CHAPITRE VIÎÏGT-SI\1£ME
qu'à vingt mille. Mais, suivant Ebn Abd el Halim, leur nombre s'éleva si hant que Youssouf put en envoyer dix mille à Séville, autant à Cordoue, autant à Valence, autant à Sara- £osse cl autant à Murcie, sans compter quarante mille qui furent partagées aux villes de la cote africaine, afin que les peuples, à ce signe irrécusable de victoire, rendissent grâces à* Dieu de l'insigne bienfait dont il avait favorisé les fidèles. On assure, ajoute-t-il, que le nombre des chrétiens de Tannée d'Alfonse était de quatre-vingt mille chevaux et de deux eent mille hommes de pied , qui furent tous tués ; il n'en échappa qu'Alfonse avec cent maîtres. Par là, continue Ebn Abd el Halim, Dieu abaissa la religion infidèle en Espagne, et la renversa dans la poussière, si bien qu'elle fut sans support et sans défenseurs pendant environ soixante ans. Youssouf ben Taschfyn fut salué, sur le champ de bataille même, du titre inusité d'émir des émirs d'Espagne (Amir el Amra el Àndalous)*. Il écrivit et envoya la relation de sa victoire au meschouar du Maghreb et à Témim ben el Moezz son petit-fils, saheb de Mahadya. L'heureuse nouvelle se répandit dans tous les pays musulmans, et l'on en fit des réjouissances publiques dans toutes les parties de l'Ifrikya et de l'Andalous soumises aux Morabits. Le triomphe de Youssouf excita l'enthousiasme et fut célébré comme un bienfait ineffable de la toute puissance et de la toute bonté de Dieu envers son peuple. Partout les fidèles distribuèrent des aumùnes, en actions de grâces, et brisèrent les fers des captifs. Pour les Musulmans de cette époque, la meilleure manière de témoigner leur reconnaissance à Dieu était de mettre leurs esclaves en liberté. Voici quelques passages de la lettre que l'émir des
* Hos ille sibi comités adjungens , castra prope urbem Badajoa melari jussit. Obyius illi ût Alphonsus cum quadraginta oquilum, et centum peditom millibus. Magots ulrinqae animis die ac noclc pugnalum est. Alphonse» tandem viclo fugaioque, Josepbos Uispaniarnm saluiatur imperator (Ex supplément* Alno-
maidi).
Musulmans Youssouf ben Taschfyn écrivit en cette occasion à la côte maritime d'El Adwah et au meschouarde Marok :
Après les louanges ordinaires au Dieu très haut, défenseur des peuples, protecteur de la loi qu'il lui plut de leur donner, et la prière et le salut à notre seigneur Mahomet, le plus excellent de ses envoyés, et la plus distinguée de ses créatures,
11 leur disait : « Lorsque nous nous approchâmes du tyran notre ennemi (que Dieu le maudisse!), et que nous nous fûmes arrêtés en sa présence, nous lui fîmes déclarer l'invitation1, et nous lui donnâmes le choix d'embrasser la religion musulmane ou de payer le tribut, ou de combattre. Il choisit le parti de combattre ; en sorte que nous nous donnâmes parole l'un à l'autre de livrer bataille le lundi 15 de redjeb, le roi chrétien disant que le vendredi était la fête des Musulmans, le samedi celle des juifs , dont il y avait un grand nombre dans son armée , et le dimanche le jour férié des chrétiens. Nous nous séparâmes sur cela. Mais le Maudit agit contrairement à ce dont nous étions convenus. Nous fûmes informés que ces chrétiens étaient des trompeurs et des infracteurs des accords jurés. C'est pourquoi nous fîmes les préparatifs du combat, et postâmes sur eux des espions pour nous avertir de leurs mouvemens. En effet, dès lajpointe du jour du vendredi
12 de redjeb, on nous vint annoncer que l'ennemi, à la tète de ses troupes, s'avançait sur les Musulmans ; mais ceux-ci étaient prêts. Aussitôt les' plus braves croyans poussèrent leurs chevaux avec un zèle pieux de religion, allèrent fondre sur lui avant qu'il pût fondre sur eux, et l'attaquèrent avant que d'en être attaqués. Les troupes des Musulmans s'élancèrent sur les siennes comme s'élance l'aigle sur sa proie, et les assaillirent comme assaillit le lion le gibier qu'il vent dévorer. Nous parcourûmes avec notre étendard toujours
i C'est ainsi que les Musulmans appellent la sommation de faire Pane des trois choses exprimées ci-dessus par Fauteur.