‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 201 sur 282 · CHAPITRE VINGT-SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SIXIEME

tel qui précède la prière solennelle du vendredi et des deux fêtes du Beyram, et dans lequel, après une profession de foi sur l'unité et les attributs de Dieu, on prie pour Mahomet, sa famille, ses compagnons, les quatre premiers khalifes, et enfin pour le khalife régnant, regardé comme le chef et le pontife suprême de tous les Musulmans. La khothba répond assez bien, dans Tordre politique, à notre Domine, salvum fac regem. Le livre des longitudes (Kitab el Athwal) dit que Fêz s'appelait Fàs-el-Kadim (Fàs l'ancienne), sans doute par opposition à la nouvelle ville de Merrakesch fondée par Youssouf1.

Toussouf demeura à Fèz, occupé de ces travaux, jusqu'au mois de safar 463 (novembre ou décembre 1070) ; après quoi il en partit pour la vallée de la Moulouya, où il conquit en peu de temps les châteaux de Wartata. Toutes choses s'aplanissaient ainsi devant lui, si bien que l'année suivante les scheiks de presque toutes les tribus du Maghreb, notamment des tribus de Zenetah, Mossamédah et Ghomérah, lui envoyèrent des députés pour lui prêter serment. Youssouf les accueillit avec une libéralité qui les gagna aussitôt à sa cause ; et il parcourut dans leur compagnie les états du Maghreb, s'enquérant de toutes choses par lui-même, observant la conduite des walis des provinces et des villes, jugeant et composant en personne les différends qui lui étaient soumis. Il avait, par ces moyens, vers l'an 465 (1072) poussé ses conquêtes jusqu'à la ville dltt Dahna et au Djebal-el-Loudhan, de telle sorte qu'en cette année sa domination s'étendait jusqu'aux portes de Tanger et au détroit, d'où ses armées commençaient à apercevoir l'Espagne, où nous les verrons bientôt pénétrer. Tel était le degré

1 Fêz, on se le rappelle, fut bàlie sous le khalifat d'Haaroun al Rascbid , en l'année 191 de l'hégire (807) par Édris, fils d'Édrif, deuxième émir de la dynastie dea Édriaitef. Voyez ci-devant, t. m, c. 10, p. 5&1, in floe.

2 Conde dit Felàt. — Presquo tous les noms de cette partie do son outrage sont plua on moins altérés on estropiés.

406 bistoirk d'espaghb.

de puissance auquel était parvenu Youssouf ben Taschfyn vers 1073. Jusqu'ici il n'a agi qu'en qualité de vicaire de son cousin Abou Bekr; nous allons le voir maintenant régner et gouverner en son nom.

Abou Bekr, après avoir pacifié le Sahra, revenait dans le Maghreb. Comme les conquêtes de Youssouf lui avaient donné de l'ombrage , il lui manda de venir le trouver. Youssouf loi obéit; mais la manière dont il se comporta dans cette entrevue convainquit Abou Bekr que Youssouf n'était pas disposé h lui remettre l'autorité qu'il lui avait confiée. Ainsi Abou Bekr se vit contraint à lui laisser de bonne grâce ce qu'il eut été dangereux de lui redemander. Il lui abandonna le gouvernement du Maghreb, et se retira dans le Sahra où il mourut en 480 (1087). Après la mort d'Abou Bekr, Youssouf demeura seul maître de tout l'empire des Morabits.

Les incidcns qui marquèrent cette cession de pouvoir sont d'un caractère qui mérite de nous arrêter un instant. Yoossoui était à Marok. Abou Bekr, de retour du désert, avait établi son camp à Aghmat, pour s'assurer par ses propres yeux de l'état des choses dans le Maghreb. Les projets de Youssouf n'étalent plus douteux ; il avait gagné l'esprit et l'affection de ses troupes au plus haut degré, avait fortifié le pays, et commençait à agir en son nom, en sorte qu'on voyait clairement qu'il ne voulait pas avoir de collègue à l'empire. Tous les jours Abou Bekr apprenait par quelqu'un de ses officiers, qui de son camp allait à la découverte vers Marok, à quel point déjà la ville de Youssouf s'était accrue, et remplie d'édifices et de mosquées. Quelques-uns, qui y avaient pénétré, en étaient revenus émerveillés de l'ordre qui y régnait, de l'éclat de quelques-unes de ses constructions, de la sagesse et de la puissance de son fondateur. Youssouf avait près de lui un corps d'esclaves noirs de Guinée, qu'il avait achetés de certains marchands de sa tribu qui s'exerçaient à la traite et au commerce avec les Guinées dans une ville nommée Gasza, située fort avant dans

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