CHAPITRE VmGT-SEPTEÈME
lontiers offert leurs maisoas, mais aucun ne l'osa, tant on craignait la colère du roi Alfonse. Avant la venue de la nuit, il était arrivé de sa part, à Burgos, uu messager avec une lettre fortement scellée, portant défense expresse à tous de donner asile à mon Cid Ruy Diaz, sous peine de perdre les biens, les yeux, et même la vie. Tous les chrétiens en eurent une grande douleur; mais ils se cachèrent de mon Çid, n'osant lui rien dire. »
Antérieurement» mon Cid avait été mentionné, envisagé de la sorte par son côté poétique, dans une relation du siège d'Alméria presque contemporaine, écrite en vers léonins, et dans un latin qui n'est déjà plus du latin et n'est pas encore du castillan. A divers titres, la citation textuelle de cette mention mérite de trouver place ici.
Ipsc Rodericus raio Cid semper vocatus,
De quo cantatur, quod ab hoslibus haud superatur,
Oui domuit Maures, comités doniuit quoque nosiros,
Hune extollebat, se laude minore fercbnt,
Sed fateor virum, quod tollet nulla dierum,
Mio Cid primus fuit, Alvarusque secunduç.
Morte Rodcrici Valcntia plangit amici
Ncc valuit Christi famulus co plus retincri, etc.
Mais tout cela n'a guère d'importance historique, au moins relativement au personnage qui nous occupe. La seule que nous y voyious est que, puisque Rodericus était toujours appelé {semper vocalus) mio Cid, au temps et avant le temps où fut écrite la relation en vers du siège d'Alméria, c'est-àdire dans la première moitié du douzième siècle, on peut fixer à l'époque même d'Alfonsc VI l'adoption, dans toutes les classes à peu près de la nation espagnole, d'un langage fort semblable à celui dont le fragment du poème du Cid cité plus haut peut servir d'échantillon. Dans tout le onzième siècle, avec plus de mélange de latin et d'arabe, et en
tenant compte de la différence qui distingue la prose des vers, ce dut être là, à peu près, la langue parlée par une partie au moins des contemporains d'Àlfonsc YI et du Cid , et, selon toute apparence, par les Castillans les premiers. Le latin continua, jusqu'à Alfonse X, à être, comme auparavant, la langue officielle, la langue des chroniqueurs, des évèques et des moines, la langne de tons les officiers publics. Mais à côté de cela, il y avait la langue usuelle, la langue du peuple ; en sorte que le même individu s'appelait Sanctius dans les actes écrits, et Sancho dans le parler vulgaire. Le Petrus du couvent ou de l'étude du scribanus était Pedro à la campagne. Cela se passait ainsi en Catalogne depuis le neuvième siècle. Le Catalan, né sous les mêmes influences que la langue romane parlée communément dans les Gaules sous les fils de Louis -le -Débonnaire, n'était, proprement, qu'un dialecte légèrement mêlé d'arabe et frère jumeau du roman, dont Nithard nous a conservé un si précieux document dans le serment de confédération juré par Louis II à Charles-le-Chauve, son frère. « Pro don amur, et » pro Christian poblo, et nostro commun salvament, dist » di in avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si » salvareio cist meon fradre Karlo et in adjudha et iu » cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradre salvar » dist, in o quid il mi altre si fazet ; et ab Ludher nul plaid » numquam prindrai, qui meon vol cist meon fradre Karlo in » damno sit x. » Ce serment est de l'an 842, et l'on y découvre les rudes et obscurs commencemens d'un langage qui fut dans la suite cultivé avec tant de talent et de charme par les poètes catalans et provençaux; langage qui, dès l'époque dont nous parlons, était certainement la langue usuelle da peuple dans les domaines des comtes de Barcelone et parmi les chrétiens du royaume arabe de Valence, bien qu'il n'ap-
I Nitbardi Hist., ). m, ad ann. 842.