CHAPITRE VINGT-SIXIÈME
payer le tribut, et de se reconnaître son vassal. Dans la lettre qu'il loi écrivit à ce sujet, il lui disait : « J'ai appris, ô roi Alfonse, que tu désirais avoir des vaisseaux pour passer dans mes terres, à ma recherche. Or, tu vois que je t'ai épargné cette peine, et que je viens en personne te chercher sur les tiennes.Dieu nous a réunis sur ce champ afin que tu voies la fin de ta présomption et de ton envie. » Cette lettre ayant #é remise entre les mains d'Alfonse, le porteur racontait qu'après l'avoir lue, il la jeta à terre en courroux, et dit avec beaucoup de colère et [de hauteur au messager : « Va, et dis à ton émir qu'il ne se cache pas, que nous nous verrons dans la bataille. »
Trois jours entiers se passèrent ensuite, pendant lesquels ils ne cessèrent de s'envoyer des ambassades jusqu'à ce qu'ils s'accordèrent tous à donner la bataille le lundi 1 4 de redjeb 479. Bien que ce jour eût été choisi à la demande d'Alfonse, £1 Motamed craignit quelque piège, et il fit avertir Youssouf de se tenir prêt à tout événement, nonobstant ce qui avait été convenu, et disposé à combattre, parce que l'ennemi était coutumier d'embûches et de stratagèmes. Dans la nuit du jeudi 10 de redjeb au vendredi 1 1, £1 Motamed ben Abèd disposa ses troupes, rangea son armée en bataille et se prépara au combat, et il dépêcha, des espions, montés sur des chevaux légers, pour surveiller les mouvemens de l' ennemi, et lui en donner avis. Les choses demeurèrent en cet état jusqu'au point du jour du vendredi. Pendant qu'£l Motamed faisait la dernière prosternation de la prière de l'aube, et qu'il commençait l'oraison, arrivèrent les cavaliers qui observaient l'ennemi, en grande hâte, et l'un d'eux lui dit: « Mouley, l'ennemi commence à s'ébranler contre les Musulmans avec une multitude innombrable pareille à d'épaisses nuées de sauterelles. « Il envoya aussitôt cet avis à Youssouf, et l'on raconte que dans ce moment Ebn Abéd consulta un astrologue à lui, lequel, après avoir tracé ses figures, lui dit : « Mouley ,
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ce jour sera très funeste si les Musulmans vont à la bataille. > Ebn Abcd ne voulut point dire cela à l'émir des Musulmans non plus qu'aux autres émirs, afin de ne pas les effrayer, et aussi un peu, dit l'écrivain Moghrebyn, pour ne pas leur paraître un esprit timide et superstitieux, ajoutant foi aux prédictions astrologiques. Il envoya seulement donner avis de la marche des ennemis, qui « s'avançaient semblables à d'épaisses nuées de sauterelles, » à Youssouf ben Taschfyn, qu'il trouva préparé à combattre, ayant disposé ses escadrons tout le long de la nuit. Personne n'avait dormi cette nuit-là au camp de Yousouf. L'émir des Musulmans envoya sou victorieux général Dawd ben Aïscha avec un corps de volontaires des principaux d'entre les Morabits et des plus heureux, pour ouvrir l'attaque. Dawd fils d'Aïscha n'avait point son pareil dans toute l'année des Morabits en résolution et en courage, et il se mit en mouvement avec ses braves cavaliers. L'ennemi de Dieu , le tyran Alfonse avait partagé son armée en deux corps; ses plus vaillans éclaireurs s'avancèrent d'abord et engagèrent une escarmouche avec ceux d'Ebn Aïscha, qui ne furent pas heureux et se retirèrent battus. Les uns et les autres étant retournés à leurs almahallas et dans leurs lignes, peu d'heures après on commença à entendre de nouveaux cris , un fracas de voix et de trompettes , et l'émir de Sévillc ordonna à son astrologue de faire une nouvelle observation ; il trouva que la conjonction des astres était en ce moment-là très favorable et promettait une glorieuse victoire aux Musulmans. Comme Ebn AbOd était excellent poète , il envoya aussitôt cet avis à l'émir Youssouf en quatre vers :
« La colère de Dieu, à la nation chrétienne envoie par ton épéc le
» carnage et la mort ; » Le ciel annonce le destin de la victoire et un jour heureux pour les
* Musulmans. »
Youssouf, qui avait été fort attristé par l'issue de l'escar-