‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 225 sur 282 · CHAPITRE VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SIXIÈME

arts, des richesses du pays, du caractère et des qualités de chacun des émirs qui l'avaient appelé, etc. Par une prévoyance qu'Ebn Abèd avait conseillée, les chameaux de Youssouf portaient à l'avant-garde des barques et des bateaux plats pour passer les rivières qui se présenteraient sur son passage.L'arméc trouva partout sur sa route des tentes dressées et des vivres en abondance ; car tout avait été préparé par Ebn Abèd pour bien recevoir ses nouveaux alliés. La distribution des logemens et des parts se faisait avec le plus grand ordre, suivant le rang ou la noblesse de chacun; et Ebn Abèd, dans son ardent désir d'abaisser l'orgueil d'Alfonse, ne pouvait dissimuler sa joie à la vue de cette armée formidable , dont les Molatsamyns formaient la plus grande partie, troupe de l'aspect le plus étrange, à la chlamyde de peau d'antilope, aux longue&piques de fer sans haste de bois, à l'épée démesurée; et il tint dès lors pour certain que cette campagne contre Alfonse serait des plus heureuses. .

Le bruit de cette arrivée des Morabits vola au camp et à l'armée du roi Alfonse, qui était devant Saragosse, et il leva aussitôt le siège avec le projet de marcher à la rencontre du roi des Musulmans. Alfonse tint conseil avec ses généraux , et il appela à lui le roi des chrétiens Ebn Radmir (que Dieu maudisse!) et le Barbanis (il s'agit, je crois, de Bcrenger de Barcelone), dont le premier, à ce que nous apprend notre auteur, tenait assiégée Médina-Tartouscha ( Tortose), et le second courait le pays de Valence: ils vinrent tous les deux à son aide avec leurs troupes et se joignirent à lui. Il fit également appeler des troupes de la Djalykya , de la Kaschtélya et de Bayona , et il lui vint de toutes ces provinces une foule innombrable. Lorsque ces troupes d'infidèles se furent réunies avec celles du roi Alfonse et qu'il les eut à sa disposition , il assembla ses généraux et ses comtes , et l'on convint qu'il était à propos de marcher a la rencontre du

roi Youssouf ben Taschfyn et de l'armée des Morabits f .

L'armée des Musulmans avait été distribuée par Youssouf , dans un ordre qu'elle ne quitta plus de toute la campagne. Abou Souléiman Dawd ben Aïscha, l'un des plus braves cavaliers des Lamtounes, marchait devant lui à la tète de dix mille chevaux morabits ; en avant de tous marchaient les émirs andalous, Ebn Hammadah, saheb d'Almérie , Ebn Habous ben Badys, saheb de Grenade, Ebn Moslémah, saheb de Soghr-el-Aala ou de la frontière la plus avancée (à ce que je présume du côté du Portugal) , Ebn Dzy el Noun de Valence, Ebn el Afthas de Badajoz, et les walis Ebn Azoun, Ebn Ghadzoun et Ebn Zeïdoun. Youssouf voulut que tous ces émirs et seigneurs avec leurs Andalous formassent un seul corps d'armée sous le commandement d'Ebn Abéd de Séville. L'armée des Morabits formait une autre division distincte ; et ils marchaient de telle manière, que le lieu que quittait le matin Ebn Abôd était occupé le soir par Youssouf avec ses Morabite. Ils continuèrent ainsi leurs marches depuis Algésiras jusqu'à ce qu'ils arrivèrent à Medina-Arkouscha (Arcos), où ils s'arrêtèrent trois jours.

C'est de cette ville que Youssouf ben Taschfyn écrivit à Alfonse pour le sommer de payer tribut, ou de combattre, ou d'embrasser le mahométisme. Cette invitation orgueilleuse, mais de précepte dans la religion musulmane, souleva sa colère, et il chargea avec hauteur le messager porteur de l'arrogante sommation d'aller dire à l'émir son maître qu'il ne se fatiguât pas à marcher, qu'il allait le trouver».

Youssouf et ses Morabits arrivèrent cependant à Séville, où l'armée s'arrêta quelque temps, non-seulement pour se reposer , mais aussi afin de préparer tout ce qui était nécessaire pour la campagne. Les émirs d'Andalousie commandè-

1 Ebn Abd ei Utlio, p. 88 de l'original.

2 Ibid., p. 06.

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