les chefs, les conducteurs ou les pilotes (raïs), sont divisés, quelque puissant qu'il paraisse, finira et sera détruit. Craignez que cet Alfonse ne vous fasse périr un à un. » Ce fut alors que, ayant perdu tout espoir d'être secourus, et pressés par la famine, la plupart des habitans musulmans de Tolède joints aux chrétiens mosarabes et aux juifs qui form aient une notable partie de la population conseillèrent à l'é inir Yahya d'ouvrir des négociations avec Alfonse. Les amb assadeurs musulmans se présentèrent au camp des •hrétien s avec des présens, selon l'usage. Yahya lit rappeler h Alfons* * les bons procédés qu'avait eus avec lui le grand Yahya el M àmoun son père, l'alliance et l'amitié qui avaient uni le che f des Bény Dzy el Noun et le roi, et lui offrit d'être son vas* ;al et de lui payer tribut, à condition qu'il
1 Bax-Djylia, Bax-Djya, Badja. C'est ainsi u,ue de Pax-Auçuita, ils ont fait successitement Bax-Aoïr^ .usrht, Bax-Agosch, lîalhalyos, o1 enfin l'adajoz.
2 Dans le livre intitulé : Nahr attira Al[cthnab' aïandnlou$, Histoire des émin def pnerres civiles d e l'Andalouf.
s'éloignerait; mais tout fat inutile. Alfonse se refasa à tout traité et à toute trêve, à moins qu'on ne fût disposé à lui livrer la ville. Quelques nobles Musulmans de Koraïsch, dit la chronique arabe,- demandèrent dans leur douleur à mourir en défendant leur liberté et les murailles natales; mais la majorité des habita as demanda à cor et à cris à capituler. Cédant à l'impérieuse nécessité, de nouveaux envoyés parurent au camp des chrétiens. Alfonse avait hâte de prendre possession de Tolède. Il se montra facile sur les conditions; et l'on arrêta les suivantes :
Le vainqueur promit qu'il assurerait aux habitans la vie ainsi que la possession paisible et tranquille de leurs biens ; qu'il n'abattrait point les mosquées, n'empêcherait point l'usage et l'exercice publics de l'islam ; qu'ils auraient des cadis particuliers pour juger leurs procès et leurs causes conformément aux lois musulmanes; qu'ils seraient libres de demeurer à Tolède, ou de se retirer où bon leur semblerait; qu'à ces conditions la ville serait livrée au roi et aux siens qui en prendraient militairement possession; qu'on lui en livrerait les portes , les ponts, l alcazar et ce qu'on appelle aujourd'hui les jardins du roi (las huertas del Rey) attenant à l'Alcazar1. Il fut positivement stipulé que la mosquée principale demeurerait à perpétuité consacrée au dieu de Mahomet. Rien ne devait être changé d'ailleurs pour les habitans musulmans qui ne voudraient pas s'en aller avec El Kader; ils ne seraient tenus à payer au roi d'autre tribut que celui que, suivant l'ancien droit, ils payaient à leurs émirs9. Le
i L'alcazar de* rois maures de Tolède, comme on dit en Espagne, consiste encore. C'est le plus beau joyau de la couronne murale do Tolède. Toutes les Tilles d'Espagne qui sont longtemps demeurées sous la domination des Arabes ont un de ces joyaux à montrer :
TolMe a (l'Alcazar maure, SéTllle a la Gtralda.
Victor Hugo, Orientales.
* Conde, uv part., c. 8. — Conf. psr Roderich do Tolède, 1. ru c. 25.