‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 196 sur 282 · CHAPITRE VINGT -SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT -SIXIEME

dans ïe Dieu très-haut. Donnez- vous bien de garde de vous désunir. Ne soyez pas envieux les uns des autres par le désir d'avoir la principauté : car Dieu donne la puissance à qui il lui plaît, et prend pour serviteur sur la terre celui de ses serviteurs qu'il aime le plus. Pour moi, je pars d'auprès de vous ; voyez qui d'entre vous vous établirez le maître pour administrer vos affaires, pour conduire vos troupes, faire la guerre à nos ennemis, partager entre vous leurs dépouilles, faire la recette de nos aumônes réglées (zékyat) , et de nos décimes. > Ils convinrent tous, d'une commune voix, de donner le commandement de la guerre à Abou Bekr ben Omar el Lamtouny. Abdallah ben Yassin le déclara aussitôt leur émir avec le consentement unanime et général de tous les scheiks de Sanhadjah et par le vote de leur assemblée. Alors mourut Abdallah ben Yassin, à huit heures et demie du soir du môme jour, qui était un dimanche 24 de djoumada-cl-awal de l'an 451 de l'hégire (î) juillet 1059). Il fut déposé dans un lieu nommé Korifala, et Ton bAtit une mosquée sur son tombeau1.

Abou Bekr acheva de soumettre les Bargawates et détruisit jusqu'aux vestiges de leur religion; il fit enregistrer leurs biens et leurs troupeaux, et les partagea entre les MorabiLs. 11 revint ensuite à Aghmat, où il demeura jusqu'au mois de aafar 452 (mars 1060;. Il y épousa dans cet intervalle une femme du nom de Zeynab, fille d'Ishak el Hawary, négociant, originaire de Kaïrouan, femme qui n'était pas seulement d'une éclatante beauté , mais encore de bon conseil , courageuse , éloquente, prudente, entendue aux affaires, et que pour cela, dit notre auteur, on appelait magicienne. Abou Bekr continua

1 Abdallah, on plutôt Aboo Abdallah ben Tifaf(le msi. de la Bibl. roy. porte Tifat), eut pour successeur son gendre Yahya ben Ibrahim. Ce fut en 427 que Yahya entreprit le pèlerinage de la Mekke, el ce fut en 450 qu'il en retint, amenant atec lui Abdallah ben Yassin. Abdallah ben Yassin, arrivé en 450 dans le pays de Pjédala el Lamtouna, commença en 454 & soumettre les peuples les armes à la main, et conserva l'autorité jusqu'à sa mort arrivée en 4M.

ses exploits dans le Maghreb , et prit successivement Fazaz , Meknesah et Lewàtah (juin 1060). Après ces conquêtes, il séjourna à Aghmat, avec Zeynab, l'espace de trois mois, jusqu'à ce qu'une caravane arrivant du Sahra lui donna avig de dissentions survenues entre les tribus de Sanhadjah , et qui exigeaient sa présence. Il résolut de se rendre parmi elles et de se consacrer à leur gouvernement et à faire la guerre sainte aux infidèles d'entre les Nègres1. Mais, avant départir, il crut devoir répudier Zeynab et assurer ses conquêtes dans le Maghreb en en confiant le gouvernement à son cousin Youssouf ben Taschfyn. Il dit à Zeynab, au moment de se séparer d'elle : « Tu es assurément, 6 Zeynab , d'une grande et éclatante beauté ; mais je vais au désert entreprendre une guerre où peut-être je serai tué, et gagnerai le martyre, la plus haute récompense que Dieu accorde à ses fidèles. Tu es une femme pesante qui ne pourrais me suivre au désert ; c'est pourquoi je te répudie, afin que, lorsque le temps prescrit sera passé, tu épouses le fils de mon oncle, Youssouf , fils de Taschfyn, qae j'établis mon khalife dans le Maghreb a; » et, l'ayant répudiée, il partit d'Aghmat pour le pays de Tedla, d'où il se rendit à Sedjelmessah ; il y trouva son cousin Youssouf qui se rendait à ses ordres , et qu'il nomma wali de tout le Maghreb, et chargea de la guerre à faire aux tribus insoumises de Maghrawa et des Bény-Yafroun. Les scheiks morabits sanctionnèrent unanimement le choix d' Abou Bekr , et prêtèrent incontinent le serment d'obéir à Youssouf, dont la grande religion , la bonté , la valeur et les droites intentions leur étaient connues, comme ils lui avaient jusque-là obéi à lui-même. Les deux émirs se

1 L'auteur emploie ici le mot kafr. On Mil que tout ee qui n'est point compris sous l'empire du Koranou de la Bible, toit parmi les Beydhaos ou Blancs, •oit parmi les Sondhans ou Noirs, est, pour les Musulmans, *«/r, ou mécréant.

2 Ebn Abd el Halim, c. Stt. — Le temps prescrit est de trois mois après la répudiation. Cela est ainsi ordonné psr la 2»« sourate, Tenet 22». Aucune femme ne peut se remarier ayant ce délai expiré.

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