‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 224 sur 282 · CHAPITRE VINGT-SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SIXIEME

dentaux de la baie de Gibraltar. Quand toute l'armée eut ainsi traversé le détroit, et que les différons corps de guerriers pour la religion eurent planté leurs tentes dans les campagnes qu'arrosent le Guadalmesi et le rio de la Miel, dont les eaux suffisaient à peine à les abreuver, Youssouf ben Taschfyn, accompagne' d'Ibrahim son fils, passa loi -même le dernier, à la tête d'un corps composé des généraux et des grands capitaines d'entre les Morabits, des pins braves et des plus vertueux de leurs officiers1. Au moment du départ, dès qu'il fut entré dans son navire et s'y fut placé, il éleva ses mains vers le ciel, invoqua le Dieu très haut, et dit dans sa prière : « Mon Dieu, si ce passage que j'entreprends doit être pour le bien des Musulmans, toi, Seigneur, qui le sais, apaise et tranquillise cette mer; mais s'il ne doit point leur être utile, rends-la orageuse et soulève-la de manière à ce qu'elle empêche ma traversée. » Au même instant Dieu apaisa la mer qui, peu auparavant grosse etjhouleuse, devint calme et tranquille, de telle sorte que son vaisseau atteignit en peu dinstans le bord opposé3. La traversée fut en effet la plus courte possible, puisque, s'étant embarqué à Ceuta vers midi, le jeudi 15 de rabi-el-awal 479 (30 juin 1086), il arriva assez à temps à Algésiras pour y faire la prière d'el-dohr, qu'il est prescrit de prononcer entre midi et une heure. Ebn Abêd l'y reçut à la tète de tous les

» Le Guadnlmesi et le rio de la Miel, dont il est question dans ce récit, «ont nommes dans El Édrls (ivra- climat, t'« part.), le premier Wad-el-Nassa ( la Vallée de» Femmes) et le second Nahr-el- Aasel ( la Rtviére-dn-Miel). Ce dernier nom est littéralement l'équivalent arabe du fluvias Mellis des anciens, dont les canx baignaient Mellnria, patrie de Poraponios Mêla, située, selon nous, & la place même où s'élève aujourd'hui Algesiras-la-Yieja, sur la rire droite du rio de la Miel.

2 Yabya, 1. c. — Bon Abd el Ualim dit plus simplement : - « Dés qu'il se fut embarqué et assis sur le pont dn navire, 11 leva ses mains vers le ciel, invoqua le saint nom de Dieu, et dit dans 6a prière : — « Mon Dieu, si ce voyage que j'entreprends doit être ulile nu bien des Musulmans, toi, Seigneur, qui le sais, facilite-moi le passage de cette mer ; sinon, rends-le si difficile que je ne puisso pat arriver à l'autre rivage. » Dieu lui facilita le passage, et son vais-, •eau atteignit dans le temps le plus ^îref le rivage opposé. »

rois et princes de l'Andalousie, joyeux de son arrivée1. Le yyaii de la place, Abou Khaled Kadi Ellah Yézid, fils cadet d'Ebn Abèd, lui en présenta les clefs, et le soir même Youssouf tint conseil avec les émirs, les caïds et les cadis d'Espagne au snjet de l'expédition. Pendant le temps que l'armée de Youssouf demeura campée là, elle restaura les murs de la ville, située en face de l'ile, sur le rivage voisin, dans les parties qui étaient ouvertes, releva quelques tours qui étaient abattues et ruinées, et creusa un fossé autour des murailles; on approvisionna la citadelle de Vile de vivres et de munitions pour un grand nombre de jours; et Youssouf y mit à demeure une garnison de troupes choisies parmi ses frères de la tribu de Lamtouna, en faveur desquels il l'érigea en fief militaire héréditaire, à la charge par eux de la garder à toujours en son nom et en celui de ses descendans. Ce fut là la première entrée de l'émir Youssouf en Espagne, des quatre qu'il y fit en sa vie, ainsi que nous le verrons par la suite. Ebn Abèd se rendit à Séville, afin d'y préparer des provisions et des présens pour les Morabits; et, après avoir mis ordre à toutes choses à Algésiras, Youssouf se mit en marche avec son armée vers Séville. Quelques-uns disent qu'Ebn Abèd rencontra Youssouf à peu de distance d' Algésiras, et qu'en arrivant devant lui, il lit mine de mettre pied à terre par politease, afin de lui baiser les mains; mais Youssouf ne le permit pas, s'avança pour le saluer, et se mit aussitôt à converser avec lui et à discourir spirituellement de toutes choses; ce qu'il fit chemin faisant jusqu'à Séville, s'infonnant de tout, de l'état des

I Casiri, d'après El Homaïdy, mentionne, outre Ebn Abèd, cinq de cet rois : — Quum Alphonsus rex, dit-il, urbe Toleto expuguala anno Egir» 478, Christi 1088, mense Moharrarao, pluritnii ^ictorlis elatus, Arabum reges veciigaies feclsael, Almolamcdus sibi metueni, Josephi ben Taschphini Africae régis opem per Hueras implorât. Eura inde advenienlera Ebn Abad Uelns corn cœteris Bispani.-c regibus Uispali excepit, quos inter. recensentur Badis ben Habus, Bei Gazon, Ben Zaïdun, Ben Alapblbas, Ben Zenon.

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