CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME
reillement à l'aide de nouvelles troupes amenées par Kasour le Lamtonny. Les habitans, réduits aux abois, capitulèrent ; et Kasour, au mépris de la capitulation, faisant une seconde fois l'office d'exécuteur, chercha querelle à Yézid Rady Ellab, et l'abattit mort à ses pieds d'un coup de sa lourde lance toute de fer. En môme temps Schyr ben Abou Bekr entrait dans Bayasa, Obdah,Hisn-al-Belad, Âl-Modowar, Assakhira et Scbakoura (Baeza, Ubeda, Castro- al- Velad , Almodovar, Assaghira et Segura); et le mois de safar 1 n'était pas achevé, qu'il ne restait plus à El Motamed aucune ville de ses domaines où Schyr ben Abou Bekr n'eût mis garnison almoravide, à l'exception de Garmone et de Séville. Schyr continua d'occuper le pays et d'en faire fortifier et garnir de troupes les frontières ou le soghr (le râtelier) du côté des chrétiens* j Il donna ordre au nouveau wali de Cordoue, Baty , d'en faire restaurer les murailles; et il envoya à Kalaat Rabah(Calatrava), qui formait la frontière la plus éloignée des Musulmans vers la nouvelle Cas tille, un caïd de Lamtouna à la tête de mille cavaliers morabits, pour en assurer la défense et tenir de ce côté la frontière fermée aux ennemis. C'est ainsi que Schyr prenait possession de toutes choses en Espagne, au nom de son maître Youssouf ben Taschfyn. La prise de Carmone, qui fut enlevée d'assaut par Schyr ben Abou Bekr le 17 de rabi-el-awal 481 (9 mai 1091), acheva d'ôter tout espoir de résistance efficace à Ebn Abcd,et il résolut alors d'appeler à son aide ce même roi de Cas tille, contre qui il avait, quatre ans auparavant, appelé Youssouf . Il lui envoya une ambassade en toute diligence, et lui promit de lui livrer les places formant la dot de Zayda, stipulée par Ebn Omar en 1084, ainsi que toutes les nouvelles acquisitions qu'il ferait par son secours, dès qu'il l'aurait délivré^de Toppres-
1 Du 24 mars au 21 ayril 1091.
2 (Test ainsi qno les Arabe» appell aient, par une' image assez juste do res te, la ligne de châteaux qui servait de tète de défense à leurs possessions.
sion où il gémissait. Alfonse, effrayé des progrès des Africains , et peut-être par un reste de bienveillance pour le père de Zayda, consentit à renouer avec l'inconstant émir; il rassembla une armée de vingt mille chevaux et de quarante mille hommes de pied, et l'envoya, sous les ordres du comte El Karmisch (probablement Gormaz), au secours de son beau-père musulman. Instruit de la venue de cette armée, Schyr choisit parmi ses troupes dix. mille cavaliers des plus braves, dont il donna le commandement à Ibrahim, fils d'Ishak, et les envoya à la rencontre des chrétiens. Ceux-ci passèrent le port de Muradal,et pénétrèrent jusque dans les hautes campagnes de l'Andalousie. La rencontre de l'armée chrétienne (ou plus vraisemblablement d'une partie de l'armée chrétienne) avec les Lamtounes se lit près du château d'Almodowar. Les deux partis se livrèrent de rudes combats pendant plusieurs jours, dans lesquels périrent un grand nombre de Lamtounes, mais où la victoire resta en définitive à ceux-ci. Ce dernier échec ayant privé £1 Motamed de son unique ressource , Schyr ben Abou Bekr redoubla d'ardeur au siège de Séville , si bien qu El Motamed dut se rendre aux vœux, aux instances des habit ans réduits à l'extrémité, et consentit à capituler. Il obtint sécurité pour lui, ses fils, ses filles, ses femmes, sa maison et pour tous les habitans. Schyr prit possession de Séville un jeudi ou un dimanche 19 ou 22 redjeb (6 ou 9 septembre 1091), et fit embarquer le malheureux £1 Motamed avec quatre de ses fils, ses femmes, ses filles et ses esclaves. Les premiers étaient Abou Hossein Obéidallah el Raschid, Abou Bekr Abdallah £1 Moated, Abou Souleïman Arabieh, surnommé Tadj-el-Dawlah (couronne de l'état), et Abou Khasem el Moaly Zéyn el-Dawlah. La plus chérie de ses femmes, d'une sagesse et d'une beauté qui étaient devenues proverbiales, Othamèdah Omm Arabyeh (mère d'Arabieh), était connue également sous le nom de Zayda Koubra ( et il en
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est fait mention sons ce nom dans l'inscription dn dôme de la grande mosquée de Séville, de l'année 478). On la nommait encore Romaïkia, parce qu'Ebn Abed l'avait achetée de Romaïk ben Hedjadj. Le désespoir de ces infortunés fut inexprimable, lorsque, du pont de leurs vaisseaux, ils commencèrent à perdre de vue les tours de leurs palais, et virent disparaître et s'effacer a l'horizon les plus hauts minarets de la merveilleuse Séville1. Youssouf, qui les attendait à Geuta, ne daigna pas même les voir, dit-on, et les envoya prisonniers à Aghmat. Sur la route un Arabe de la suite de l'ex-émir, Abou el Hassan el Hasoury, lui présenta des vers sur sa disgrâce, et, quoiqu'ils ne fussent pas comparables, dit notre auteur, à ceux qu'avait coutume de lui présenter à Séville, au temps de sa prospérité, Ebn Zéydoun, son favori, le prince déchu, fit présent au poète, qui ne flattait plus que son infortune, de trente-six pièces d'or. C'était tout ce qu'il avait sur lui, et le dernier présent qu'il pût faire de sa vie. Renfermé dans une tour, à Aghmat, il y vécut quatre ans dans une extrême pauvreté, servi par ses propres filles, dont la misère était telle, qu'elles marchaient les pieds nus, et étaient réduites à filer pour vivre. Un de ses anciens sujets étant allé le visiter dans la tour où il était prisonnier, le vit ainsi entouré de ses filles vêtues de haillons, mais dont la délicate beauté brillait encore sous les misérables vôlemens qui les couvraient». Sa chère Zayda Koubra ne put supporter l'abaissement de son époux, et mourut de douleur dans les premiers temps de leur commune captivité. Leur fils Abou Bekr Abdallah el Moated périt assassiné en ramadhan 484 (octobre ou novembre 1091) : il avait envoyé à son père, le jour même où il fut tué, par un jeune fils qu'il avait, des
" " • î Qnleti no ha TUto a SevUIa
No ba tWo a maravlUa.;
2 Ebn Libana, ma. arabe de rEscnrial, p. 20.
vers où il s'efforçait d'adoucir ses chagrins. El Motamed se consolait de ses revers comme ont coutume de le faire les poètes, en les chantant. Il composa sur son infortune plus d'une élégie touchante, et les chansons pleines de mélancolie où il célébrait sa disgrâce devinrent populaires et furent répétées jusqu'en Orient. La poésie, qui avait fait ses délices aux jours de sa prospérité, fut ainsi sa consolation dans son malheur. Il mourut dans sa prison en rabi-el-awal 488 (mars ou avril 1095), âgé d'à peine cinquante-six ans, dont il avait régné vingt-trois. En lui s'éteignit la dynastie des Abèdides de Séville, qui, après avoir duré plus de soixante-dix ans, se termina par une catastrophe semblable ~à celle dont son père et lui-même avaient rendu victime le dernier roi de Gordoue , Mohammed ben Djehwar. El Motamed, dans des vers de lui conservés par Ebn Lébanat, n'attribue à sa dynastie que [soixante-treize ans de durée, sans doute pour couvrir la fable de la prétendue réapparition et de l'abdication d'Hescham II, par laquelle son grand-père Mohammed ben Ismaïl ben Abed s'assura la souveraineté du royaume de Séville en 1035 — Les fils d'El Motamed finirent leurs jours en Afrique dans l'indigence et l'obscurité.
La même année qui vit la chute d'Ebn Abèd, au mots de schaban(du 27 septembre au 15 octobre 1091), les Alraoravides prirent possession de Nabra. Au mois de schawal (du 15 novembre au 30 décembre) le caïd Dawd ben Aïscha entra par capitulation dans Murcie. Ce caïd était un brave et vertueux général, savant, juste, d'un commerce doux, plein de modération et de prudence, et qui faisait par cette voie autant de conquêtes que par les armes. Vers le même temps, son frère Mohammed ben Aïscha marchait sur Almérie. Le saheb qui y commandait était Obéidallah Hosam Ed-Dawlah, fils de ce Mohammed Moezz Ed-Dawlah, surnommé El Mota-
l Voyc« cl-defanl, c. 22.