‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 231 sur 282 · CHAPITRE VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SIXIÈME

infidèles. Le prix du martyre sera le paradis et les rémunérations éternelles, et le prix du vainqueur la gloire et les dépouilles de l'ennemi. » Enflammés à la voix de leur général, les Musulmans combattirent en cette journée en gens qui recherchent principalement le martyre, et Dieu leur en accorda le prix et les récompenses.

£1 Motamed et ceux de sa troupe qui avaient tenu ferme avec lui, n'ayant pas connaissance de ce qui se passait, désespéraient cependant de leur salut. Lorsqu'ils aperçurent les chrétiens qui fuyaient ayant leurs lances renversées, le courage leur revint, et £1 Motamed dit à ses amis : « Allons, amis, à eux, chargeons les ennemis de Dieu. » Ils pressèrent les chrétiens avec une nouvelle ardeur, et, réunis, sous les ordres de Syr ben Abou Bekr, aux tribus arabes et à celles de Zénètah, de Mossamédah et de Ghomerah qui les suivaient, ils renouvelèrent le combat et achevèrent la déroute des divisions chrétiennes.Gependant,jceux des Musulmans qui avaient fui revinrent à Badajoz sitôt qu'ils apprirent que l'émir des Musulmans Youssouf ben Taschfyn avait l'avantage; et les soldats les uns après les autres , les escadrons et les bataillons se réunirent à leurs corps et reprirent leurs rangs. Le massacre des troupes d'Alfonse fut général ; on continua de les pousser et de tuer ses soldats jusqu'au coucher du soleil. Lorsqu' Alfonse-le-Maudit vit que la nuit approchait et que la plupart de ses soldats avaient été tués, il prit la fuite par un chemin détourné, accompagné seulement de cinq cents cavaliers. Il fut poursuivi le sabre à la main par les Morabits, qui tuaient ses compaguons à chaque défilé des montagnes, et à chaque plaine, les piquant comme font les pigeons des grains qui s'offrent dispersés devant eux sur la terre, jusqu'à ce que la nuit vint interposer entre eux son obscurité. Mohammed ben Abd el Azyz, qui était de la maison d'Ebn Abéd, dit qu'un nègre, esclave de l'émir, frappa de sa gambea Alfonse à la cuisse, et que le roi s'écria : « Il m'a blessé avec une v. 30

faucille 1 . » Les Musulmans veillèrent toute la nuit sans descendre de cheval, tuant ceux qui résistaient encore, garrottant les captifs, rassemblant le butin et rendant grâces à Dieu de leur victoire jusques au matin qu'ils firent la prière de l'aube sur le champ de bataille même, au milieu des morts. Cette grande défaite des ennemis de Dieu, dans laquelle furent tués les rois infidèles , leurs assistans, leurs défenseurs et les plus braves de leurs capitaines et de leurs princes, est comptée entre les plus glorieuses de l'Islamisme de toutes les époques et de tous les temps. 11 n'en échappa que le maudit Alfonse, blessé assez grièvement au genou, avec une petite troupe d'environ cinq cents maîtres, si couverts de blessures qu'il en * mourut qnatre cents en chemin, avant qu'il fût arrivé à Tolède, où il rentra avec cent maîtres au plus des plus braves de ses capitaines. Cette bienheureuse gasvr at eut lieu le vendredi 12 du mois de redjeb 479 (23 octobre 1086). Il y eut environ trois mille hommes de tués dans l'armée musulmane de ceux qui , dit notre historien , ayant reçu les bienfaits de Dieu dans les temps précédens de leur vie, reçurent à la lin les récompenses de la foi et du martyre». L'émir des Musulmans, Youssouf , ordonna qu'on coupât la tète des chrétiens tués dans la bataille; ce qui fut exécuté non sans travail, vu le nombre considérable des morts. 11 les fit amonceler en sa présence, en forme de pyramides. Le fakih Abou Yahya raconte qu'il entendit dire à beaucoup de Musulmans qui se trouvèrent présens à la bataille, que l'on ramassa tant de tètes de chrétiens morts, qu'étant amoncelées autour de la plus longue lance qu'il y eût au camp, fichée en terre, elles la couvraient et s'élevaient au-dessus. Abou Merwan, qui se trouvait à la bataille, écrit aussi [que les tètes ayant été comptées par curiosité devaut Ebn Abèd, on en compta jus-

« Mohammed ben Abd el Azyz, idm. arabe tic l tscarial, I. c. 2 Ebn Abd el H ail m, p. 09.

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