‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 252 sur 282 · CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME

line vigoureuse résistance dans laquelle Yahya fut héroïquement secondé par l'ex-saheb de Tadmir (Murcie ) Ebn Abdélaziz le Thahéride, les chrétiens, estimant que la ville ne pouvait tenir plus longtemps, l'abandonnèrent à ses propres forces. Yahya continua de faire des sorties contre les nssiégeans , et leur aurait vendu chèrement la conquête de Valence s'il n'eût pas été trahi. Mais le cadhi Ahmed ben Djébàf el Moafery, qui était d'intelligence avec les Almoravides, leur ouvrit les portes de la ville. Ils s'y précipitèrent et firent un grand carnage des troupes de l'émir qui reçut le coup mortel en combattant comme un lion à la tôte de ses scheiks. Yahya avait régné sept ans à Valence après la perte de Tolède , à demi tributaire des chrétiens, et fut le dernier prince de la dynastie des Dzoulaounides1. Le cadhi Ahmed, comme l'indique son nom d'El Moafery, appartenait à la famille ou au moins à la tribu des princes Ahmérides, issus du grand hadjeb £1 Mansour, et dépouillés du trône de Valence par les Dzoulnounides de Tolède. Pour prix de ses services, il obtint de Dawd le titre de wali et le gouvernement de Valence. La prise de Valence et la mort d'El Kader eurent lieu en 1092, mais on ignore dans quel mois de l'année. Par l'intervention de l'émir de Saragosse, les conquêtes de Youssouf ne s'étendirent pas plus loin, cette année- là, dans l'Espagne orientale ; mais le petit royaume de Sainte-Marie de Ben-Rasin (Albarracin) demeura dépendant et tributaire de l'émir africain, qui l'érigea en quelque sorte en grand fief de son empire, tout en laissant le gouver-

1 Conde, t. h, p. 278, parle à tort de deux El Kader Yahya. — Suivant Casiri, d'accord en cola avec Roderiena Tolelanus,Yahya et Kader fut assassiné dans son palais par le cadhi Abu Ahmed ben Jafar ben Hajaf, que Roderich appelle Abenjahab et Aboulfcda Ahnaft ben Djahaf : il ne saurait y a?oir doute, d'ailleurs, for Pldentilé.— Yahye, dictua Alcbadir Bille, dit Roderich (Hist. Arabura, c. 4»), postquara Tolelurn pordiderat, if il Valenliam, quœ ad suum dominium perlioebat, et «nais tu visil ibidem, et ioterfecit eum Jodex quidam, qoi Abenjabab dicebatar.

HISTOrUE D'ESPAGNE.

nement, à titre héréditaire, à son saheb propriétaire Abdel Melek Àbou Merwan, auquel succéda dans la suite son fils Yahya. Abd el Melek obtint cette faveur, dit Fauteur arabe, en considération de son alliance avec les Bény Uoud de Saragosse. Abou Djafar, en effet, malgré les guerres fréquentes que lui faisaient les rois d'Aragon, possédait encore, à cette époque, dans l'Espagne orientale, une assez grande étendue de pays, et plusieurs villes importantes outre Saragosse, telles que Guadalajara( Wadilhadjara), Médina-Céli (al Médina Sélim), Bueda (Rota-el-Yehwd), Huelga, Calataynd (Kalaat-Ayoub), Huesca , Tudèle, Balbastro, Lerida et Fraga. Ses états comprenaient les trois quarts au moins de F Aragon, la Catalogne méridionale, et quelques parties de la Navarre et de la Castille. Maître du cours de l'Èbre inférieur, de Tortose, du port des Alfaques et de Xarragone il envoyait ses vaisseaux chargés des productions de l'Espagne dans le scharkya de l'Afrique, à Iskandarrya (Alexandrie), et dans la mer de Syrie (Bahr el Scham), et recevait par eux les marchandises de l'Orient, de l'Inde, de la Perse et de l'Arabie. C'était le plus riche des rois arabes d'Espagne. Juste, affable, bienfaisant, il était généralement aimé (il tenait les cœurs dans sa main), respecté de ses voisins, redouté de ses ennemis -, et l'émir Youssouf avait donné ordre àDawd ben Aïscha de ne point l'irriter, et d'éviter de lui faire la guerre, s'il se pouvait. Le politique Ahmed, de son côté, craignait d'avoir Youssouf pour ennemi. Le voyant si près de lui, maître de Valence , il craignit d'éprouver le sort des autres dynastes musulmans d'Espagne, et crut devoir se ménager l'amitié et la protection du monarque africain. 11 céda au temps, et, pour prévenir l'orage qui le menaçait, il envoya à Youssouf son propre fils Abou Merwan Abd el Melek Emmad-el-Dawlah,

1 C'est ce quo les Arabes expriment par : — Il était également paissant s or U mer, yen la partie méridionale d'Al-Byrcn (let Pyrénées).

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