‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 179 sur 282 · CHAPITRE VINGT-CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-CINQUIEME

ce qu'on revienne le lui voler. » Il conçut là-dessus des soupçons et passa de Tolède à Zaragoce au service d'Abou Ahmer Youssouf el Mouthémyn, qui le traita avec honneur, et lui confia des entreprises d'intrigue pour l'acquisition de forteresses aux frontières des provinces de Valence et de Murcie.Ce à quoi il réussit, trompant par de perfides traités les 1 m prude n s qui l'écoutaient. L'émir Ebn Abéd de Séville, craignant que ses secrets et ses négociations ne fussent divulgués par Ebn Omar, chargea son fils Yezid el Radi de l'arrêter , lequel en vint à bout par l'adresse d' Abou Bekr ben Âbdelaziz de Valence, qu'Ebn Omar avait trompé au sujet du château de Jnmiila dans le gouvernement de Murcie, où grands et petits l'abhorraient pour cette raison. Il paya des espions qui l'instruisirent de tous ses mouvemens, et du lieu où il dormait, et de celui où il faisait la sieste;. et, ayant su qu'une certaine nuit il de vait venir à Ségura, El Rady aposta des gens affidés qui le prirent : son arrestation eut lieu six jours avant la fin de la première lune de rabieh. On en avertit l'infant Yézid, qui vint à Ségura pour régler sa translation. Il l'emmena sous bonne garde et chargé de chaînes vers Cordoue. Partout le peuple l'insultait, et Ebn Abdelaziz lui-même lui envoya des vers qu'il avait faits contre lui, par un juif grand marcheur, qui atteignit le malheureux Ebn Omar à Caria Djoumin. Il adressa chemin faisant d'humbles suppliques à l'émir Ebn Abéd, et aussi à l'infant Obéidallah el Raschid, afin qu'il intercédât pour lui auprès de son père ; il craignait d'être mis à mort dès son arrivée. Il disait dans une d'elles : « Je connais le droit qu'il a sur mon sang, et c'est là ce qui cause ma crainte ; mais j'espère aussi qu'il n'aura point oublié ni banni de son coeur l'affection et la confiance que j'ai méritées, et c'est en cela que je fonde mon espoir. » Il arriva à Cordoue le djouma 6 de rabi-elakher. On ne l'y laissa qu'une seule nuit, toujours chargé de chaines, et le lendemain il partit pour SévUle. sur un inujet,

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entouré de gens armé», à pied et à cheval. Les cavaliers qui le conduisaient avaient des armes et des vètemens noirs, et attendirent la nuit pour entrer à Séville, bien que d'autres disent qu'on l'y fit entrer à midi ou à peu près, que beaucoup de gens accoururent pour le voir, que la multitude et le bas peuple l'insultait et le raillait de sa disgrâce. On le conduisit à l'alcazar, où on le renferma dans une pièce obscure et écartée, dont Ebn Xbèd garda les clefs. Ebn Omar demanda cette nuit-là de la lumière, du papier et de l'encre, et on loi donna la permission d'écrire. Ses conducteurs, dès qu'ils l'eurent remis aux gardes de l'alcazar, s'en allèrent faire leur prière du soir (d'ei assahr), qu'ils firent avec leurs armes et leurs vètemens noirs. Jîbn Omar adressa des vers élégans et expressif à l'émir, à qui il les fit parvenir par l'intermédiaire de l'infant £1 Raschid; il lui disait: « Je reconnais, seigneur, les droits que tu as sur ma vie; mais je compte sur l'affection que, je l'espère, me porte encore ton cœur; personne mieai que toi ne connaît ma loyauté et le zèle avec lequel je t'ai servi. » L'émir Ebn Abèd lui répondit au dos des mêmes vers : « Le destin annonce le mauvais temps à Oksonoba et à Xelb (c'était la patrie d'Ebn Omar), et Semsah, ta pauvre mère, n'héritera que de tristes plaintes, de larmes et de sang. » Ii fut visité dans sa prison par l'infant) El Baschid, qui l'estimait à cause de son admirable génie, par les alimes Issa El Ewad Aboul Hedjadj et Abou Bekr ben Zéidoun, et par quelques autres de ses ennemis. Et comme Ebu Omar avait été instruit que l'émir Ebn Abèd avait été tenté de lui pardonner, et avait même laissé voir qu'il ne vonlait pas lui ôter la vie, tandis que ceux-ci, ses ennemis, lui déclaraient maintenant que l'émir avait résolu de le faire mourir, il se plaignit amèrement à l'infant, et lui dit : * Mon seigneur, je vois que mon sort est décidé et ma destinée condamnée; le vent funeste de l'envie et de la haine a chassé le léger souffle de pardon que respirait mouléyna (mon seigneur); il ne pen-

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