CHAPITRE VITSGT-SmÈBiE
teurs musulmans : « 0 assemblée de Morabéthyns! vous êtes en grand nombre; vous êtes les principaux de vos tribus et les chefs de vos familles, et déjà Dieu vous a rendus pieux et vous a conduits au droit chemin. Votre devoir est maintenant de le remercier des grâces qu'il a répandues sur vous, en ordonnant aux vôtres la pratique du bien, en leur défendant lès vices condamnés, et en faisant la guerre avec un saint zèle pour le service de Dieu. » La réponse des disciples d'Abdallah peint énergiquement le sombre caractère de leur dévotion et de leur enthousiasme : « 0 bienheureux fakih ! lui dirent-ils, ordonne-nous ce que tu voudras, tu nous trouveras attentifs et obéissans à tes ordres. Quand même tu nous commanderais de tuer nos pères et nos frères, nous le ferions. * Il leur dit : « Partez avec la bénédiction de Dieu. Admonestez votre nation. Menacez-la des chàtimens de Dieu; enseignez-lui sa volonté. S'ils abandonnent le vice, laissez-les marcher dans leur chemin; mais s'ils refusent, s'ils s'opiniatrent dans l'erreur, s'ils s'obstinent à rejeter la parole de Dieu, nous demanderons à Dieu son puissant secours pour les combattre, nous nous lèverons contre eux , nous leur ferons la guerre jusqu'à ce que Dieu, souverain maître de l'univers et le meilleur des juges en toutes choses, rende sentence définitive entre nous. » Sur quoi, poursuit l'écrivain musulman, chacun des disciples alla vers sa nation et sa famille : il les prêcha, il les admonesta; il les invita au nom de Dieu à quitter le chemin de la perdition, mais vainement: la parole de Dieu n'en toucha ni n'en c< nvertit pas un. C'est pourquoi Abdallah ben Yassin se mit en marche vers eux : il assembla les scheiks des tribus et leurs alcayds; il leur lut le testament de Dieu; il les appela à résipiscence; il les menaça des chàtimens de Dieu. Il continua sept jours à les admonester sans que pour cela ils prêtassent l'oreille à ses paroles.Quand il eut désespéré d'eux, ij dit à ses amis > Voilà que nous avons pleinement fait cou-
naître et publié le testament de Dieu; nous les avons suffisamment admonestés. Il est de notre devoir maintenant, et nous sommes tenus envers Dieu, de leur faire la guerre. C'est pourquoi levez-vous et leur livrez combat avec la bénédiction de Dieu, et en son saint nom ! »
Et cela était parfaitement conforme à la façon d'agir des Musulmans, suivant le précepte du Koran : « Car nous ne punissons pas avant d'avoir envoyé un message. » —Quelque cbose de semblable s'est passé en Arabie vers la fin du siècle dernier, et a signalé le triomphe des Wahabys. Ibn Seoud avait déjà soumis plusieurs tribus arabes, lorsqu'il fut surpris par la mort au milieu de ses victoires. Son fils Abd el Aziz lui succéda et accomplit les projets qu'il avait formes. Il attaqua séparément les Arabes encore indépendans; ses soldats étaient supérieurs en nombre à ceux de chaque tribu, et celles-ci trop éloignées ou trop peu d'accord entre elles pour se réunir contre lui. Au moment où ils étaient le moins attendus, les Wahabys arrivaient en présence de la tribu qu'ils voulaient soumettre. Un messager d'Abd el Aziz se présentait devant ses chefs, le Koran dans une main et le glaive dans l'autre.
Il portait aux Bédouins une lettre de son maître et les conditions auxquelles il fallait se soumettre. On a conservé le texte littéral de ces lettres : on y trouve le ton d'autorité et de simplicité que les réformateurs ont affecté dans tous les temps et dans toutes les religions.
« Abd el Aziz^aux Arabes de la tribu de , salut. Votre
devoir est de croire au livre que je vous envoie. JVe soyez pas comme les Turks idolâtres, qui donnent un compagnon à Dieu. Si vous êtes croy ans, vous serez sauvés; sinon je vous déclare la guerre à mort. »
Ces menaces, soutenues d'une grande armée, ne pouvaient éprouver de résistance; les tribus arabes cédèrent l'une après l'autre. Les Bédouins adoptèrent tous la loi de Mohammed,