CHAPITRE VINGT -SEPTIÈME
princes andalous, qui commençaient à reconnaître ce que pesait l'épée de Youssouf ben Taschfyn.il laissa voir que ce procédé des émirs d'Andalousie ne lui déplaisait pas, en ce qu'il lui donnait occasion de se tenir pour offensé par eux. Sans s'arrêter beaucoup au pays de Tolèdc,il partit avec son armée pour Grenade, où il entra, et alla descendre à l'Alcaçar, où le roi Abdallah ben Balkyn ben Badys le reçut avec les dehors d'une entière confiance, bien que son cœur fût rempli d'inquiétude sur cette visite faite avec tant de bruit et un si grand appareil de guerre. Youssouf savait, par le rapport de Schyr ben Abou Bckr, qu'Abdallah souffrait impatiemment sa domination, et s'était lié, par des traités secrets, avec Alfonse, dont il favorisait les entreprises, et qu'il regardait comme un ami. On avait fait contre lui à ce sujet les vers suivans :
« Il y a tel qui sert de mule pour tourner la roue, et qui la graissera de son sang ;
» Ou qui ressemble au ver à soie construisant sa propre prison où il mourra enfermé. »
On dit qu'avant l'arrivée de Youssouf, Abdallah avait songé à résister et à fermer les portes de la ville ; [mais Yahya raconte qu'il dissimula, comme il vient d'être dit, alla au-devant de lui, et le conduisit à son palais le 17 redjcb 483 (15 septembre 1090). D'autres disent qu'il se défia ouvertement de lui et lui ferma les portes ; que Youssouf l'assiégea, et qu'ayant réglé leurs accords, et promis sûreté , il entra à Grenade ; qu'Abdallah ben Balkyn lui-môme apaisa ceux de la ville qui étaient sous les armes et disposés à combattre et à se défendre jusqu'à la mort. Mais, que ce soit l'un ou l'autre, ce qu'il y a de certain, c'est que, deux mois après s'être rendu maître de la ville , Youssouf fit arrêter Abdallah et le fit tenir prisonnier dans son palais. Pendant qu'il était à Grenade, dont la situation et le climat l'avaient
HISTOIRE DESPAGNE.
charmé, des envoyés des rois de Sé ville et de Badajoz y arrivèrent pour le complimenter; mais Youssouf refusa de leur donner audience ; en sorte qu'ils s'en retournèrent pleins de dépit et de colère. Chargé de chaînes par ordre de Youssouf, Abdallah fut embarqué avec son harem, sa famille et son frère Témim el Mostansir, wali de Malaga, sur la flotte qui ramena le vainqueur en Afrique au mois de ramadhan 483 (novembre 1090) «. Abdallah avait caché une partie de ses trésors à Grenade, pour les soustraire à la cupidité de ses ennemis : il lui fut permis d'emporter le reste. Relégué à Aghmat, il y mourut quelque temps après, laissant deux fils et une fille fort riches. Abdallah avait régné dix-huit ans , et fut le dernier de la dynastie des Zeïrides ou Sanhadjates qui avaient possédé Grenade quatre-vingts ans. Youssouf laissa le commandement des troupes almoravides et le gouvernement de Grenade à son fidèle caïd Schyr ben Abou Bekr el Lamtouny, et rentra à Marok, à ce que tout porte à croire, dans la seconde moitié du mois de ramadhau 483, c'est-àdire du 10 au 25 novembre 1000.
£bn Abèd comprit dès lors le sort qui le menaçait, et il commença, mais trop tard, à se repentir d'avoir attiré les Lamtounes en Espagne. Il fit fortifier à la hâte les murs et le pont de Sé ville, et mettre ses autres places en état de défense. Alors vint à lui son fils Abou Hassan ci Raschid, qui lui dit : - J'avais prévu l'arrivée de cet orage, mon père , et je te l'ai annoncé bien à temps : mais tu n'écoutas pas mes discours non plus que ceux d'autres prudens et nobles scheikhs. Tu as voulu conduire par la main ce prince des déserts, afin
1 II eat probable qu'après la mort de Zakout, gouverneur de Malaga en 1086, (que nous ayons tu seul d'avis de ne point appeler tea Almoravide» en Espagne dans la fameuse jante qai détermina la première Tenue d'Yonesouf, et pour ce fait mis à mort), Malaga, qui appartenait en ee temps à Ebn Abêd, avait été cédé par celui-ci au sabeb de Grenade, commo un gage de paix et d'alliance, on peut-êlre en échange de Jaen.