‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 244 sur 282 · CHAPITRE VINGT-SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SEPTIEME

subséquens donnent à penser. C'est de là qu'il marcha tonr à tonr contre le roi d'Aragon, contre Alfonse et contre le» Almoravides. Nous essaierons de démêler, et nous mentionnerons à mesure, le peu de faits avérés auxquels il prit part dans le mouvement général des affaires du temps. Son existence une fois reconnue et constatée par de rares mais irrécusables documens historiques, nous essaierons de reconstituer toute l'histoire du héros, bien épisodique pourtant (j'ai regret de le dire), au milieu des grandes choses accomplies par les deux véritables héros de ce temps, Alfonse VI de Castille et l'illustre émir des Almoravides, Youssouf ben Taschfyn.

La vérité est que les chroniques contemporaines ou quasicontemporaines sont fort sobres de renseignemens sur le héros castillan, dont l'histoire poétique et le drame ont si fort grossi les traits aux dépens des autres héros de son pays. Nous l'avons vu apparaître en deux ou trois circonstances importantes des récits précédens.Les Annales de Gompostelle contiennent sur lui une ligne ainsi conçue :

Era MLmiiu (10A6) Rodericus Cornes.

S'il est question dans cette ligne de Rodrigue de Bivar,nous ne devinons guère ce que veut dire ce nom à côté de cette date. Peut-être est-ce là l'indication de la naissance du Cid, en admettant que ce Rodericus Cornes le désigne. Sous la première année de la restauration d' Alfonse (1073), la chronique de Cardeîia (si l'on peut y ajouter foi en ceci) nous montre le fameux Campeador entrant à Logrofio, sur les terres de Navarre ,et sur celles de Calahorra, y promenant l'incendie et le vol, assiégeant le château d'Alfaro, s'en emparant, et envoyant des messagers au comte Garci Ordofiez chargés de lui dire qu'il l'attendrait sept jours; le Cid l'attendit ; tous les puissans de cette terre se réunirent au comte, mais ils n'osèrent marcher contre le Cid, craignant la bataille1. 'Dans quel intérêt

i Cbronica de Cardeùa, ioy. ci-deT«nt, p. 371, note «.

HISTOIRE D ESPAGIŒ.

agissait le Cid, et an nom de qui prenait-il Logrofio et Alfaro ? C'est ce que la chronique ne nous dit point, bien qu'on entrevoie là assez bien, ce nous semble, l'aventurier militaire, ayant su réunir une armée à lui, et cherchant fortune avec cette armée. Quel était ce Garci Ordoflez que le Cid provoquait si fièrement à la bataille? les textes ne nous en instruisent pas davantage, au moins d'une manière certaine. Suivant la vague et pompeuse histoire à la manière académique, qui affirme sans preuves, et parle sans cesse, ore rotundo, quelque mal fondé que soit ce qu'elle débite d'un si haut ton — Garci Ordofiez était comte de Najera, commandant en la Rioja pour le roi de Castille, le second personnage de l'état par l'éclat de son origine, par son alliance avec la famille royale, par ses richesses et ses éminens services ; mais envieux, implacable ennemi du Cid, attentif à irriter la haine du roi, et coupable provocateur des arrêts qui avaient banni Rodrigue; et celui-ci, brûlant de le châtier, était venu porter la dévastation sur les terres de ses domaines : de tout cela personne ne saurait trouver la moindre trace dans les historiens des deux siècles immédiatement postérieurs au Cid ; mais c'est un spirituel écrivain espagnol qui nous le dit, en phrases assurément fort élégantes, auxquelles il ne manque rien, sinon d'être fondées sur quelque chose z.

Quoi qu'il en soit, il faut placer au temps antérieur à la bataille de Zallaka l'établissement du Cid à Pinnacastel, et peut-être à Terruel. Les temps qui suivirent, jusqu'à la fin de ce siècle, furent ceux de la plus grande puissance du fameux condottiere castillan, et nous allons le voir, dans le grand mouvement de l'invasion des Âlmoravides qui va remplir cette fin de siècle, s'opposer à ceux-ci comme allié des anciens

l Qulntana, Vida del Cid. —Noos Terrons tout h Theore que ce romi« Garci Ordonei, qu'on nova peint allié i la famille royale, et comme ayant IV reille dn roi, combattait à la même époque contre Allouée, dans les rangs de« Almorayides.

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