CHAPITRE VINGT-SIXIÈME
mans, et émir des fidèles, Abou Yak ou b Youssouf ben Taschfyn, illustre et grand par la grandeur de ses nobles, adorateur de la majesté divine et de la puissance du très haut, vénérant Dieu et le ciel , sans vanité de son rang et de sa grandeur, et content des biens que Dieu lui accorde ; de la part d'Ebn Àbèd el Motamed, salut accompli en Dieu, ainsi qu'il convient à ta haute et souveraine personne avec la miséricorde de Dieu et sa bénédiction. La présente est de celui qui, abandonnant toutes choses , ne s'adresse qu'à ta généreuse majesté, de Médina Aschbilia,dans lentre-lune de djoumadael-awal de Tannée 479 (14 août 1086). Persuadés, ô émir des >l u su 1 mans, que Dieu se sert de toi pour exalter et soutenir sa loi, nous, Arabes de l'Andalousie, qui ne conservons point en Espagne nos illustres kabilehs distinctes entre elles, mais au contraire confondues les unes avec les autres, de telle sorte que nos générations et familles y sont entremêlées et éparses de divers côtés , nous n'avons eu depuis longtemps que peu ou point de communication avec nos kabilehs qui demeurent en Afrique; de manière que ce défaut d'union a divisé aussi nos intérêts, et de la désunion sont venus la discorde et l'affaiblissement. La force de l'état a déchu; nos ennemis naturels l'emportent sur nous, et nous sommes dans une telle situation que nous n'avons personne pour nous aider et nous soutenir, mais seulement pour nous injurier et nous détruire. Chaque jour deviennent plus insupportables l'animosité et la fureur du roi Alfonse, qui, comme un chien enragé, envahit nos terres avec ses troupes, s'empare de nos forteresses, fait les Musulmans prisonniers, et nous foule sous ses pieds, sans qu'aucun émir d'Espagne se soit levé pour défendre les opprimés. Tous regardent avec négligence la ruine de leurs parens et amis sans même tenter un effort pour la défense de notre loi. Et en vérité, ils auraient pu le faire, s'ils l'eussent voulu comme ils le devaient; mais ils ne sont plus tels qu'autrefois : les aises, 1 atmosphère suave de l'Andalousie, les plaisirs, les bains
FIISTOÏRE D'ESPAGNE.
délicats d'eaux odoriférantes, les sources fraîches et les mets apprêtés les ont affaiblis. Ils craignent maintenant les hasards et les fatigues de la guerre sans que de si justes motifs puissent les émouvoir ; c'est ainsi que nous n'osons plus lever la tête. Mais, puisque toi, seigneur, tu es le descendant de Houmaïr, notre prédécesseur, et que Dieu t'a fait maître de peuples nombreux et de pays étendus, c'est à toi que j'ai recours plein d'espérance, demandant un appui à Dieu et à toi. Je te supplie de passer sans retard en Espagne, afin d'y combattre contre cet ennemi, qui, infidèle et perfide, se lève contre nous, prêt à détruire notre loi. Viens sur-le-champ, viens réveiller en Andalousie le zèle pour le service de Dieu et pour la défense de la doctrine de notre vénéré prophète (sur qui soient le salut et la paix! ). Il t'appartient, en défendant les fidèles opprimés, de te rendre digne, devant le Dieu très haut, des éternelles récompenses de l'autre vie, et des célestes rémunérations de Dieu; car il n'y a de force et de pouvoir qu'en Diea haut et puissant. Que son salut, sa divine miséricorde et sa bénédiction soient avec ton altesse. » <* ^ *
Cette première lettre était entièrement écrite de la main d'Ebn Abêd; elle était accompagnée d'une seconde conçue dans un esprit semblable, écrite par son kateb Âhou Bekr ben Djédi; celle-ci néanmoins était plus dogmatique, et sentait le prêtre plus que le guerrier.
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< Au nom de Dieu clément et miséricordieux ;
» Louange à Dieu, maître de l'univers : qne Dieu soit propice à notre seigneur Mahomet, le derniardes envoyés célestes, à sa famille et à tous ses compagnons.
» A l'émir très puissant par la grâce de Dieu, émir des Musulmans, défenseur de la loi de Dieu, prince des Horabits, Abou Yakoub Youssouf ben Taschfyn , l'imam très illustre, le fakih qui sait par cœur un grand nombre de traditions, la merveille de son temps, le prodige de son siècle, que Dieu a