CHAPITRE VrVGT-SI\IÈME
devait lai payer en dinars d'or de son scccat1, voici ce qui arriva. Parvenus à Séville, l'ambassadeur, le juif et leur suite ne se logèrent point dans la ville, mais demeurèrent en dehors, sous leurs tentes, où Ebn Zeïdoun, trésorier d'Ebn Abèd, porta les dinars en question dans la compagnie de quelques autres wazirs ses collègues. Le juif du roi Alfonse compta et examina les dinars apportés, et ne les trouvant pas apparemment de bon aloi , ne voulut les accepter qu'à l'essai du feu et de la cendrée. Il y eut à ce sujet, entre les wazirs d'Ebn Abèd et le juif de l'ambassade d'Alfonse, des questions et des réponses, dit l'auteur musulman; et, comme l'ambassadeur proposa, puisque le juif ne voulait pas recevoir cette monnaie sans l'essayer, qu'au lieu des dinars d'or on lui donnât certains vaisseaux qu'avait là Ebn Abèd , cette proposition irrita l'esprit de l'émir, et il dit que, d'aucune manière, il ne paierait cette somme, qu'il ne pouvait plus supporter tant d'orgueil et d'insolence; et cette nuit môme quelques esclaves entrèrent dans les tentes de l'ambassadeur et du juif, frappèrent celui-ci de plusieurs coups de poignard, et maltraitèrent les chrétiens de leur suite; on ignore si ce fut un acte spontané de licence et d'emportement delà part des esclaves, ou une résolution des wazirs pour complaire à l'émir, qui no témoigna point que.ee crime le chagrinât beaucoup, lorsque T ambassadeur s'en plaignit à lui le lendemain. Quoi qu'il en soit, celui-ci quitta Séville avec des menaces et des sermens de vengeance au nom de son roi.
Instruit de cette violation du droit des gens, Alfonse s'empressa d'envoyer une nouvelle ambassade à Séville chargée cette fois d'une lettre du roi pour Ebn Abèd, et par laquelle,
• Secca signifio proprement en arabe coin, le coin ou type avec lequel on frappait les monnaies; lo mol •''est appliqué ensuite par extension aux lieux où l'on frappait monn iic; et l'on en retrouve la trace dam le nom do la pciirn tille d'Andalousie *ppct«'*e unore El Cnsllllo de la Aceca. Il est passé dons la langue italienne, et le root sequio (secebino) n'a pas d'antre origine.
entre autres choses, il lui demandait de lui livrer un certain nombre de forteresses du domaine de S&ville (sans doute celles qui devaient composer la dot de Zayda), ou du moins de reconnaître qu'elles lui appartenaient de droit , le sommant de le faire sans faute ni délai. La lettre était ainsi conçue :
« De la part de l'empereur et seigneur des deux lois et des deux nations, l'excellent et puissant roi don Alfonse ben Ferdeland, au roi El Motamed Billah Ebn Abêd (dont Dieu veuille fortifier et éclairer le jugement, afin qu'il se détermine à suivre le droit chemin en toute chose! ); salut et bonne volonté de la part d'un roi agrandisseur de ses royaumes et appui de ses peuples, dont les cheveux ont blanchi dans la prudence et la connaissance des affaires, dans l'exercice et le maniement des armes, ainsi que dans une suite perpétuelle de victoires, dont les désirs s'accomplissent à mesure qu'ils se forment, sous les bannières de qui s'est fixée la victoire, qui fait brandir les lances de ses chevaliers et revêtir de deuil les femmes et les filles des Musulmans, qui fait ceindre l'épée à la ceinture d'innombrables champions, et remplit vos cités de lamentations et de cris.Vous savez ce qui s'est passé dans la ville de Tolède, capitale de toute l'Espagne, ainsi que ce qui est arrivé à ses habitans et à ceux des environs dans le siège et la prise de la place. Si vous et les vôtres avez échappé jusqu'à ce jour, votre temps aussi arrive. Il n'a été retardé que par ma volonté et mon bon plaisir.Or, si vous êtes maintenant tranquilles et en repos, rappelez- vous que la prudence et la sagesse de l'homme consistent à se garder lui-même et à bien examiner ce qui lui convient avant de tomber dans des filets et des calamités dont ensuite il ne pourrait se tirer. En vérité, si je ne considérais les conventions qui sont entre nous et les paroles que nous nous sommes données ( car il n'est pour moi rien de si essentiel que de garder ma parole