CHAPITRE VmGT-SIXIÈME
Yakès, ce qoi signifie, dit-on, an nom de Dien. II les obligea à payer la dtme de tons les fruits. Il leur permit de prendre autant de femmes qu'ils voudraient et leur défendit d'épouser leurs cousines, filles de leurs oncles paternels. Il leur accorda toute liberté de répudier et de reprendre leurs femmes mille fois par jour, sans qu'aucune raison pût jamais leur ôter la faculté de les reprendre. Il ordonna de punir de mort les voleurs partout où on les trouverait , ne leur laissant aucune autre manière d'expier leur crime que le glaive. Il prescrivit de donner des bœufs pour le paiement des amendes. Il défendit à ses sectatateurs de manger la tète d'aucun animal , et mit la poule au nombre des choses dont l'usage était malséant ; car il avait réglé leurs heures de prières par le chant du coq. Il défendit de tuer et de manger le coq , imposant pour peine à la transgression de cette loi de donner la liberté à un esclave. Il leur prescrivit de lécher le crachat de leurs chefs, comme étant une action capable de leur porter bonheur. Il crachait dans leurs mains et ils léchaient son crachat dans l'intention que cela leur portât bonheur : ils le portaient aussi à leurs malades, qui se flattaient d'obtenir par là leur guérison. Il composa pour eux un Koran qu'ils devaient réciter dans leurs prières et lire dans leurs mosquées. Il disait que ce livre lui avait été envoyé de Dieu , qu'il l'avait reçu par une révélation divine, et que quiconque en doutait était un infidèle. Ce Koran était composé de quatre-vingts sourates (ou chapitres), auxquelles il donnait le nom de quelque prophète. Ainsi il y avait la sourate d'Adam, celles de Noé , de Job , de Jonas , de Moïse , d'Aaron , des douze tribus, [de Pharaon, des enfans d'Israël, du coq, des fers , des sauterelles , du chameau , de Harout et Marout , d'Iblis , du jugement dernier, des merveilles du monde : ce livre était pour eux la science la plus sublime. Il leur défendit aussi de se laver quand ils avaient éprouvé une pollution , à moins que ce ne fût dans un commerce illicite.
L'auteur ajoute, en terminant cet exposé sur la doctrine des Bargawates , qu'il a parlé plus au long de ces peuples dans un grand ouvrage qu'il a publié sous le titre de: La Fleur du Jardin , contenant l'histoire des siècles et le mémorial de ce qui s'est conservé de toutes les choses qui ont eu l'existence l.
Abdallah ben Yassin, ayant appris tout cela, jugea que rien n'était plus pressé que de porter ses armes dans le pays des Bargawates, qui avaient alors pour roi Abou Hafs ben Abdallah *.
II se donna plusieurs combats entre les Morabits et les Bargawates, dans l'un desquels Abdallah ben Yassin fut blessé mortellement. Sentant qu'il n'avait que quelques instans à vivre, il assembla les chefs des Morabits et leur donna pour souverain Abou Bekr ben Omar, après quoi il mourut.
Abdallah ben Yassin fut tué à Djérifla (quelques exemplaires portent Korifala) en 451 de l'hégire. Suivant Ébn Abd el Halim il se fit transporter dans sa tente, où se réunirent les principaux scheiks d'entre les Morabits. Quelque souffrant qu'il fût de ses blessures, il recueillit toutes ses forces pour ne s'occuper que des intérêts des Morabits ; il leur dit : « 0 assemblée de Morabéthyns (y a djouma al Morabethyn), vous êtes dans le pays de vos ennemis ; je mourrai assurément en ce jour. Donnez-vous bien garde de vous relâcher, de vous ralentir, de laisser perdre votre réputation; soyez unis ensemble, et vous entre-secourez. Soyez frères
I Proprement, « nous avons décrit amplement el suffisamment 1'hiaioire de» Dargawalabs el de leur roi dani notre grand livre intitulé : la Fleor do jardin, histoires dos siècles, el mémorial de ce qni s'est conservé de tontes les choses qui oui on l'existence. » Lahrat albottan fi akhbar alterna* tcedkikr almetcdjoud mimma wakaa fi' luodjoud. Casiri parle de cet ouvrage, mais il en donne le titre d'une manière inexacte, et le traduit par Horti exeerpts (Bibl.-Arab.* Hisp., t. h, p. 189). D'Herbelot en parle aussi an mol sahrat al boslan, etc.
* L'auteur le nomme Abou Hafs ben Abdallah ben Abou el Ansari ben Aboo Obeïd Uoha mmed ben Hoklad ben Elissa ben Saleh ben Tarif el Bargawatî. Mais celte généalogie est sûrement incomplète , puisqu'il y a trois cents ans entre Saleh el Abou Hais.