‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 243 sur 282 · CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME

les guerres du dix-septième siècle : tels furent les capitaines que, dans les deux siècles précédera, les Italiens appelèrent condottieri; et tel fat probablement le Gid de son temps, quoiqu'avec plus de gloire, et peut-être aussi avec plus de vertus K

C'est ainsi que, dans l'exil, le Cid mécontent se rendit d'abord indépendant, ensuite redoutable, sinon au roi de Léon et de Gastille, du moins à ses voisins chrétiens et musulmans, avec une petite armée qui n'était qu'à lui, dit un historien, et qui s'attachait en tout à sa fortune a.

Parlant ensuite du raccommodement d'£l Cidi avec Àlfonse et de son second exil en 1092, le même critique nous le montre abandonné par beaucoup de ses compagnons qui le quittèrent pour suivre le roi ; et, triste et ^désespérant désormais de se réconcilier avec sa patrie, entrant sur les terres de Saragosse (il y a par erreur Valence dans l'original) avec l'intention sans doute d'y former un établissement, et d'y passer le reste de ses jours dans la sécurité d'un pouvoir redouté. Dans cette vue, il releva, à ce qu'il paraît, dans une contrée abandonnée au sud de Saragosse, le château gothique de Pinnacastel, le fortifia avec le plus grand 6oin, et le pourvut de vivres et d'armes pour une longue défense. C'était la manière dont s'étaient formés, dans les temps barbares, les grands et les petits pouvoirs de la société féodale. Dès lors la terreur de son bras lui soumit tous les petits rois de la province. Le lieu d'où le Cid, avec ses rares compagnons, sut exercer l'influence militaire qui a propagé son nom et sa gloire , mérite ici de nous arrêter un instant.

Le voyageur qui, aujourd'hui, remonte le rio Martine vers sa source, aperçoit à droite, au fond d'une petite vallée qui

1 Voy. Qnintana, Vida del Cid, Inprtodp.

2 Roderlcus Dldaci Campiator,qnl ex causa, qnaro dhtimos, non «rat In ocnllf ejai (Adefonil) graiioso», conferla mena conaangnineoram et railllam aliorum proporait par m Arabea infeatare (Hod. Tolet., de Reb. Hlip., 1. vn, c'29).

HISTOIRE D'ESPAGKE.

confine au territoire de "Villarroya et de Montalvan, un vieux château désert, bâti sur un pain de sucre de roche, fort haut, qui commande toute la vallée. C'est tout ce qui reste de ce premier établissement, siège de la puissance, ou, si Ton veut, de la royauté du Cid, dont Terruel, selon nos conjectures, devint plus tard le centre d'opérations, sous le patronage de l'émir d'Albarracin. Le nom de Pefla del Cid (Roche du Cid) lui est resté; mais quelques pâtres à peine aujourd'hui l'habitent, semblables à ces bergers des pâturages de l'Estramadourc et des hauteurs solitaires de la Sierra-Moréna dont parle un moderne voyageur1, vêtus des pieds à la tète de peaux de mouton, si bien qu'on ne distingue pas le berger du troupeau. Le sauvage habitant de la Peila del Cid, comme celui de la montagne noire, dort aussi couché au soleil, l'escopette au côté, ou s'appuie sur sa houlette garnie de fer, et reste ainsi penché des heures entières dans une profonde immobilité. Comme celui de l'Espagne occidentale, il rêve aussi, sans doute, de trésors enfouis par les Arabes; il relève le château fantastique du Cid ; il y dresse des festins splendides. Pour avoir trop d'imagination dans sa misère, c'est là un soldat tout prêt pour les héros à la manière du Campéador, et le pâtre deviendra soudainement soldat ou bandit^ la voix du premier condottiere politique qui l'appellera, que ce soit Rodrigue de Bivar ou Cabrera.

C'est de là* que le Cid prêta plus d'une fois le secours de son bras aux émirs, ses voisins, notamment à l'émir de Saragosse et à celui d'Albarracin, unis par une étroite alliance. 11 se lia avec celui-ci d'une amitié particulière, à ce <pie les faits

1 M. Cb. Didier.

2 La Penadel Cid est 6itoée dans la province d'Aragon, Corregimienlo d'Alcaniz, archevêché de Saragosse, sur les limites de Villarroya et de Monlalhan, à seize lieues d'Alcaniz, à égale distance à peu près de Daroca, d'Albarracin et de Tcrrael. Dans les archives anciennes, la Peûa del Cid est désignée sons le nom de Pinnacastellum.

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