‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 187 sur 282 · CHAPITRE VINGT- SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT- SIXIÈME

sur le nez, s'attache derrière la tête et descend jusque sur la poitrine. La plupart portent un bonnet rouge à haute forme. D'autres en ont de jaunes ou de verts qui leur serrent la téte. Quelques-uns n'en ont pas et laissent croître leurs cheveux, dont ils forment des tresses. Beaucoup portent le turban. Leur vêtement ordinaire est une espèce de grande chemise dont les manches sont aussi larges que le corps, faite en étoffe le plus souvent de couleur bleue ou à grandes raies bleues , qu'ils fabriquent eux-mêmes ; quelques-uns portent des étoffes du Soudan, qui sont plus estimées. Les marchands se font un point d'honneur d'être richement vêtus quand ils séjournent dans quelque ville; ils portent alors des caftans de drap d'un rouge éclatant ou d une étoffe rayée de soie et coton , qu'ils achètent des marchands de Tripoli. Quelques-uns se contentent de caftans ou de chemises de cuir de leur propre fabrique. Ce sont des peaux d'antilopes très bien apprêtées et parfaitement cousues. Leurs pantalons ne sont pas aussi amples que ceux des Maures : cette ampleur les gênerait pour monter leurs méherrys 1 : ils ressemblent davantage à ceux des cosaques : ils sont d'une étoffe de coton , et en général d'un bleu foncé. Leurs sandales sont la partie la plus élégante de leur costume; elles sont de cuir noir, et s'attachent sur le pied par des courroies écarlates ; l'intérieur en est orné d'un travail à l'aiguille vraiment admirable. Tous portent un fouet suspendu au côté droit, à une espèce de baudrier qui passe par l'épaule gauche. La lame de leur sabre est droite et fort longue , et ils manient cette arme avec autant d'aisance que de dextérité. Un poignard est attaché à leur poignet gauche; jamais un Touarik ne se montre sans cette arme

I Les Touariks estiment peu les chevaux, et ils n'en achètent que pour les échanger contre des esclaves dans le Soudan. Leur monture ordinaire est le méherry, race de chameanx d'une grande taille et d'une légèreté surprenante, dont la marche ordinaire est un trot allongé. Ils peuvent Taire neuf milles par heure, et marchent du même train plusieurs heures de suite.

et sans une javeline légère et élégante , tantôt entièrement en fer, tantôt en bols, mais toujours ornée de cuivre incrusté. Ces javelines ont environ six pieds de longueur. Ils les lan* cent à une grande distance. Ils en ont de plus longues et de plus pesantes pour la guerre. Une lance est attachée derrière leur selle. Ils sont, s'il est possible , encore plus superstitieux que les habitans du Fezzan ; quelques-uns d'entre eox sont, à la lettre , couverts de charmes contre les maladies et les accidens ; ils en attachent à leurs bras , à lettrt jambes , à leur cou, à leur poitrine; leurs armes sont mises sous la même protection : les plis de leurs turbans renferment des versets du Koran. Tls parlent le berber, langue primitive des habitans de l'Afrique; ils sont fiers de l'antiquité de cette langue, et quelques-uns dirent au voyageur anglais à qui nous empruntons ces détails, que Noé la parlait de préférence à toute autre f. Ils' sont Musulmans, et font leurs prières en arabe, langue dont ils n'entendent pas un mot. Ces prières ne consistent guère qu'à répéter : Il n'y a à* autre Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète. Plusieurs s'en dispensent même tout-àfait, et ne sont guère plus instruits de leur religion qu'au temps d'Abdallah ben Tassin ou d'Alvise da Ga da Mosto. Ils font d'ordinaire leurs ablutions avec du sable. Ils sont encore, après huit siècles, et probablement depuis leur établissement primitif dans cette partie de l'Afrique, divisés en tribus nombreuses , dont quelques-unes n'ont pas de demeure fixe , mènent une vie errante comme les Arabes et vivent de pillage ; traits auxquels il serait difficile de ne pas reconnaître les Perses et les Mèdes Numides de Salluste. Us ne sont pas cruels quand ils ne trouvent pas de résistance ; mais si

i Si Ton ne vent pas admettre, dit M. Heeren, que la langue parlée par lei Africains du nord aoit l'ancienne langue lybienne, on se demande arec raison comment celle-ci §c serait éteinte. M. Hodgson partage, sous ce rapport, l'opinion de M. Beeren, et l'appuie d'observationi locale* qui semblent trancher la question.

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