CHAPITRE VINGT-SIXIÈME
et le vaste désert compris entre la mer Rouge et le golfe Persique, et qui, depuis l'Arabie Heureuse, s'étend jusqu'à Alep et Damas, ne fut plus peuplé que par les sectateurs du Al s d'Abd el Waheb.
Abdallah ben Yassin commença par faire la guerre à la tribu de Djédala ; il l'attaqua à la tète de trois mille de ses Morabits, et se la soumit. Les tribus de Djédala, Lamtouna et Massoufa furent les premières qui, après une inutile résistance où elles perdirent beaucoup de monde, prirent le parti d'une soumission devenue nécessaire. Toutes les autres tribus de Sanhadjah s'empressèrent d'imiter leur exemple.Abdallah reçut leur soumission et les instruisit des dogmes et des préceptes de la religion musulmane ; mais il punissait leur précédente indocilité en faisant donner cent coups de fouet à chaque prosélyte qui venait protester de son obéissance. Le bruit courut alors dans tout le Maghreb qu'il s'était élevé un homme à Djédala qui appelait les hommes à Dieu et au droit chemin du salut, un homme humble et retiré du monde, et cette réputation se répandit de lui jusques dans le pays des Nègres1.
Yahya ben Ibrahim étant venu à mourir, Abdallah ben Yassin voulut établir un autre général à sa place, qui eût la direction de leurs guerres. Il fit assembler les tribus de Sanhadjah et il leur fit établir pour général Yahya ben Omar el Laratouni, neveu du précédent.' Yahya n'était , à proprement parler , que le général des armées , et le dévot Abdallah conserva toute l'autorité spirituelle et civile. Il lui donna le commandement universel de toutes les tribus, dit l'auteur arabe; mais il était le véritable émir, enjoignant ou défendant, donnant ou ôtant toutes choses. C'est ainsi que, chez tes Wahabys, le scheik Mohammed prit et conserva le titre d'imam , de pontife ou de
i Kartuch el Saghyr, p. 82 et suif.
390 HISTOIRE d'eSPAGSE.
scheik suprême, tandis que l'émir de Dreieh et de Lahsah, lbn Seoud, adopta celai de général, on mieux de caïd des caïds (kayed el kowad).La puissance temporelle et le pouvoir spirituel se trouvèrent ainsi partagés daus des mains différentes; et cette distinction, qui mérite d'être remarquée, s'est conservée depuis entre les fils d'Ibn Seoud et ceux du scheikh Mohammed. — Yahya avait une obéissance aveugle aux ordres d'Abdallah : il faut, lui dit un jour Abdallah, que je te châtie. Pour quelle faute? lui demanda Yahya. Abdallah lui répondit qu'il ne lui en dirait le motif qu'après l'avoir fait châtier : alors il lui fit donner vingt coups de fouet, puis il lui reprocha de s'être exposé imprudemment à la tête des troupes dans une action, et lui représenta qu'un général ne devait jamais combattre lui-même, parce que de sa conservation dépend celle de son armée, comme sa mort peut entraîner la défaite des troupes qu'il commande x.
Le nouvel émir se mit en campagne pour soumettre tout le Sabra, puis le pays des Nègres. Il dirigea ensuite ses armes (mai 1055) contre Darah et Sedjeîmessah. Appelé dans cette dernière province par les fakyhs (fokaya), las de la domination des Zeyry tes, il l'enleva aux Zenètcs de Maghrawab, dont le prince Mcsa'oud ben AVànoud fut tué. Yahyah ben Omar périt lui-même au mois de mars 1056 dans une expédition contre les Nègres. N
Son frère AbouBekr lui succéda; d'après les ordres d'Abdallah il partit au mois de juin 1056 pour aller faire la conquête de Messah et de Taroudant, dont il s'empara ainsi que de tout le pays de Sous ; il conquit aussi les montagnes de Mossamédab, le district de Boudah, les villes de Schefschawah et de Néfys, et le pays de Tchadmyout. L'année suivante (1057) il enleva Aghmat aux princes de Maghrawab, et Tedlà à ceux de Yafrounah.
1 lbid.,c. 52.