CHAPITRE VINGT- SIXIÈME
d'eux, qui avait assisté à la bataille, Ebu el Lébanat, commence la relation en vers qu'il donne de cette grande journée par les mots suivans : « Le jour qu'arriva cette tragédie, semblable au jour du jugement, était celui où se célèbrent les fêtes mekkanes ; j'y fus présent, et il est de ma compétence de vous en faire le récit...» Un autre poète, Ëbn Djamoun, s'écrie : « Ils durent, certes, reconnaître en ce jour, les chrétiens, à la vue du carnage et de la destruction que nous fîmes des leurs, que le vendredi est le jour sacré et le jour heureux des Arabes1.» EbnAbd el Halim constate de nouveau ici, et d'un tonde tristesse remarquable, qu'aucun des princes arabès andalous qui assistèrent à la journée de Zalaka ne fit d'actions dignes de louanges, ni ne se distingua même par une ' bravoure commune, hormis Ebn Abêd et le corps de troupes qu'il commandait, avec lequel il lit des prodiges de valeur et soutint la plus rude des épreuves, dont il sortit blessé de six blessures. Lui-même disait à ce sujet, dans une lettre en vers qu'il écrivit peu de temps après à un de ses enfans nommé Abou Hescham : — « Les grands couteaux m'ont haché en pièces; mais Dieu m'a donné la force de ne point fléchir au terrible assaut des épées.Ton image chérie elle-même, qui s'est vivement présentée à mon esprit dans la bataille, a vainement sollicité ma faiblesse de père : Dieu m'a fortifié contre ton souvenir, et j'ai fait mon devoir jusqu'au bout dans le droit chemin du Seigneur2. » Le jour même de la bataille, vers le coucher du soleil, pendant que Youssouf et les Morabits poursuivaient les chrétiens fugitifs,1 Ebn Abêd, obligé de garder la tente à cause de ses blessures, demanda un papier- de la largeur de deux travers de doigt, et y lit écrire, sous sa dictée, par un de ses secrétaires, pour son fils Raschid qui était à Séville, le peu de mots suivans, constatant l'issue de la bataille : — > « A mon fils Raschid (que Dieu veuille le combler de sa
t Ebn Abd el Halim, p. 100.
I Ibld., 1. c.
grâce!). Les armées musulmanes se sont rencontrées avec le superbe Alfoose,et Dieu a donné la victoire aux Musulmans, et a battu par leurs mains les infidèles. Grâces en soient rendues à Dieu, soutien et maître de toutes choses! » 11 fit puer et attacher ce papier sous l'aile d'un pigeon qu'il avait emporté avep lui de Séville dans ce but, et qui fut le messager rapide de l'heureuse nouvelle. On était, à Séville, dans l'anxiété et l'attente, et fort inquiet du sort des troupes musulmanes, quand on vit arriver le pigeon au palais d'Ebn Abéd ; on le prit et on lui ôta le billet qu'il avait" sous l'aile, et qui fut la le même jour au peuple assemblé dans la grande mosquée1. Toute la ville fut remplie d'allégresse, et l'on commença le soir même à faire de grandes réjouissances, et à rendre grâces à Dieu. Peu de jours après arrivèrent des relations plus étendues. Ebn Abêd écrivit lui-même à Séville ; Motawakel ben El Afthas,El Modhaffer Abdallah, saheb de Grenade, et les autres émirs, envoyèrent également chacun aux siens des dépêches et relations circonstanciées de la victoire, qui fut bientôt connue dans tous les pays musulmans.
La lettre d'Ebn Abed portait : « Lonange à Dieu : le douzième jour de radjeb de l'année 479 étant arrivé, Dieu a manifesté un décret de sa volonté éternelle, écrit en brillans caractères de feu sur la table des destins. Ce décret nous a ouvert les portes de l'anxiété et des tribulations, pour nous faire entrer dans une fortune et une félicité nouvelles. Le Miséricordieux, le Libéral, le Saint, celui qui est touché de la contrition, celui qui pardonne les péchés, nous a accordé de
< Yahya, mss. arab.de l'Esc, c. 18. — Ce fait prouve que rinyeotlon de la poste aux pigeon» (yoy. l'Art de vérifier les dates, p. 481), généralement attribuée au célèbre Nour-ed-Dyn, sultan d'Alep et de Damas, au commencement du siècle suivant, était connue ayant loi. Voir sur celte singulière institution ta Colombe ménagère plus rapide que V éclair y plut prompte ew la nmc , par Micta. Sabbagh, trad. de l'arabe, par M. Silvestre de Sacy ; Aboulféda, trad. par Reiske, t. in, p. 648 et 76», et t. it, p. 388 et m , et Volaey, Vouage en Syrie et en Ègypte, 5« édit., 1. 1, p. 271 et sulr.