CHAPITRE VINGT-SEPTIEME
fameux Cid aucune notice qui soit certaine on fondée, et qui mérite d'occuper une place dans les mémoires de notre nation. J'ai dit quelque chose de lui dans mon histoire de l'Espagne arabe, parce que, sur les points généralement accueillis par nos plus respectables historiens, je n'osai pas, alors, quelque nombreux que fussent mes doutes, me séparer de l'opinion de tous ; mais, ayant à cette heure examiné la matière dans toutes ses difficultés, j'estime devoir me rétracter même du peu que j'en ai dit, et confesser, avec ma sincérité habituelle, que de Rodrigue Diaz le Campeador (et il y a d'autres Castillans qui ont porté les mêmes nom et surnom), nous ne savons absolument rien avec probabilité, pas même sa simple existence x. «
Cette existence, toutefois, ressort assez pleinement à nos yeux du témoignage combiné des Arabes et des chrétiens, témoignage corroboré d'ailleurs par la vivace tradition populaire sur laquelle ont été bâtis plus tard le poème et le roman du Cid2. Quel était cependant ce personnage sur lequel on a si peu de données positives, et dont l'histoire est comme une rumeur? C'est ce qu'il nous reste à examiner.
Un écrivain distingué, auteur d'une vie du Cid (Quintana 3), au milieu de beaucoup d'erreurs communes empruntées
1 Résulta por conseqiienein légitima, que no tenemos del famoso Cid ni una sola noticia, que sea segura 6 f un dada, 6 merezra lngar en las memorias de nuestra nacion. Alguuas cosas dixé de él en mi bistoria de la Espafta arabe, porque, en los puntos generalmente bien recibidos por nuestros mas respotables historiadores, no me alrevi entonces h separarme de lodos, u pesar do mis mur I; as dudas : pero, babiendo ahora examido la malcria tan prolixamcnle, ju/go deberrae retractar aun de lo poco quedixè, y confessar con la debida ingenuidad, que de Rodrigo Diaz el Campeador (pues hubô otros Castellanos con el mismo nombre y appellido) nada absolutamente sabemos con probabilidad, ni aun su mismo ser ô cxlstencia (Masdeu, Refutacion cri tira de la llisloria leonesa del Cid, p. 370).
2 Voyez Conde, Casiri, etc.
3 La principale erreur de Quinlana, dam sa vie du Cid, porte sur ce'point,
à l'histoire courante de ce personnage, exprime assez bien, selon nous, les causes de l'élévation du soldat castillan après sa brouillerie avec Alfonsc. Elles naissaient toutes de la situation même de la société espagnole à cette époque, et de l'état d'anarchie et de tiraillement féodal où elle s'agitait : dans un pareil état de choses, il est facile, en effet, d'imaginer, malgré l'obscurité des temps et les contradictions des écrivains, quelle fut la destinée du Cid après son exil. Quand un payg est partagé en petits états, ennemis les uns des autres, on y voit fréquemment s'élever des hommes qui fondent leur existence sur la guerre et leur indépendance sur la fortune. Si la victoire couronne leurs premières entreprises, de toutes parts, au bruit de leur nom et de leur gloire, des guerriers accourent sous leurs bannières, lesquels, en augmentant le nombre de leurs soldats, consolident leur puissance. Espèce de rois vagabonds, dont le royaume est le camp, et qui commandent partout où ils sont les plus forts. Les petits souverains qui les redoutent, ou qui ont besoin de leurs armes, achètent leur amitié et leurs secours à force de bassesse et de présens. Ceux qui leur résistent doivent souffrir toutes leurs violences et leurs dévastations. Quand aucun prince ne paie leurs services, la maxime terrible que la guerre nourrit la guerre est suivie dans toute sa rigueur, et les malheureux peuples , sans distinction d'allié et d'ennemi, essuient leurs vexations, leurs rapines et tous les excès d'une barbare oppression. Héros pour les uns, audacieux brigands pour les autres, tantôt ils meurent misérablement, quand avec leur armée se détruit leur pouvoir : tantôt, la fortune les prenant par la main, on les voit monter au trône et à la souveraineté. Tels apparurent quelques généraux allemands pendant
savoir : la prétendue expédition chevaleresque qu'il lui attribue avec Mariana , pour soutenir, dit-il, l'indépendance de la Castllle contre les prétentions orgueilleuses de r empereur d'Allemagne.