‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 223 sur 282 · CHAPITRE VINGT-DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-DIXIÈME

Il assembla ses caïds et ses gens de guerre, les appelant à Marok et leur annonçant son projet de passer en Espagne pour faire la guerre aux chrétiens. Léon l'Africain qui , comme «Ebn Abd el Halim, attribue à Youssouf et non à Abou Bekr la fondation de Marok, donne la raison politique qui porta Youssouf à choisir remplacement dont il s'agit, plutôt que tout autre, pour l'édification d'une ville nouvelle. [Marok est sur le chemin même du désert, et forme une station commode et naturelle à la descente et au débouché de l'Atlas1. En peu de temps il y réunit de nombreuses troupes, avec lesquelles il se mit en marche pour Ceuta. Dans son impatience de voir arriver Youssouf en Espagne, soit pour hâter, autant qu'il serait en lui, le départ de l'émir des Musulmans, soit pour se le rendre favorable et avec la pensée de jouer le second rôle dans cette grande émotion, Ebn Abêd s'embarqua à Sé ville avec une suite brillante de scheiks et de guerriers des plus nobles tribus d'Andalousie, et fit voile pour la côte la plus voisine du Maghreb. Il débarqua non loin de Tanger, et se porta aussitôt au devant de Youssouf, qu'il rencontra campé à l'entrée d'une plaine des dépendances de Tanger, au lieu appelé Belilla, à environ trois journées de Ceuta. El 3Iotamed parvint avec son escorte jusqu'à l'entrée de la tente du souverain des Morabits. Là les gardes l'arrêtèrent. « Allez dire à l'émir des Musulmans, répondit-il, qu'Ebn Abêd est à sa porte2. » Youssouf lui fit le plus aimable accueil; ils causèrent de l'état de l'Espagne. Ebn Abêd lui peignit de couleurs plus sombres encore qu'il ne l'avait fait dans ses lettres l'état désespéré des choses en

1 Marocco é ciltà grandissima, délie maggiori kdel mondo, e délie pia nobili di Africa. È posta in una grandissima pianura, lonlana da Allante quasi quatordicl miglia. Fa edificata da Giuseppe figliolo di Teafln re del popolo di Lontuna, nel tempo che egli entré con la sua gente in quella regione e foccela per seggio e residenza del suo regno acanto il passo di Agraet, il quale ira passa Allante, e va al diserto, dove sono le babilationi del delto popolo (Leone Africa no, dcU1 Africa u* parle, p. 17).

2 Proprement à la portière de sa tente.

HISTOIRE D'ESPAGPfE.

Andalousie, en présence du terrible ascendant qu'avait pris Alfonse depuis qu'il était maître de Tolède. Le Satan chrétien venait tout juste (la nouvelle en était arrivée d'hier en Andalousie) d'asseoir son camp devant Saragosse, en jurant qu'il n'en décamperait point qu'il n'y fût entré, ou que la mort interviendrait entre lui et sa volonté. En vain le roi arabe qui y commandait, Ahmed Abou Djafar £1 Mostaïn ben Uoud, lui avait offert, pour qu'il s'éloignât, de lui payer le tribut du zécat et de l'alhodéira ; Alfonse avait répondu qu'il ne lui imposerait ni zécat ni alhodéïra, parce que tout, l'argent et la terre, lui appartenaient, et il avait fait investir et serrer la place de plus près1. Youssouf ben Taschfyn rassura Ebn Abéd, et l'engagea à retourner dans son pays. « Reprends le chemin de l'Andalousie, lui dit-il, et prends soin de tes affaires; car je vais m'y rendre sur tes pas, s'il plait à Dieu tout-puissant. Je serai votre général, et nous vaincrons. Je te suivrai de près*. » Ebn Abéd revint à Séville, et Youssouf entra dans Ceuta. Il y mit la paix et l'ordre; il en rétablit les affaires et les navires, et disposa tout ce qui était nécessaire pour le passage. Il y fut joint successivement par les troupes et les armées qu'il avait convoquées à la guerre sainte.il vint de nour velles nations le trouver, et des tribus et des familles tout entières arrivèrent à lui du Sabra, des pays méridionaux de l'Afrique, du pays de Zàb, du Maghreb el Awsat et de l'Ifrikya. Il fit préparer les vaisseaux, passa la revue de ses troupes, dont les tentes et les camps couvraient an loin la campagne jusque vers Tetouan et Tanger. Il commença à faire transporter les troupes en Espagne, et en quelques jours la multitude qui passa fut telle, que le créateur seul put la compter.

Cette multitude infinie débarqua dans l'IIe-Verte, et campa sur ses rivages. Elle se répandit ensuite sur les rivages occi-

' Ebn Abd el H.iiim. f. i«, p. Dtf, 2 lbld., L c.

Page 1