CHAPITRE VttGT-SIXlÎME
que de l'ombrage des armes vous passiez à ceux sous lesquels il récompense sans fin le mérite des fidèles. Nous nous soutenons et défendons avec Dieu, ses anges, et l'espoir de vos secours, contre les infidèles qui nous font la guerre, animés et fortifiés que nous sommes par la divine parole qui a dit : « Tuez-les, car Dieu leur infligera des tour mens et des peines amères par vos mains, leur jettera sa malédiction, vous donnera la victoire contre eux, et accordera libéralement son salut aux nobles cœurs des fidèles. ■ Que Dieu nous réunisse enfin et nous rassemble en sa parole de l'unité, afin que nous nous aidions de la miséricorde que Dieu nous a faite en nous donnant sa loi pour lui en rendre grâce, exalter son saint nom et en propager la connaissance! Je le prie de m'accorder la grâce de ne point m'égarer dans l'appel que je te fais. Que le salut de Dieu ainsi que sa miséricorde et sa bénédiction soient sur l'émir des Musulmans, défenseur de la loi de Dieu et soutien de la foi. »
Quoique pressé de la sorte, et par tous les mobiles propres à agir sur un cœur musulman, Youssouf répondit aux Andalous qu'il n'était pas prêt encore ; et Ebn Abôd résolut de convoquer à Séville une assemblée des docteurs et des princes de la loi, que menaçaient également les progrès de la puissance d'Alfonse , dans le double but d'y former une sainte ligue et de faire un appel en commun au héros musulman près de qui les efforts individuels des émirs avaient échoué. Ce fut un véritable concile ou champ de Mai musulman , auquel assistèrent en personne la plupart des rois arabes de l'Andalousie, divisés naguère par l'ambition, réunis maintenant par le péril et l'intérêt communs. Au nombre des personnages notables qui y assistèrent étaient 1e cadhi des cadhis de Grenade, Abou Djafar d'Alcoléa, le cadhi de Badajoz Ishak ben Mokynah, Abou el Walid el Bedji, le wazir Abou Bekr Mohammed el Kortouby, Abdallah ben Zeydoun, etc. Le cadhi des cadhis de Séville Abou Bekr ben
el Dahym présida rassemblée. On y résolut d'écrire à tons les émirs d'Espagne, quelles que fussent leurs rivalités, aux walis et aux cadhis des Tilles et des châteaux, pour leur représenter le danger général, les exhorter à la défense commune de l'état contre les chrétiens, et les inviter à faire publier lel-djihed (la guerre sainte) contre Alfonse, dans toutes les mosquées grandes et petites de leur juridiction. Mais on insista surtout sur l'urgence d'appeler solennellement et avec les plus vives instances le prince des Morabits africains à venir prendre part à leur sainte entreprise. Tout le monde fut de cet avis, excepté Abdallah ben Yakout S gouverneur de Malaga pour Ebn Abêd, lequel leur dit : qu'il ne convenait point d'attirer en Espagne les Musulmans morabits, gens sanvages, accoutumés aux déserts sablonneux de l'Afrique ; que ce serait comme s'ils faisaient venir les lions et les tigres les plus féroces que produisent ces déserts; que pour lui il se défiait de ces Musulmans, et croyait que si Youssouf ben Taschfyn venait en Espagne, il briserait sans doute heureusement les chaînes que leur donnait Alfonse, mais qu'il les chargerait de chaînes plus lourdes et qu'ils ne pourraient briser ; qu'ils considérassent sous quelle pesante domination il tenait le Maghreb asservi, livré tout entier à ses compatriotes du Sahra ; que ce qui leur convenait le mieux, à eux, rois de l'Andalousie, c'était de se réunir, de faire cause commune en bons Musulmans, et de combattre ensemble contre Alfonse ; qu'il était certain que, par leur union, l'oubli de leurs discordes et de leurs intérêts particuliers, ils seraient supérieurs aux chrétiens. — « Soyez unis, et vous serez vainqueurs, leur dit-il. Ne souffrez point que les habitans des sables brûlans de l'Afrique viennenj s'abattre sur nos terres comme des essaims dévorans de sauterelles, et promener leurs chameaux dans les champs délicieux de notre Andalousie.» Mais le vieux Ebn Yakout
1 Conde Appelle, c. 8, Zagout, el e. 14, Abdallah ben Zagout.