‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 213 sur 282 · CHAPITRE VINGT- SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT- SIXIÈME

insatiable, ils veulent conquérir et saccager nos villes et occuper nos forteresses. Le feu des chrétiens s'est allumé par toute l'Espagne, et de toutes parts la pointe de leurs lances et le tranchant de leurs épées s'abreuvent du sang des Musulmans. Ceux qui, par hasard, ont échappé à la mort dans les combats, gémissent en leur pouvoir dans un dur esclavage et tourmentés par leurs mains barbares; car ils ne veulent rien de moins que nous achever et nous faire souffrir d'inexprimables tourmens. Tout porte à croire qu'ils songent à nous livrer le dernier assaut et à nous donner le coup de grâce. Et le moment où s'accompliront leurs désirs parait maintenant peu éloigné, si Dieu ne manifeste sa toute-puissance en notre faveur. Mais, par la foi de Dieu ! est-il possible que les Musulmans aient perdu l'espoir et le courage de soutenir et de défendre la vérité de leur loi? Y aura-t-il un jour où l'infidélité triomphera de la religion véritable? Ceux qui associent plusieurs dieux vaincront-ils ceux qui professent l'unité? Et n'y aura-t-il personne qui nous secoure et nous délivre de leurs mains? Ne se rencontrera-t-il personne pour relever notre foi tombée à terre? N'apparaîtra-t-il point un défenseur de la religion et des choses saintes? Hélas ! mettons notre secours et notre refuge en Dieu, élevons vers lui nos humbles et terrestres prières. Notre affliction est profonde, notre malheur sans égal : que notre humijité lui soit conforme ! Je ne t'avais point écrit, ô émir des Musulmans, avant ce moment, occupé que j'étais du blocus et du siège de Médina Coria (que Dieu nous la rende!), dont la perte pouvait amener l'expulsion hors du pays des Musulmans qui demeurent dans les environs. La ville dont je te parle est une des meilleures villes qu'aient perdues les Musulmans. Au milieu est un château très fortifié, qui l'emporte sur les plus forts châteaux. Il est comme le centre de la ville, et ainsi que le centre dans un cercle, il en domine toutes les parties. C'est un point de vue et d'observation sur tout le pays d'alentour, sur ceux qui sont

auprès comme sur ceux qui sont écartés et éloignés ; en sorte que cette citadelle était comme un vent violent soufflant la tempête dans les sorties de ceux qui étaient au dedans ; mais l'infidèle s'en est emparé, et de celte place avancée nous menace d'attaques nouvelles. Je te le dis, si tu ne te hâtes de nous venir en aide avec tes armées de pied et de cheval, tout sera bientôt désolé et ruiné. Je ne te rappelle pas, ô émir des Musulmans, la parole du livre de Dieu ni la doctrine de notre saint prophète, puisqu'il y a chez toi plus d'instruction et de littérature que par ici, et que tu sais bien ce qu'il prescrit dans les circonstances semblables. Je t'envoie cette lettre par un noble scheik, notre prédicateur et kateb, afin que s'il se présentait à toi quelque obscurité dans les détails, il puisse te les aplanir et te donner de vive voix tous les éclaircissemens désirables. Il s'est déterminé à se charger de cette lettre et de cette ambassade, parce que c'est une œuvre méritoire, et afin d'obtenir de ta puissance ce secours et cette grâce spéciale; et moi, je n'ai point balancé à lui découvrir mes intentions, me fiant autant en sa fidélité éprouvée que dans son savoir et dans l'éloquence de ses discours. Salut à ton éminente dignité! »

Sur les entrefaites de ce message éclata une rupture devenue depuis quelque temps imminente entre Ebn Abéd et son gendre le roi de Castille. Le sujef de la querelle est indiqué dans une chronique arabe. L'émir de Séville, le fait est maintenant acquis à l'histoire par la lettre même qu'il écrivit au roi chrétien en réponse a ses menaces, payait tribut à celui-ci. Alfonse ayant vers ce temps envoyé à Séville, dit la chronique dont je parle % un ambassadeur et un juif, son trésorier et son favori, homme puissant et considéré, nommé Ebri Ghaleb, afin de recevoir la somme que l'émir Ebn Abéd

« Conde, iir^part., c. 13,

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