‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 227 sur 282 · CHAPITRE VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SIXIÈME

faire à sa satisfaction. Il leur ordonna de l'amener en sa présence pour causer de cette affaire avec lui. Ils allèrent le chercher ; c'était le fakih Mohammed ben Issa, natif deMaghama. Ils lui dirent que le roi le faisait appeler et désirait le voir. Il leur demanda s'ils savaient pourquoi. Ils lui dirent ce qu'ils avaient compris à cet égard, et que le roi désirait qu'il lui expliquât son rêve. Le fakih leur dit : « A Dieu ne plaise que je foule le seuil d'un infidèle pour un tel motif. » Comme ils lui représentèrent l'énormité de ce refus, et combien il était peu convenable à l'égard d'un si puissant roi, le fakih leur dit : « Dieu est mon seigneur et mon appui, et dans ses mains est le mal comme le bien qui peut m'arriver. » Les cavaliers musulmans furent vivement contrariés de ce refus; ils l'excusèrent de leur mieux auprès du roi, en lui disant que c'était un homme humble et un fakih austère ; que ces gens- là ne se croient pas permis d'entrer dans les palais et maisons des grands, et comme c'est un scrupule de sa loi, de son humilité religieuse, il parait excusable. « Si donc votre Altesse le trouve bon, ajoutèrent-ils, nous-mêmes, avec votre royale permission, nous raconterons votre rêve au savant, et nous vous rapporterons l'explication qu'il nous en donnera, qui, nous l'espérons, sera la véritable. » Le roi se paya de leur dire, leur fit le récit de son rêve, et là -dessus ils retournèrent au fakih Mohammed ben Issa, de Maghama, lequel était en ce moment occupé à lire le Koran dans la mosquée qu'il habitait, et dont il était mokri. Ils lui dirent en détail la vision d'Alfonse, et le prièrent de la méditer, qu'il était important et grave pour eux de satisfaire au désir du roi. Le fakih, après quelque méditation, leur dit : « Allez au roi, et dites-lui que l'accomplissement de sa vision est prochain, et qu'elle signifie qu'il subira une complète déroute ; qu'il fuira avec un petit nombre des siens, et que la victoire restera aux Musulmans; que cette explication est tirée du Koran vénéré, où il est dit : « Ne voyez-vous point ce que fit

yotre Dieu h ceux de l'éléphant? Ne les a-t-il pas réduite an néant, et n'a-t-U pas renversé leurs odieux projets? N'a-i-il pas envoyé sur eux les oiseaux de Babil ? » — « Vous le savez, ajouta le fakih, ces paroles rappellent la déroute et la défaite du roi des Abyssins, Ibrahim, lorsqu'il s'éleva avec une poissante armée contre l'Arabie, voulant détruire la maison de Dieu Alharam, II venait monté sur un énorme éléphant, et Dieu envoya contre lui les oiseaux de Babil, qui, avec des pierres de feu ardent, détruisirent cette armée et renversèrent les vains projets du roi d'Éthiopie, changeant sa pompe et son orgueil en abaissement et en poussière. Quant au tambour que le roi dit avoir vu suspendu en l'air sans point d'appui, et que lui-même frappait , il signifie que le jour où l'on entendra le fracas des tambours et des trompettes sera un jour d'effroyable mêlée et de grand dommage pour les infidèles. » Les seigneurs rapportèrent fidèlement, quoique à regret, cette explication au roi, qui changea de couleur en l'écoutant, et leur dit : • Par Dieu, si votre fakiii me ment,

je le traiterai de manière à ce qu'il serve d'exemple •

Mais on raconte que lorsque le fakih apprit cette terrible menace du roi, il la méprisa et dit : « Ni le roi ni personne ne peut me faire de mal sans la volonté de Dieu l. »

Quoi qu'il en soit de ce récit, et malgré la prédiction sinistre du vieux fakih, Alfonse, lorsque les troupes qu'il avait appelées à lui furent .rassemblées à Tolède, leur annonça le but de l'expédition dans la revue qu'il en fit, et marcha vers l'Estramadoure à la rencontre de Youssouf et de l'armée musulmane.

Les préparatifs de la campagne avaient occupé Youssouf et les émirs andalous depuis le débarquement du premier à Algésiras , qui avait eu lieu, ainsi que nous l'avons vu, le 30 juin. On était vers le milieu d'octobre. Il n'avait pas fallu

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