‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 219 sur 282 · CHAPITRE VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SIXIÈME

suscité pour élever aux nues sa religion véritable, de l'éclat et de la splendeur duquel Dieu éclaire toutes les parties de la terre, et de la perfection duquel il embellit et orne les créatures et nous tous qui suivons sa divine loi : que Dieu continue de lui prodiguer en ce monde et dans l'autre le trésor de ses miséricordes cachées. Amen. De la part de l'émir excellent par la grâce de Dieu, favorisé de sa divine miséricorde, mettant sa confiance et son appui en Dieu, £1 Motamcd ben Abéd : salut à la présence et à la souveraineté établies sur la foi et sur de respectables sermens, et dont la vérité et la solidité sont manifestes à tout le monde. Dieu a fortifié sa loi par la foi de l'unité et par la concorde, et nous a. défendu de suivre les erreurs et les turpitudes des lois contraires à notre loi. Il a ainsi favorisé ses serviteurs d'un gouvernement nouveau qui enseigne l'austérité et la gravité des mœurs; car nous savons que Dieu t'a comblé de sa miséricorde, et a ranimé et ravivé par tes mains le zèle pour son service dans le droit chemin de la justice et de la vérité. Cette lettre est pour t'instruire de l'état de malheur où gémit l'Espagne. A nos peuples est survenue une calamité telle, qu'elle fait oublier les plus grandes et les plus affligeantes calamités passées, qui toutes sont restées anéanties et confondues dans l'énormité de celle qui leur a nouvellement succédé. La cause en est dans l'avidité et l'ambition d'un cruel ennemi qui nous fait la guerre sans relâche à feu et à sang, et dont le cœur est plein d'une haine et d'une inimitié si profondes pour notre loi et pour ceux qui la suivent, que Ton ne voit ni connaît aucun moyen de l'apaiser. Le pouvoir et l'orgueil de cet ennemi croissent et s'augmentent chaque jour , taudis que nous, en même temps, nous perdons courage et devenons faibles : les chrétiens ennemis se réunissent et se confédèrent pour notre^ruine, et nous, pour notre malheur, nous ne nous accordons qu'à sommeiller, et à regarder avec indifférence notre ennemi s'élever et détruire nos frères ; nous ne nous

sommes pas réunis une seule fois pour l'attaquer, ni pour la commune défense. Nous dormons d'une profonde léthargie et nous ne sommes pas plus réveillés par les coups continuels de la fortune ennemie que par les maux et les graves calamités qu entraine avec lui ce malheureux temps. Voilà qu'il nous a envoyé une lettre remplie de tonnerres et d'éclairs, où ne manquent pas, il est vrai, les promesses et les fausses paroles; mais pour nous persuader de lui céder nos villes et nos forteresses et de lui abandonner nos mosquées, afin de les remplir de ses moines, de mettre sur leurs minarets ses croix adorées, et de faire chanter ses messes et son rékiem là où se faisait le salât. Nul doute qu'il ne veuille nous chasser de nos demeures et les peupler de chrétiens. Dieu a formé en ta faveur, ô émir des Musulmans, une possession et un royaume dont il bénit la grandeur et l'élévation ; il t'a fait son ministre et son envoyé, afin que par une résolution vertueuse tu aides les fidèles à soutenir l'édifice de sa loi , et participes en cette occasion à l'éclat de sa divine lumière. Tu sauras trouver des compagnons; tu ne manqueras point de soldats qui voudront acheter le paradis au prix de leur vie, qui aspireront à être inhumés avec leurs habits, leurs blessures et leur sang1. Si l'avidité des biens temporels te pousse , il ne manque point ici de riches tapis , de bijoux, d'or, d'argent et de précieux joyaux , de délicieux jardins, de sources claires et abondantes d'une eau courante, pure et cristalline; mais si, comme cela est en effet, ton cœur n'est mû que par le zèle du service de Dieu, et le désir d'acquérir les récompenses éternelles de l'autre vie, ici s'offre à toi l'occasion la plus favorable, car il ne se passe pas de jour où il n'y ait ici des combats à livrer, des lances et des épées à brandir. Ce paradis et ce bois sacré, Dieu les a ici placés, afin

l Allusion i ce verset du Koran : — « Inhume/, les martyrs comme ils sont morts, avec leur habit, leurs blessures et leur sang. Ne les lavez pas; car

leurs blessures, au jour du jugement, auront l'odeur du musc. »

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