CHAPITRE VINGT- SIXIEME
quatre-vingts an», jusqu'en l'an 222 (84 4). Son sucoaaieur fut son gendre El Atbyr, fils de Batyr, fils de Tayou el Outhùu, qui administra l'état des Sanhadjites et des Lamtounes réunis jusqu'à sa mort, arrivée en 237 (859), à l'âge de soiiantecinq ans. Apres lui régna son fils Témim ben El Atbyr, qui administra, en qualité d'émir, les affaires des tribus de Sanhadjah jusques en l'an 366 (928).A cette époque, cet empire fut détruit, et une sorte de régime féodal lui succéda. Après cent vingt ans de cette espèce d'anarchie, toutes ces familles se réunirent sous l'obéissance d'Abou Abdallah Mohammed ben Tifat, que l'on surnommait Tarséna; son pouvoir s'étendait, à ce qu'il semble, plus particulièrement sur les deux tribus d'origine Sanhadjite, Kédala et Lamtouna, qui habitaient l'extrémité du pays mahométan, et qui faisaient la guerre aux nègres dont le pays était borné, du coté de l'occident, par l'Océan, c'est-à-dire à ceux d'entre les nègres qui habitaient vers l'embouchure du Sénégal. C'était un homme pieux, vertueux, intègre, ayant fait le pélérinage de la Mekke, et, dit notre auteur , entièrement adonné à la guerre de religion (exercé au pélérinage et à la guerre sainte ). Ils se réunirent pour son choix, et le mirent à leur tète. Il demeura trois ans émir de Sanbadjah, jusqu'à ce qu'il fut tué eu un lieu nommé Bakara, dans une eldjihed au pays des nègres, contre des tribus de ces derniers qui habitaient à l'ouest de la ville de Takala-San, et qui professaient le judaïsme1, il eut pour successeur sou gendre Yahya ben Ibrahim el Djédali. En l'an 429 (1037) Yahya abandonna le gouvernement à son fils Ibrahim, pour faire le pèlerinage de la Mekke et
' Takala-San était habitée par une tribu de Saohadjah nommée Bény-Warêla (voyez Ebn Abd ci llaiim, c. 29.) Ce «ont dea gena de bien, dit-il, profitant ie rite dea aunnia, et «'assemblant le vendredi dans la mosquée. Ils embraeaérenl le mahoméliame entre lea maint dOkba ben Nafé el Febry, lorsqu'il fit la conquête du Maghreb ; ils foui hi guerre de religion à ceux d'entre lea nègres qui ne sonl pas de la religion musulmane.
384 HISTOIRE D'ESPAGΌ.
de Médine. A son retour en Afrique, il écouta les leçons d'an docteur zélé pour la religion , qui, voyant sa profonde ignorance du Koran et des devoirs de la religion, dans laquelle vivaient ce prince et tous ses sujets, lui procura un missionnaire qui se rendit avec Yahya dans le pays des Lamtounes, pour instruire ces peuples des lois d une religion qu'ils professaient sans la connaître ; ce missionnaire se nommait Abdallah bcn Yassin el Djédhouly.
La manière dont Ebn Abd el Halim raconte cet incident important jlans l'histoire des Almoravides, est remarquable et caractéristique1.
Étant à Kaïrouan, de retour de son pélérinage de la Mekke, Yahya ben Ibrahim el Djédaly y fit rencontre d'un fakih nommé Abou Omrân Mousa ben Aby Hadjin, de la ville de Fôz, fort savant et non moins vertueux (el saleh), qui avait demeuré longtemps à Bagdad et étudié sous le fameux cadi des cadis, Abou Bekr ben el Tahib. Dans son zèle pieux l'émir pèlerin (el hadj) alla s'asseoir parmi ses disciples, aussi attentif auditeur que le plus zélé d'entr'eux. Abou Omrân, le trouvant porté au bien, prit plaisir à le voir. Il lui demanda son nom, sa race et son pays. Yahya l'en . informa, ainsi que de l'étendue de son pays et du caractère des peuples qui l'habitaient. Abou Omran lui demanda quelle religion ils professaient; il lui dit que c'étaient des gens pleins d'ignorance, à peine instruits dans leur religion, qui était la musulmane, et qui consistait toute pour eux dans la fameuse formule : Là Allah ilah Allah, Mohammed rêsoul Allah, il n'y a de Dieu que Dieu, et Mahomet est l'envoyé de Dieu. Le fakih le questionna encore, et l'interrogea tou-
1 Le chapitre d*Ebn Abd el Halim consacré à ces origines porte pour titre : De rentrée du docteur Abdallah ben Yassin el Diédhonly dans le pays de Sanhadja, et du séjour qu'il y fit atec les Lomloones et les MorabiU des kabilebs de Stnhadja. De Mohammed ben Tifal, connu sous le uom de Tarsena el Lamtouni. C'est le 3imc du petit Kartasch.