‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 216 sur 282 · CHAPITRE VINGT-SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SIXIEME

du roi de Marok que d'être émir tributaire et vassal de'ccs chiens de chrétiens. » Raschid son fils lui répondit : « Soit donc fait ce que Dieu t'inspire ! »Et Ebn Ahèd lui dit >.« J'espère de sa divine bonté que ce qu'il m'inspire en cette affaire sera bon et profitable pour nous et pour tous les Musulmans. »

Ebn Abéd , en conséquence , résolu à la guerre , blessé d'ailleurs des propositions subsidiaires que lui fit l'ambassadeur d'Alfonse, El Bahran, malgré l'avis de son fils et de la majorité des wazyrs de son conseil, qui croyaient plus prudent un accommodement quelconque, irrité du ton d'autorité et d'arrogance, disent les écrivains arabes, que respirait la lettre d'Alfonse, lui fit une réponse conçue dans l'esprit le plus belliqueux, et où la prose s'alternait avec les vers, selon l'usage des Orientaux. Cette lettre portait :

« De la part du victorieux et grand émir, appuyé de la miséricorde de Dieu et confiant en sa divine bonté, El Motamed ben Abèd, an superbe ennemi d'Allah, Alfonse ben Ferdeland, qui s'intitule roi des rois et seigneur des deux nations et des deux cultes (que Dieu brise ces vains titres!): salut à ceux qui suivent le droit chemin. Quant à te nommer seigneur des deux nations, les Musulmans ont en réalité plus de droit que toi a se parer de ces titres, pour ce qu'ils ont possédé et possèdent encore des terres des chrétiens , et en considération de la multitude de leurs vassaux et de leurs richesses; car ton pouvoir ne parviendra jamais à être comparable au nôtre, que ne peuvent atteindre toute ta loi et tes partisans. Certes, tu peux regarder comme une heureuse année celle-ci, pendant laquelle tu as élevé cette prétention nouvelle , et le conseil qui t'a été donné à cet égard ne pouvait être plus prudent ni plus opportun. Mais nous nous réveillons de notre sommeil et nous nous relevons de notre mollesse et de notre négligence passée. Jusqu'à présent nous pensions à te payer

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tribut; mais tu ne t'en contentes pas, et ta veux occuper no» -villes et nos forteresses. N'as-tu pas de honte de telles demandes et de nous commander comme si nous étions tes vassaux ? Je m'étonne de la hâte que tu mets à nous presser d'accomplir ta vaine et superbe volonté. Tu t es enorgueilli et enflé de la prise de Tolède, sans considérer que tu ne la dois point à ta puissance , mais à la force et à la destination divines qui l'avaient ainsi arrêté dans leurs éternels décrets, et en cela tu t'es trompé toi-même par un vil calcul. Tu n'ignores pas * cependant que nous aussi nous avons des armes, des chevaux et des braves que n'épouvante pas le bruit des batailles, et qui jamais n'ont détourné leur face des horreurs de la mort. Nos cavaliers engagés dans la mêlée s'y comportent glorieusement et savent en sortir vainqueurs. Nos généraux s'entendent à ranger leurs lignes, à conduire leurs escadrons, à préparer des embuscades. Us ne craignent point de braver le tranchant des épées, et ne s'effraient point des lances dirigées contre leur poitrine. Nous savons dormir sur la terre dure, couchés sur nos bournous, ou faire des rondes et des veilles de nuit. Nous savons, comme nos pères, que la mort dans les batailles ouvre le ciel aux fidèles et leur donne le salut. Mais afin que tu voies que cela est comme je te le dis, nous te préparons la réponse de ta demande en aiguisant nos épées. De tous côtés t'attendent des sabres brillans et acérés , des lances fortes et pointues. Il est donc vrai qu'il n'est point de mal qui ne produise quelque bien, et que tôt se repent qui tôt se détermine! Quand est-ce que tes ancêtres ont eu L'avantage sur nous, a moins que par quelque bassesse de celles que tu sais, ou que tout cela ne se réduisît à rien? Ceux qui te conseillent, en vérité, sont comme des bêtes saas entendement , et en même temps des gens de si peu de courage , que jamais leurs actions n'ont appuvé leurs vains discours. Aussi jamais ne les tuons -nous combattant en braves en rase campagne, mais cachés et renfermés dans leurs tours et derrière

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