CHAPITRE VEtGT-SIXlàME
moins de trois mois et demi pour mettre en mouvement d'aussi fortes masses que celles dont nous parlent les historiens. La foule des Berbers qui accompagnaient Youssouf était telle (on nous l'a dit déjà, et un auteur chrétien le confirme), que ni lui , leur roi f ni aueun autre homme n'en savait le nombre, connu de Dieu seul r. Ils couvraient la face de la terro à la manière des sauterelles, dit Boderich Ximénez». Alfonse avait, h ce qu'il semble, le diable s étant déclaré son adversaire, essuyé une défection à l'ouverture de la campagne : une panique avait saisi bon nombre des siens , et plusieurs milliers d'entre eux s'étaient enfuis, personne ne les poursuivant3. Son armée, toutefois, au dire d'un auteur arabe , se composait de quatre-vingt mille chevaux, dont quarante mille pesamment armés étaient couverts de fer, et les autres, en partie arabes, dont il y en avait trente 'mille à son service, étaient de cavalerie légère. Trente mille Musulmans et quarante mille juifs faisaient ainsi partie de cette armée, dont Ebn Abd el Halim porte le nombre des fantassins à deux cent mille. De môme il y avait dans l'armée musulmane divers corps de cavaliers ou de Mamelouks chrétiens, sans compter ceux qui, comme ce Garcie Ordonez dont il sera question plus loin, vendaient le service de leurs hommes aux infidèles contre leur propre patrie. Enfin, quelques chrétiens de l'Italie subalpine et beaucoup de Franks étaient venns à cette guerre, mus du même esprit qui plus tard entraîna l'Europe sur l'Asie, pendant que l'Espagne continuait la croisade commencée depuis tantôt quatre siècles dans son propre sein
1 Jucer BentaiaaGm, quera libi in regem aasumpaeranl, neenon ipae Jucef multa mi Ma Barbarorum transmarlnorum , Moabitarum , Arabumque secura tradaxerat, quorum numerum nec ipae, corum rex , née aliquta homo aelre noterai, niai aolus Dominua (Chr. Luait., p. 405).
2 Et otTusi gant super terras faciem ut locuste.
3 Diabolo àdversante timor magnus invaait plurimos noatrorum, et fugerunt ex eia multa millia, nullo peraequente (Chr. Lualt., 1. c.)-
4 Unanimiter convenerunt coin rege noatro Cbriitiani a partlbna Al-
Avec ces troupes Alfonse arriva sur la rive droite du Guadiana comme Youssouf venait d'asseoir son camp sur la rive gauche, à quatre lieues à l est de Badajoz, dans les bois et les plaines appelés de Zalaca.El Motamed,avec les autres princes andalous, s'avança et descendit de l'autre côté d'une montagne, de manière qué les deux grandes divisions de l'armée musulmane formaient deux camps séparés. Entre les deux corps d'armée et l'armée des chrétiens passait le fleuve de Bathalyousch. Les uns et les autres buvaient de son eau. I>e l'un à l'autre bord, les champions, prêts à en venir aux mains, s'observaient , et la partie caractéristique dn costume des Molatsamyns était surtout un objet d'étonnement pour le plus grand nombre des chrétiens d' Alfonse, pour qui ce costume était tout-à-fait nouveau1.
La croix brillait aux bannières de Castille et de Léon. Sur les drapeaux et les étendards de Youssouf étaient inscrits les fameux versets du Koran :
« Assurément nous t'avons accordé une victoire illustre. Dieu t'a pardonné tes péchés passés et présens, afin d'accomplir sa grâce sur toi, de te diriger dans la voie droite, et de t' aider de son puissant secours. C'est lui qui a fait descendre le repos et la tranquillité dans le cœur des fidèles, pour augmenter leur foi d'une foi nouvelle. A Dieu appartiennent les armées des cicux et de la terre5. »
Youssouf fit sommer pour, la seconde fois Alfonse ou d'abandonner la foi du Christ et de se faire Musulman, ou de lui
pes, multique Francorum in adjatoriam ei affineront ( Chr. Lotit., p. 403 ). — El Homaïdy donne nn chiffre moindre que le» antre* auteurs musulman* : Obvins illi ( lucephi ben Taschpbini), dit-il, fit AUbnsuf corn quadraginta equttum, et ceotnm peditom millions (ex supplemento Aihoraaidi, in Caairi).
1 Voyez ci-devant, p. 378.
2 Ces paroles composent le* versets 1, 2, S et 4 de la 40™* sourate dn Koran. Elles ligorent encore aujourd'hui sur les drapeanx et les étendard* des Musulmans, et ont conservé le privilège d'enflammer leur eoorage dans les combat*; Contre les infidèle*.