CHAPITRE VI5GT-SEPTIÈME
Arabes andalousiens, et prendre Valence non comme général d'Alfonse VI, mais comme auxiliaire et pour le compte de l'émir de Sainte-Marie de Ben-Bazin (Albarracin).
La domination des Arabes en Espagne se divise en quatre périodes : le gouvernement des émirs, lieutenans en Espagne des khalifes de Damas, qui se prolonge de l'an 710 de J.-C.à Tan 756 ; celui des khalifes de Cordoue, descendras de Moawiah, qui réunirent, de 757 à 1031,1a royauté au souverain pontificat ; celui des rois de provinces, qui se partagèrent l'empire des khalifes d'Occident, et qui furent tour à tour secourus et asservis par les Almoravides et les Almohades, de 1031 à 1238 ; celui enfin des rois, de Grenade qui conservèrent leur indépendance après tous les autres Musulmans d'Espagne, de 1239 à 1492.
Secourus en 1086 par les Almoravides, les émirs andalousiens furent en effet sauvés pour un moment à Zallaka ; mais, comme parle El Homaïdy, ils comprirent bientôt que si l'émir Youssouf avait brisé les chaînes que leur apportait Alfonse, le conquérant africain se préparait à charger leur cou de chaînes plus pesantes encore et qu'ils ne pourraient supporter: Dieu accomplit ce qui est sa Tolonté et ce qui lui convient davantage ! Youssouf détrôna depuis successivement tous ces rois qu'il venait de sauver des mains d'Alfonse. En 483, en redjeb (septembre 1090), il entra à Grenade, y fit prisonnier Abdallah ben Balkyn, et l'envoya à Aghmat; en safar 484 (mars ou avril 1091) , il s'empara de Cordoue, et y fit mettre à mort le fils d'Ebn Abèd, El Màmoun El Fatah qui y commandait pour son père : ses troupes marchèrent immédiatement sur Séville, la prirent le dimanche, dix jours avant la fin de redjeb 484(6 septembre 1091), et il en fit emmener captif le triste émir Ebn Abèd, qui, conduit à Aghmat, y vécut misérable avec ses filles, jusqu'à ce qu'il mourut en 488 (1095). Plus tard ce fut le tour des émirs de Valence, de Badajoz et des Algarves. Mais nous croyons devoir reprendre
ici, et suivre à notre manière, avec tous les développemens qu'elle comporte, l'histoire de ces révolutions.
Tout étant mêlé de biens et de maux, le soir même de son triomphe de Zallaka, pendant que l'on partageait les dépouilles que l'on y avait gagnées, tant en vètemens qu'en armes, épées dorées, riches baudriers, lances artistement garnies d'ivoire, d'argent et d'or, Youssouf apprit que son fils Abou Bekr, qu'il avait laissé malade à Ceuta, venait d'y mourir. Abou Bekr ben Youssouf était fils de Zeynab, la forte femme si singulièrement répudiée par Abou Bekr ben Omar, par dévotiou et dans l'intérêt de son cousin Youssouf ben Taschfvn* pour qu'elle l'épousât. » Youssouf avait pour le fils de cette femme qui avait joué dans sa vie à peu près le rôle de Khadigc dans celle de Mahomet, une tendresse particulière, et il l'avait toujours considéré comme son futur successeur. 11 fut si vivement affecté de sa mort, et tel était l'empire de ce sentiment sur le cœur du héros africain, qu'il se déroba en quelque sorte à son triomphe et aux fêtes qui l'attendaient en Andalousie, pour aller présider eu personne, sur l'autre rivage, aux funérailles de son fils, mort si inopportunément; sans quoi, dit Ebn Abd ei Ilalim, il ne serait pas encore repasse à la côte du passage (d'el-adwah); mais, dit le Koran vénéré,, «l'homme porte son sort attaché à son cou. Nous lui montrerons au jour de la résurrection un livre ouvert1. «Abou Bekr ben Youssouf laissait un fils d'une ambition inquiète, nommé Yabya, sur qui se reportèrent d'abord les espérances de son aïeul ; mais à qui celui-ci préféra, comme nous le verrons dans la suite, ainsi qu'à tous ses autres fils, un enfant qu'il embrassa à son passage à Ceuta, auquel il avait donné le glorieux nom d'Aly,etqui lui était né dans cette ville l'année même qu'il en avait fait la conquête sur son saheb bargawate en l'an 477 de l'hégire (1084). Le jeune Aly avait alors à peine deux ans.
l XVlPMwatt, intitulée Eira, le voyage nocturne, teri. M.