‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 236 sur 282 · CHAPITRE VCSGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VCSGT-SIXIÈME

ttoderich Ximénez lui-même est fort bref là-dessus, et se borne presque à dire que les deux armées en étant venues aux mains dans un lieu, nommé Sacralia, il périt dans la bataille un si grand nombre de chrétiens que le souvenir en vivait encore de son temps. Ainsi, ajoute-t-il, fut mis en fuite le roi Alfonse, que tant de victoires couronnèrent1. On lit toutefois dans la Chronique Lusitane un récit plus circonstancié, et qui jette un plus grand jour sur quelques-uns des incidens de cette rencontre formidable.

« Dans Tore 1 124, dit cette chronique, le roi don Alfonse eut une grande guerre avec le roi des Sarrasins d'outre-mer à la vue de Badajoz, au lieu dit Sagalias, où unanimement se rendirent avec notre roi les chrétiens des contrées dos Alpes, et beaucoup de Franks qui s'y portèrent à son aide. Mais, par une inspiration du diable, une grande terreur saisit plusieurs des nôtres et plusieurs milliers d'entr'eux s'enfuirent sans que personne les poursuivit. Le roi cependant , non instruit de cette défection, commença la guerre avec confiance. Dans le combat auquel prirent part en armes tous les Sarrasins de toute l'Espagne , Youssouf ben Taschfyn , qu'ils s'étaient donné pour roi, menait avec lui des milliers et des milliers de barbares d'Outre-mer, Morabits et Arabes, dont ni lui, leur roi, ni aucun autre homme ne savait le nombre, connu de Dieu seul. Le roi don Alfonse, avec ceux qui étaient restés près de lui, combattit contre les Sarrasins jusqnes à la nuit. Aucun des ennemis ne voulait soutenir la présence de ses attaques; mais s'étant enfermés dans leur camp fortifié les Sarrasins tuaient la multitude des chrétiens. Cependant le roi envahit le retranchement et le camp des Sarrasins et, les tuant et les dispersant, les chassa de l'un et de l'autre, jusquVce qu'il

i Demum "cessit populos Christianuf, el licet roulti do Arabibus pe-

riisicnt, tôt et tanti de Cbrlsticolis perierant, qnod illios bclli strageg, et memoria, quasi in provorbium adhuc estant. Fugalua itaqoe rex AldefoDfiUS,qaera lot Yictori®l<:oronaveninl (Rod. Tolet.,de rob. Ubp., 1. vu, c'SS).]

parvint au lieu où le roi Joseph avait planté sa tente, entourée d'un fossé circulaire (d'une grande ligne de circonvallation). Tandis que le roi combattait fortement pour y pénétrer (l'enlever), un des siens, accourant à lui, lui dit : Tu sauras, seigneur mon roi, que, tandis que tu combats ici, les Sarrasins ont envahi ton camp par surprise. Ce qu'ayant entendu, et après avoir pris conseil des siens, le roi laissa là le roi des Maures, et s'éloigna de sa tente. Il marcha en toute hâte avec les siens sur les Sarrasins qui pillaient son camp et les en expulsa. Là cependant succombèrent beaucoup de chrétiens ; ceux qui tinrent ferme se réunirent auprès du roi. Celui-ci était blessé d'un coup de lance, et comme la soif le tourmentait par trop, à cause du flux de sang qui sortait de sa plaie, les siens lui donnèrent à boire du vin au lieu d'eau, parce qu'ils ne trouvèrent pas d'eau sous leur main ; par suite de quoi il tomba en syncope, et s'en revint à Coria avec ceux qui étaient restés près de lui, tandis que les Sarrasins s'en retournaient aussi de leur côté chacun dans ses foyers *. •

1 JEr& 1124 rex Donnes Alfonsus magnam prsslium habait cam rege Sarraconoram Jucef Bcntaliafim irantmarino ad faciem civitalif Badajoa, in loco qui dicitur Sagalias (Sacralias alii scribunt), nbi unanimiter convenerunt cutn rege nostro Christian! à pariibos Alpes, maltiqne Francornm in adjoiorium ei affoerunt, sed Diabolo ad versante timor magnns investi plnrimos aostroram, ol fageranl ex eis moka millia, nullo eos perseqoente. Rex vert fug« eorum ioseiue confidenter ingressus est prxlium, in quo aderantomnes Sarraceni lolins Hispaniaî armati. Jucef Bentaisafim, qaem sibi in regem assumpserant nec non ipse Jucef mnlta millia Barbaroram transmarinorum, Moabitarum, Arabumque secura tradnxerat, quorum nuraernm nec ipse, eorum rex, nec aliquu homo acire poterat, nisi solus Dominus. Pugnavit itaque rex Donna* Alfonsus et qui remanserant cum eo ad versos Sarracenos uaque ad noctem, nullus intmieorum sustinere valebai ejus prœsentem incursionem, aed se concludentes Sarraceni, interOciebant Cbristlanorum mullitudinem. In tantum Ter6 rex Castellum Sarraceuornm et acies invasit, et inlerBciendo eos, et dispergendo expuUit hoc et illuc, quousque pervenit ad locum ubi régis Juceph tentorium fixumerat, atque per eirenitum magna valle vallatum, quem rex dum acriler expngnarel, et fortlter invadens insisteret, quidam suorum veniens hoc ei nundaTil : KoYeria, Domine ml rex , quoniam intérim dum tu hic pognas, Sarracenorum inaidic tua ioTadunt castra. Quo audito, et a suis consilio accepto, rex regem Maurom reliquil, et ab ejus tentorio disce&sit. Feslinus ergo cum suit qui secum aderant, ad Sarracenos, qui castra sua • inTaueranl/accesaU, multosquc ex eis Interfecit,

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Une chose étonne surtout dans le récit d'Ebn Àbd el Halim; c'est la mention de ces juifs dont le roi chrétien dit qu'il y avait un grand nombre dans son armée ; quarante mille, suivant l'historien Yahya, prirent part à la bataille de Zalaka, tous revêtus d'un costume particulier, de la longue robe des lévites, et du turban jaune et noir 1 . Le nombre des juifs était considérable en Espagne à l'époque dont il s'agit, et un acte de ce même Âlfonse, postérieur de quelques années, témoigne assez bien de l'état des Hébreux sous ce règne. C'est pourquoi j'en donnerai ici la traduction*.

Charte entre Us chrétiens et les juifs, au sujet de leurs fuerosï

Au nom de la sainte et indivisible Trinité, du père, du lils et du Saint-Esprit, un, vrai, triple en personnes, et de la même nature que celui qui règne dans les siècles des siècles ; moi , Alfonse, maître et empereur de toute l'Espagne, à vous, sérénissime pontife de l'église de Léon, qu'on nomme Pierre, et à vous aussi, honorable comte Martin Flainiz; à vous tous pareillement, grands et petits, établis sur le territoire de Léon, saint en Jésus-Christ.

Il a plu à la grandeur de ma gloire de vous faire connaître à vous tous, susnommés, tant grands que petits (ou villains) de ce royaume, le présent écrit, comme je le fais et confirme par acte, afin qu'en aucun temps aucun juif ne puisse l'infirmer à l'égard d'aucun chrétien pour aucun motif ; mais au

tl à ctftfis fortiter expuUit. Ibi qaidem malti corraerant christiaoonun j qui reraanseranl, congregali sont ad regem. Rex autem plagalus lancea cujo Dimiam silirel propier fluxum sanguinis decurrentis à plaga, vice aquae propinavarunl el Yinam, qola aqaam non invener'ant, onde syncopem paaaus, cura his qui aecum aderanl, reyersus est Cauriam, barraceni quoque roterai annl onuaquiaque ad ana loca (Cbr. LuaiU, p. 408 et seq.). I Yahya, mas. arabe de l'Bac, c. 19.

3 Yid. lnal ruinent a ad tomum x\\y Hispamte Sacras spectanlio, append. i. JJdefonfaa vi,loliua Uiapania: imperalor, conaiiiuit nonnanidicendi Hlea faabilaa Inler Cbrialianoa et Jndaoa in terrilorio Legionensi commorantea . Unie inairamento prsefigttor tttalna Kharta inler Cbriitianoa et Judaaos de Foroa Morom,

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