CHAPITRE VLNGT-S1X1ÈME
rakesch (ou Marok) des Mossamédahs à qui elle appartenait. Il s'y logea sous des tentes de poil ou ghaïmahs1; il y Ht bâtir d'abord une mosquée pour prier Dieu, et un petit château (kasbah) pour y mettre ses richesses et ses armes. Youssouf travaillait lui-même à la construction de la mosquée; il se ceignit les reins, prépara de ses propres mains les briques et le mortier, mêlé aux manœuvres, et donnant à tous l'exemple du zèle et de la modération (Que Dieu pardonne a qui a ainsi travaillé!). La partie de la ville bâtie par Youssouf est celle qu'on appelle à présent Sour-el-Khayr, située au nord de la mosquée d'El Katébyyn (la mosquée de la prédication). La ville n'avait point d'eau, mais on en trouva en creusant la terre à peu de profondeur. Marok demeura sans murailles jusqu'au règne d' Aly, fils de Youssouf, qui employa huit mois à l'en faire entourer en 528 (1 131)*.
M ar rakesc h fut, dès sa fondation, le siège de l'empire des 3Iorabits,et le devint dans la suite de leurs exterminateurs les Mohhawids jusqu'à ce que Féz fut rendue par ceux-ci aux honneurs de la primatie. Ainsi, en cette année 1062, un au à peine après le départ d'Abou Bekr, les fondemens de Marrakesch étaient jetés en même temps que ceux de la grandeur de Youssouf son cousin. Celui-ci fit tout néanmoins et gouverna au nom de l'émir absent, et comme son khalife, mais eu réalité avec tous les pouvoirs d'un roi. Dès cette même année, ayant résolu de soumettre par la terreur toutes les tribus des
1 Les Arabes appellent ghalmahs une sorte de tentes faites de poils tissus, dans lesquelles habitent principalement leurs tribus nomades.
2 Conde, 1. 11, p. 80, dit que la ville de Marok fut fondre par Abou Bckr. Or, Ebn Abd el Ilalim nous apprend qu'Abou Bekr partit pour le Sabra Tan i.;:., et
que Youssouf acheta Tannée suivante 4K4 des Mossamédah le terrain qui servit à la fondation de Marrakesch. Le même Conde se contredit d'ailleurs formellement à quatre pages de distance. 11 dit, p. 80, qu'Abou Bekr fut le fondateur de Marok, et p. 84, que ce fut Youssouf. — « Sflo desculdos desculpaveis, dit à ce sujet le traducteur portugais du petit Kartasch,p. 131, a quern escroc aobre materias do tal natureu, »
deux Maghrebs (El Aksah et El Àwsat), il fit faire des levée* d'hommes, nomma de nouveaux kaïds, conquit de nombreux
forma des corps d* Aghzaz et de tireurs d'arc ; et , ayant complété une armée de plus de cent mille hommes1 tirés principalement des tribus de Sanhadja, de Djedhouia, Mossamédah et Zénatah,il partit de Marok pour l'ancienne capitale des Edrisites, pour l'émirale Fèz, à la prise de laquelle il attachait avec raison la plus haute importance. Les tribus de Zawaghah, Lamayah , Lawàtah, Sadynah , Sédratah, Moghylah, Behloulah, Madyounah, lui étaient encore contraires ; elles voulurent s'opposer à sa marche vers Féz, le harcelèrent, tantôt en rase campagne, tantôt dans les défilés par où il était obligé de passer, et l'arrêtèrent quelque temps devant la ville de Madyoanah; mais les Almorabits y entrèrent lépée à la main, la saccagèrent, la pillèrent, y tuèrent plus de quatre mille boni mes, et en rasèrent les murailles. Il marcha de là sur Fèz sans rencontrer d'obstacle, et y mit le siège , après s'être emparé de tout son territoire, en cetet même année 454 . Après quelques jours le gouverneur de Fèz fut vaincu et tué dans une escarmouche; mais la ville tint bon. Youssouf la laissa bloquée, et se porta sur Safrawa, qu'il prit d'assaut en un jour, et dont il tua les sahebs, fils de Masawd le Maghrawy, qui en étaient les walis et y commandaient souverainement. Il revint ensuite sur Fèz , qu'il assiégea jusqu'à ce qu il la prit l'année suivante 455 (1063), pour la première fois. Il y demeura quelques jours , lui donna pour gouverneur un caïd de la tribu de Lamtouna, et partit pour le pays de Ghomérah. Mais dès
i Conde dit de cavalerie ; mais ai l'on réfléchit que lea Sanhadjah étaient aurtout renommé» pour leur manière de combattre à pied,, ce chiffre paraîtra exagéré. Noua atona vu (Tailleur» qu'encore aujourd'hui les Touarike, légitime descendance des Santaadjabs, estiment peu lea chevaux, et leur préfèrent de beaucoup le chameau, le navire du déaert.