CHAPITRE VINGT -SIXIBMh
A peine en fonctions, Abou Bekr ben Omar avait confié le commandement de son avant-garde à Youssouf ben Taschfyn, qui était son cousin, et ce fut en sa compagnie et sous la direction suprême de l'imam Abdaltah que les provinces de Djédzoula, de Sous et de Mossamédah, le mont Atlas, les villes de Messah , Taroudant, Aghmat, Tedia et beaucoup d'autres, furent conquises par les Morabits, sous la conduite d'Abou Bekr ben Omar, et les princes Mograwis ou Yafrounis qui y commandaient mis à mort.
Abdallah étant entré ensuite dans la province de Témesna y trouva une nouvelle occasion d'exercer son zèle et celui de ses prosélytes. Il apprit que la partie maritime de cette province était habitée par les Kabilchs des fiargawates qui formaient un peuple innombrable, et qu'ils professaient une religion erronée et impie. On lui reudit compte de cette religion Voici ce qu'Ebu Abd el Halim en rapporte 1 :
Les Bargawates formaient un grand nombre de Kabilchs qui n'avaient point une origine commune. C'était un mélange de diverses Kabilehs de Berbers qui s'étaient réunies sous l'obéissance de Salch ben Tarif, lorsqu'il s'érigea en prophète dans la province de Témesna, du temps du khalife Hescham ben Abd el Melek ben Merwan. Salch était originaire de Barnat, place forte du territoire de Sidonia, en Espagne. A cause de cela on nomma ceux qui s'attachèrent à lui et qui embrassèrent sa doctrine , Barnati; mais les Arabes changèrent ce nom en Bargati , et de là vint à ces peuples le nom de Bargawates.
Saleh ben Tarif, qui se fit passer parmi eux pour prophète, était un scélérat, juif d'origiue, des descendaus de Siméon, fils de Jacob. Il avait pris naissance à Barnat , en Espagne.
i Le chapitre d'Ebn Abd el Halim relatif aux Bargawales (p. Il») est intitulé :— Histoire de la guerre que fil Abdallah ben Yassiu aux idolâtre» de Bargawauh a? ec la description de leur folle et misérable religion et de leur impertinente secte.
De là il était passé en Asie, et avait pris les leçons d'Obéidallah Motazale, de la secte des Kadéris. Comme il s'appliquait à l'étude avec ardeur, il acquit sous lui un grand nombre de sciences. II passa ensuite dans le Maghreb et v;nt dans la province de Témesna ; il y trouva des tribus de Berbers , gens très ignorans, et par la résignation, la piété et la dévotion qu'il affectait, il se rendit maître de leurs esprits. Son éloquence et ses connaissances dans la magie contribuèrent aussi à les attirer à lui : car il leur fit voir des prodiges et des merveilles par lesquels il se les attacha. Convaincus par ces moyens de son mérite supérieur , ils consentirent à l'avoir pour maître et lui déférèrent la souveraineté. Ils obéissaient aveuglément en toutes choses à ses avis, et ne réglaient leur conduite que sur ses ordres et ses défenses. Tl prétendait ôtre prophète et se nommait Saleh el Mouményn, c'està-dire le plus parfait des croyans, disant que c'était de lui que Dieu avait parlé sous ce nom, dans le livre qu'il avait inspiré à Mahomet. Il institua pour eux une religion à laquelle ils se conformèrent; cela arriva en l'année 125 (742) x. Les dogmes de cette religion étaient de le reconnaître pour prophète, de jeûner le mois de redjeb et de manger comme à l'ordinaire pendant celui de ramadhan, de faire dix prières dans l'espace de vingt-quatre heures, cinq le jour et cinq la nuit. Tout fidèle était indispensablement obligé d'offrir des victimes le 21 de moharrem. Quant aux purifications il introduisit dans celle qu'on nomme tcodhou a l'usage de se laver le nombril et les reins. Dans leurs prières ils devaient seulement incliner la tète sans se proterner. Ils étaient néanmoins obligés à se prosterner cinq fois après la génuflexion. En se mettant à manger ou à boire ils devaient dire : Au nom de
1 Kartaeeh el Saghyr, e. 51.
2 Celte ablation conaiale è se larer le visage, lea braf depola le coude jn»qu'au bout des doigts, et lea Jambes depuis l'extrémité dea doigta du pied jusqu'au genou.