CHAPITRE VnSGT-SIXIEME
chant les devoirs de sa religion, et il trouva qu'il n'en savait guère plus que ses compatriotes; il ne savait, en effet, par cœur aucun passage du Eoran ni de la Sunnab; mais ayant remarqué en lui un grand désir de s'instruire, le plus grand zèle d'intention et une ferme disposition à se laisser diriger dans le droit chemin, il lui demanda ce qui l'empêchait de s'instruire dans la science suprême (la science de Dieu); à quoi il répondit qu'il n'y avait, parmi les gens de son pays, pas un seul homme en état de lire le saint livre ; que là était la cause de leur ignorance; mais qu'ils ne laissaient pas d'aimer le bien, de le désirer, et que s'il voulait envoyer quelqu'un d'instruit parmi eux , il ne doutait pas qu'il ne les trouvât dans les meilleures dispositions religieuses; qu'ils l' écouteraient, lui obéiraient et le suivraient avec zèle dans le droit chemin où Mahomet a fait entrer les hommes. Le vieux fakih Abou Omran invita ses disciples à faire cela, mais ils le refusèrent, et ne voulurent point entrer dans les déserts. Il n'y en eut pas un seul parmi eux qui répondit à son désir. Désespérant de les persuader, Abou Omran renvoya alors son disciple au fakih Waschasch, fils de Zaloua, de la tribu de Lamtah, établi dans la ville de Néfys, an pays de Mossamédah, de la juridiction de Taroudant. Yahya ben Ibrahim arriva près de lui au mois d'avril 1039, et trouva parmi les disciples de ce docteur le thaleb Abdallah ben Yassin,de la tribu de Djédzoulah, qui consentit à le suivre au désert, et ils arrivèrent ensemble au pays de Kédala. Abdallah ben Yassin fut accueilli par les tribus de Kédala et de Lamtouna avec une grande joie, et il y reçut d'abord les plus grands honneurs.
Peu s'en fallut cependant que ce docteur , rebuté par l'ignorance et l'indocilité des peuples qu'il était venu instruire, ne prit le parti de s'en retourner dans son pays. Lorsqu'ils virent, dit notre auteur, qu'il les voulait contraindre à pratiquer le bien, à fuir les vices auxquels ils étaient
adonnés, ils s'éloignèrent de lui, ils l'évitèrent, ils conçurent de l'aversion pour lui; ils trouvèrent son joug pesant, et avec cela il trouva que la plupart ne priaient point Dieu, qu'ils ne faisaient aucune lecture et ne connaissaient de la religion que les deux témoignages. Mais le prince Yahya, qui voulait le garder près de lui, se détermiua à passer avec lui dans une île déserte, pour s'y consacrer ensemble au service de Dieu ; sept personnes seulement de la tribu de Djédala les y suivirent x.
A peine y étaient-ils établis, que la réputation de la vie sainte qu'ils menaient dans cette solitude attira auprès d'Abdallah ben Yassin une foule de disciples, qui, touchés de repentir, vinrent se joindre à lui et recevoir ses leçons. Bientôt cette solitude se trouva peuplée de mille personnes environ de la tribu de Sanhadjah. Il leur imposa le nom de Morabits en raison de leur assiduité à fréquenter son rabitah (ermitage); il commeuça à leur enseigner le livre (al kitab), les conseils traditionnels (la sunna), l'ablution (el woudbou), la prière (el salatb), l'aumône taxée selon les biens (el zékyat), et ce à quoi Dieu a indispensablement obligé les hommes sur tous ces points. Après qu'ils furent devenus habiles dans ces sciences, et qu'ils se furent multipliés, il fat établi prédicateur (kateb) parmi eux. Il les prêcha, il les invita à faire leur salut, il leur fit redouter l'enfer; il leur donna la crainte de Dieu, leur apprit ses commandemens ; il leur fit comprendre quels sont les mérites et les récompenses que Dieu accorde à ceux qui suivent ses préceptes. U les excita ensuite à faire la guerre à ceux qui voudraient les détourner de leur pratique parmi les tribus de Sanhadjah . 11 leur dit, de ce ton solennel qui est particulier aux prédica-
i L'auteur arabe (p. 81) parle d'une Ue dans la mer, dut lorsque la mer se relire, on entre à pied sec, el lorsqu'elle revient, avec dti bateaux ; ils y bâtirent un rabilbah ou ermitage. — Coude esl passé à càiè de iooa ces détails ou les a gravement altérés.