‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 215 sur 282 · CHAPITRE VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SIXIÈME

et la foi promise), j'aurais déjà envahi votre pays; le fer et la flamme à la main, je vous aurais chassés de toute l'Espagne, sans qu'il y eût lieu à des demandes et à des réponses, et sans qu'il y eût entre nous d'autre ambassadeur que le choc et le bruit des armes , le hennissement des chevaux , et le fracas des tambours et des trompettes de bataille. Je veux bien vous donner cet avis toutefois pour vous ôtcr toute excuse , et t'avertir que celui-là seul se presse qui craint que le succès ne réponde pas à son attente. Je t'envoie pour cette ambassade El Karmout el Barhan, parce que je me fie à lui pour traiter et arranger les affaires, et pour conférer avec des personnes de son mérite sur tout ce que tu voudras lui communiquer. Aie confiance en lui ; car il a de la prudence pour quelque chose que tu veuilles lui communiquer en ce qui concerne ta personne et tes sujets, et, suivant ce que tulferas, tu verras ensuite les actions et leurs résultats. Salut. »

Ebn Abêd reconnut la faute et le crime ; mais quoique ses plus prudens wazirs lui conseillassent de s'excuser de cet événement auprès d'Alfonse, en l'attribuant à l'emportement du peuple, qu'avait offensé la défiance du juif Ebn Ghaleb, étant dès lors résolu à rompre avec le roi, il ne pensa pas à autre chose qu'à se préparer a la guerre. Il appela son fils Raschid , qu'il avait fait reconnaître pour son successeur (waly el ahdy) et qui prenait dès lors une part active au gouvernement du royaume, et délibéra avec lui sur la situation. Un auteur arabe nous a conservé les termes exprès de cette délibération. Raschid paraissait opposé à une rupture avec Alfonse. — « O mon fils, nous sommes des orphelins dans l'Andalousie, lui dit son père, et, placés entre une mer orageuse et un ennemi puissant et cruel, nous n'avons d'appui qui nous vaille que le Dieu très haut. Des émirs d'Andalousie tu vois qu'on a peu à en espérer, car ils sont inutiles pour le secours et la défense. D'un autre coté, tu vois les conquèles et la puissance d'Alfonse, l'ennemi de Dieu, qui, par sa fortune et son

opiniâtreté à faire la guerre aux Musulmans pendant sept années, s'est rendu maître de Tolède et de ses dépendances qu'il a peuplées d'infidèles et de viles créatures. L'ennemi de Dieu dissimule son désir de nous opprimer, et s'il lève la tète contre nous, je crains de sa fermeté et de sa fortune qu'il ne s'empare de nos états et qu'il ne marche sur notre cité ; car si une fois il vient avec ses troupes et assied son camp devant elle, il sera difficile de la sauver de ses mains. Le meilleur parti parait être d'implorer le secours d Ebn Taschfyn, le nouveau conquérant de l'Afrique, bien que cela, comme nous en sommes convenus entre nous, ne manque pas de danger; car en vérité ce Musulman ne me donne pas moins de crainte et d'effroi que l'arrogance du maudit Alfonse. La guerre continuelle a épuisé nos trésors; les revenus et les récoltes ont décru par le défaut de labours à cause des dégâts et des courtes continuelles qu'entraîne la guerre. Nos armées sont fort diminuées, car on n'accourt plus à notre appel comme autrefois, et ceux qui viennent sont pleins de terreur et de défiance, et, qui pis est, ne nous sont point affectionnés ; bien plutôt ils nous abhorrent, tant les nobles que les gens du peuple, en sorte que je ne trouve pas d'autre parti » Son fils lui répondit : « Mon père et mon seigneur, veux-tu donc attirer en Espagne l'ambitieux Ebn Taschfyn, celui qui est sorti des déserts d'Ël Kibla, foulant à ses pieds toutes les kabilehs du Maghreb de l'un et l'autre bout? Ne doute point qu'il ne nous chasse de nos maisons, et que ses troupes barbares ne nous dispersent et ne nous arrachent à notre union et à notre chère patrie.» Mais Ebn Abèd s'écria: « A Dieu ne plaise, mon fils, qu'on dise de moi que j'ai perdu l'Andalousie, que je l ai rendue la demeure des infidèles et le patrimoine des chrétiens, ni que je consente à être publiquement maudit dans les mi nbars de nos mosquées, et à voir mon nom exécrable à tous les Musulmans, comme celui d'autres malheureux rois; non, par Dieu, non, mon fils. J'aimerais mieux garder les chameaux

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